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Le bal des Saints

Gourmancerise

Bise à Roïd

L’œil du Diable 

La Sénachiasse

C'est la mère Michelle qui a perdu son chat

L'arbre à jambon

La petite reine

Défi d'Evy

Examen de passage...

L'enfant au tambour

Lili, jolie petite Betsy

Les Panous Panous

Effilochage

Carpe Diem

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Commentaires : 7
  • #1

    Best Juicer (mercredi, 10 avril 2013 09:27)

    This is a great article! Thanks for sharing!

  • #2

    Masticating Juicer (dimanche, 21 avril 2013 17:00)

    This informative article was in fact exactly what I had been in search of!

  • #3

    Eve Zibelyne (dimanche, 21 avril 2013 17:33)

    Thanks ! Charmed to have satisfied to you !

  • #4

    Tippi (lundi, 24 juin 2013 12:24)

    Que viens-tu faire ici, toi qui n'es pas d'ici ?

    Celui qui m'a mis ici, n'est pas loin d'ici

    Si tu me manges, il te mangera

    Qui suis-je ?

    Cette énigme pour toi ma Zib en réponse à cette nouvelle "Effet papillon"

    Et je fais un voeu pour toi, ton blog, tes publications en tout genre, car c'est le premier commentaire que je laisse chez toi !

  • #5

    Zibelyne (lundi, 24 juin 2013 19:04)

    Oh, oh, une énigme... Je vois que tu m'as bien lue ! Je dirais que c'est le cycle de la vie et de la mort, celui qui mange sera un jour mangé.Le prédateur d'un jour se doit de craindre celui qui aura raison de lui, avertissement dont l'homme tient rarement compte...
    Merci pour ton vœu, ma Tippi, mais as-tu vu où j'ai mis ton texte ? Il y a de la place pour en mettre d'autres quand tu en auras envie !

  • #6

    Tippi (lundi, 24 juin 2013 20:17)

    Merci beaucoup Zib de cette jolie place que tu me fais.

    Je suis le ver qui parle au poisson !

    Cette énigme m'était contée par mon grand-père. Ça me fait toujours plaisir de la citer et ton texte m'en a donné l'occasion.

  • #7

    Zibelyne (lundi, 24 juin 2013 23:27)

    Alors, si c'est de famille, je salue la mémoire des belles histoires et je mets ma Gourmancerise, qui ne fait pas les 20 min nécessaires pour la gourmandise, hé, hé ! Ceux qui savent comprendront...

Le bal des Saints

 

Je m’enivre. Sens-tu s’égrainer mes pensées ?

 

La plage pèle de landes de sable éparses. Février se recroqueville sous la bise. Mes pas pourchassent la frange d’écume, entrechats futiles. La mer caresse le Mont-Saint-Michel, flatteuse. L’archange luit d’un étrange regard.

 

Lupercus[1] ricane au pas des prêtres en chasse. Pourtant, nul amoureux ne se dresse sur le passage. J’attends la marée au chant si doux. L’échappée se repaît au gré des grands fonds solitaires.

Ma peau pèle d’écorces d’oranges amères. Le vent vif en détaille chaque grain. Il les porte vers toi, enveloppe charnelle, et me renvoie la tienne en brumes qui m’enlacent.

La chèvre se meurt au ruisseau sacrificiel. La danse folle des amours supercherie se met en branle.

 

Aux étals des boutiquiers s’attable le bal des faux-culs, amoureux de leur ventre un instant. Saint-Michel de son œil fait bon poids. Frimousses juvéniles et rides versatiles soupesées, le grain se sépare de l’ivraie.

La plage se parsème des amants véritables. Frissons de loup à la lune montante. Regards de chatte, soupirs contenus, tendres effleurements, le sable respire d’un parfum léger. Les pas envolés dessinent ta bouche, le croquant de ton oreille.

 

 

Je m’allonge sur la grève, là ou la bise se fait brise. Elle m’épouse, accueillante, et fredonne la chanson. Notre chanson, mon ange, qui me hante. Ma peau se sculpte de quartz blond, enroulée à ta peau. Orange douce à mes sens, je me fonds en langues de cette vie qui t’a fuie. Ton sourire de déesse me baise la bouche, pulpeux appât. Le chatouillis des flots lave la gangue sableuse.

 

Je suis heureux. La fougue des amants t’a ramenée, pour cette nuit. Saint-Valentin marche sur les eaux. Saint-Michel luit d’un étrange regard.

 

Eve Zibelyne le 9 janvier 2014



[1] Dieu de la fécondité

 

 

Gourmancerise

Je ploie sous le poids des lourds paniers d’osier. Ma peau nimbée de nectar sucré sent bon l’été. Les cerises gorgées de pluie éclatent sous le soleil. J’ai passé l’après-midi sur l’escabeau, étirée vers le ciel bleu à goûter les fruits chapardés à la cueillette.

Délice de happer les plus rouges, de souffler le noyau à la brise, de lécher les éclats d’allégresse des plus dodues qui m’arrosaient de rire.

 

La cuisine est fraîche et reposante. Les paniers rutilants viennent rejoindre les roses du matin sur la table. Des Pierre de Ronsard délicatement ourlées, rosées, en demi-teintes, et une belle carminée pour rehausser le bouquet de son port orgueilleux. Son parfum capiteux inonde la pièce. J’attrape la pulpeuse et l’effeuille en douceur. Les pétales choient sur la toile cirée, velours incarnat, déployant tous leurs arômes. Caresse, paresse, ivresse…

 

Les enfants se sont accaparé les paniers et dénoyautent à grands cris. Un sang rouge ruisselle à mesure que chutent les noyaux dans la coupelle. La bassine à confitures descendue de son crochet accroche un rayon de soleil. Le sucre semoule chante sur le cuivre en cascade.

 

Pétales au sucre ?

Le goût du caramel s’invite en bouche. Le caramel blond qui gonfle et crève en bulles dorées, les tranches de pomme plongées dans le poêlon, nappées aux couleurs du miel… J’en ai l’eau à la bouche. Et les cerises ?

 

Je verse le sucre et le chauffe. La pince à spaghettis attrape les queues de cerises et les plonge une à une dans le sucre en ébullition. Il faut faire vite. Prestement, je roule et égoutte les surprises sur une grille. Miam ! Des cerises craquantes au cœur juteux, c’est un délice.

 

La bassine de cuivre a fondu son sucre. Les fruits viennent s’y rouler, absorbés par le cratère brûlant. Une pointe de gingembre frais finement haché, des zestes d’orange et de citron pour l’acidulé, et enfin, les pétales de rose viennent se confire de tendresse dans la bassine qui gonfle à gros bouillons.

 

C’est magnifique ! La cuisine sent bon. Les premiers pots sont renversés que les cerises craquantes disparaissent, sucées par de petites bouches avides. Mais j’ai gardé les plus belles…

Mes dents croquillent la carapace blonde. La cerise ne résiste pas et inonde mon palais de tiédeur liquoreuse. Une autre, encore une autre ! Ma bouche est rouge de confusion et ma langue vermillonne de plaisir, les papilles émoustillées au choc des contraires. Le dur et le tendre intimement liés rien que pour ma bouche, merci, simplement, merci

.

Les sens en émoi, j’ouvre le bar. Une bouteille de gnole, un grand bocal, et me voici à couper les queues des coquines que j’immerge dans l’alcool. Noël et ses agapes font irruption dans la cuisine. Les cerises à l’eau-de-vie y sont rituellement présentes, avec les groseilles et les mûres.

Les huitres fraîches arrosées de Muscadet frappé, le Champagne, le foie gras aux baies roses viennent frapper à la porte en un joyeux tumulte. Mes mains rougies dessinent un pâté en croute sur la table. Et la poularde farcie bien lovée entre ses pommes grenaille rôties !

 

Le réfrigérateur s’ouvre comme par magie. Entre deux tournées de confitures, le beurre, la farine et le sucre prennent place entre mes mains.

Je pétris une belle pâte, j’ai envie de pétrir. Ce toucher charnel, cette fusion de la matière entre les doigts sont un moment de bonheur. La pâte repose, les derniers pots se remplissent. Les petites mains lèchent la bassine, les yeux brillent à cet instant tant attendu. Rien ne survit à l’intensité du nettoyage. La louche, l’entonnoir sont minutieusement dégustés. Les frimousses luisent et les mentons collent, mais que c’est bon ! Je prends part à la curée, le nez rosi de gelée.

 

J’ai atteint mon point de plaisir créatif. Tendue vers mes appétences, je vole et je râpe, je coupe et je tourne, cuillère en bois et fouet en main, je m’adonne à l’extase. Les œufs montent en neige, icebergs tremblants, la crème au citron onctueuse nappe la pâte épaisse pour accueillir la meringue.

 

Le four ouvre sa gueule gourmande et avale l’œuvre savoureuse. Je n’ai rien dit. Jalousement, j’ai gardé pour moi les morceaux de pâte sablée. Je mordille les pâtons comme l’enfant que j’étais, du bout des dents, pour apprécier longtemps ce parfum d’enfance…

 

Le chat me regarde, méprisant. Sait-il ce que c’est, lui, de la pâte sablée ? Je fractionne des petites parts pour les enfants, après tout, il y en a bien assez.

Je sors héler les petits qui sont retournés disputer aux merles les derniers fruits. La petite troupe envahit à nouveau la cuisine. Les odeurs mêlées des confitures et de la tarte enveloppent la pièce d’une aura chaleureuse.

 

Hélas ! Un voleur est passé par là ! Sur la table, le chat se pourlèche les babines d’un air méprisant.

Sait-elle ce que c’est, elle, un chat affamé ? La gourmandise n’appartient pas qu’aux humains, et lui aussi, aime la pâte sablée !

 

Zibelyne le 20 juin 2013

Bise à Roïd

Bise à Roïd : ne cherchez pas de Roïd dans le texte, pff, il n'y en a pas ! Voici la nouvelle Elenyenne pour Stellaires que je peux vous livrer puisqu'elle ne fait pas partie de la sélection. J'ai pris plaisir à l'écrire dans cet univers imaginaire où tout est permis ! Beaucoup de noms de lieux sont réels, puisque j'ai écrit en allant sur Montauban voir Java, dans le camion bleu rugissant qui laisse le temps de contempler le paysage et de découvrir des lieux magiques...

 

Les ombres masquent la lune blanche. Sombre présage. Les gulsots ont pris leur envol, délaissant leurs nids. Les vaches meuglent aux champs. Elles ont senti la menace. Le cheval d’Argon se cabre sous l’angoisse qui tombe en sifflements menaçants. Il file vers la combe de Senoch, tête tendue vers l’écurie. Ses naseaux fument, sa bouche écume. La campagne s’étale, verdoyante. Les tendres pousses des érablisseaux[1] scintillent au bord du chemin blanc moulé d’une frange jaune d’or. Les mordozas[2] en fleurs chuchotent et se frottent pour éclaircir le ciel.

 

Le bourdaron[3] sonne à toute volée. L’alerte est donnée. L’atelier de Legon est en effervescence. Les éoliennes activent les forges. Sur la lune rouge, les soldats d’Éole éclairent l’espace de leurs flèches enflammées. Le ciel embrasé s’étouffe sous l’opprobre. Le poids de la honte se répand comme une mauvaise grippe, parsemant ses miasmes sur les feuilles éplorées.

 

Cela fait maintenant cinq mille ans que les lunes vivent une paix relative. Cinq mille ans que Mildon a enfermé pour toujours le nécromancien dans le ventre de la terre. Les troglodytes ont veillé sans relâche au pied de l’entrée du souterrain funèbre. Les gulsots, âmes damnées de l’ombre, ont été exilés sur les hauteurs glacées de Fombreuse. Là, terrés dans leurs nids venteux, ils attendaient leur heure et voici qu’ils déploient leurs ailes.

Legon attend. Argon lit la crainte sur son visage. Les légendes enfouies se dessinent en noirs présages.

 

— « IL » est revenu…

— C’est impossible. Les troglodytes n’ont rien vu. Aucun vaisseau ne s’est envolé de notre lune. Radon est mort, et ses pouvoirs avec lui !

— Les gulsots ne sont pas sortis sans raison. Ils n’auraient pas bravé les elfes d’Antilon en vain. Ils sont trop faibles.

— Faibles ? Regarde, Legon !

 

Les oiseaux de proie hurlent férocement. On entend le claquement de leurs dents. Affamés ! Ils ont faim…

 

— Si Mildon était encore là – murmure Legon.

 

Argon chasse les brumes du passé d’une main agacée.

 

— Nous sommes ses descendants. Il nous revient de faire régner l’ordre sur les lunes !

— Je sais, Argon, je sais.

 

Le regard interrogateur de Legon se porte vers le ciel. Comme lui, Argonperçoit l’étrange silence de la lune bleue. À cette heure-ci, ce n’est pas normal. Et s’il y avait d’autres descendants ? Le nécromancien a-t-il pu laisser derrière lui quelque chose qui puisse animer le mal à nouveau ? Consterné, Argon se rend à l’évidence. Quelqu’un anime les gulsots et cet inconnu semble animé d’une force inconnue sur la lune rouge.

 

— Rassemble les vaches ! Les gulsots ont faim. S’ils goûtent à leur viande, plus rien ne pourra les arrêter. Moi, je cours au Cercle des Zyglots[4]. Il faut réunir le Conseil des Anciens au plus vite.

Argon passe la bride à son cheval. L’animal lui lance un regard chargé de reproches.

 

— Il le faut, Balledents. Sinon, tu ne verras plus le soleil se lever sur la prairie et tes yeux s’éteindront à jamais.

— Que se passe-t-il, Argon ? La peur envahit mes os, je ne sais pas pourquoi ?

— Balledents, mon ami, la guerre gronde sous les lunes. Le Fourvieux rôde. Ses sbires sont en marche. De Font-aux-loups à la Gartempe, cours ! il est temps.

— De la Souille-aux-porcs à La Couze, je galoperai, Argon ! Je chasserai la peur comme tu chasses le gulsot !

 

Balledents court, court jusqu’à la Croix des femmes mortes. Il s’arrête, haletant, au carrefour des non-dits. Nulle ombre. Il reprend son élan, et file d’une traite. Il freine des sabots au gué de la Gartempe. Là, sous les arbres centenaires, vaches et moutons se sont réfugiés en masse. Les elfes de Legon ont fait vite. Là-haut, la lune bleue se glace.

 

Radon ! Le Fourvieux maléfique ! Une coulée de sueur froide fait frissonner Argon.

La prédiction des Vitarelles[5] lui vrille le cerveau, lancinante. Elles se sont éteintes après Mildon sur ce funeste présage…

 

 « Aucune terre ne peut ensevelir le mal. Les vers se nourriront de son sang. Les poissons mangeront les vers, et viendra l’homme qui vous mangera. »

 

Ces phrases sibyllines sont inscrites au frontispice de l’autel de la Croix des femmes mortes.

Les elfes de la Glayeule ont toujours fleuri ces esprits éteints selon la tradition. Il se dit que les femmes mortes veillent sur leur peuple.

Un éclat de fureur distrait Argon de ses pensées. La lune blanche rugit d’une bataille sanglante. Les gulsots donnent l’assaut. Les forces de Legon ont décollé. Le ciel se tache d’une clameur horrible.

 

— La lune rouge se découvre, murmure Thornil. Au sol, nous sommes exposés au pire.

— Le pire… tu as raison. Si c’était une diversion ? Les Gulsots ne sont que des bêtes sans tête ! Le pire n’est pas là-haut. Pars vite ! Les soldats d’Éole courent un grand danger, je le crains.

 

Thornil attache sa longue chevelure et enfourche son hélicon[6].

 

— Vole en rase-mottes, mon brave Athorn, ne te dévoile pas. Prends la rivière jusqu’aux ateliers de Legon, le temps nous est compté !

 

Athorn est un bel animal. Râblé et court sur pattes, il a une détente vigoureuse. Il file, ventre sur l’eau. Argon reprend sa route en observant le ciel. Les étoiles tremblent, se troublent.

Le Cercle des Zyglots est proche. Le conseil est en place, atterré par le fracas des armes. Les anciens ont déployé le bouclier de titane. Le patriarche de Sénergues disperse les runes en tous sens, mais le message revient, lancinant. IL est revenu !

 

Les vers remontent du néant en un grouillement inquiétant. La Gartempe s’anime sous le flanc d’Athorn. Les poissons sautent, gueule béante, lacérant son poitrail de leurs crocs. Le cri de l’hélicon se heurte au granit de la gorge et ricoche comme un avertissement jusqu’à Font-aux-loups. Thornil harponne une carnassière. Sa gueule ensanglantée est plantée de deux rangées de dents fourchues comme il n’en a jamais vues. Des dents acérées et une haleine pestilentielle… Avec dégoût, il jette sa prise dans sa musette.

 

Athorn peine. Sa blessure lui brûle la peau. C’est affaibli, qu’il atterrit chez Legon. Les elfes tiennent conciliabule autour de la carpe encore vivante.

 

— Elle a mordu Athorn cruellement. Athorn… ?

 

L’hélicon gît sur le flanc, fiévreux. Son corps s’agite, il flotte comme sur une vague, qui l’emporte.

D’un bon, Thornil est sur lui. Une marée de lombrics rampe sur le sol, entraînant son compagnon vers un sombre destin.

D’un sursaut, la carpe se retourne. D’un claquement de queue sonore, elle fait un bond prodigieux et engloutit les vers par centaines.

Surmontant leur répulsion, les elfes portent le malheureux à l’écart. Les vers ont déjà creusé un sillon dans sa plaie. « Les vers se nourriront… »

 

Legon décoche une flèche enflammée. La carpe gloutonne se tord dans le feu purificateur. L’odeur atroce empuantit l’air. Les derniers vers extraits du ventre d’Athorn rejoignent le bûcher. Dans le ciel, le combat fait toujours rage.

 

— Rappelle les chevaliers d’Éole, Legon. Les gulsots sont un leurre. Le mal se trame ici, et ailleurs. Regarde !

 

Thornil désigne la lune bleue d’un regard inquiet.

 

— Un vaisseau est parti ce matin – répond Legon – il n’est pas revenu. Personne ne sait. La lune blanche est inaccessible elle aussi. Je ne comprends pas. Les gulsots viennent seulement de prendre leur envol. Or, aucune troupe n’a décollé. C’est à croire que les lunes sont désertes. Aucun vaisseau n’émet de signal.

— Désertes, ou mortes… ?

 

La remarque tombe, lugubre. Les étoiles se cachent sous leurs branches. Un gémissement d’Athorn répond à l’angoisse qui envahit les cœurs. Le cataplasme d’herbes médicinales suinte, purulent.

 

— Les feuilles se battent bien. C’est le moment.

 

Legon sort un mange-mort de sa besace. L’insecte gigoteur crisse des mandibules.

 

— Un seul suffira-t-il ?

— Oui, Thornil. Je l’espère. Les mange-mort vont être mis à contribution en ces temps troublés…

 

L’insecte s’est mis à l’ouvrage, nettoyant minutieusement les plaies déchirées. Athorn murmure dans son cauchemar, parti vers d’autres rivages.

Legon couvre son front de poussière d’étoiles pour étouffer les fièvres et se tourne vers ses troupes. Il dépêche un émissaire pour rappeler ses soldats.

 

— Rallions ensemble le Cercle des Zyglots. Ton compagnon restera ici le temps nécessaire. Sois confiant, il nous rejoindra.

 

C’est à regret que Thornil abandonne son hélicon. Il doit partir. Le cercle est à quelques heures de marche du souterrain funèbre. Radon, le Fourvieux, n’est plus, mais autre chose est sorti des ténèbres.

 

Sur la lune bleue, le silence règne. Les vers ondulent en rangs serrés, se bousculent parfois, débordant par les orifices des vaisseaux abandonnés. Ils empruntent la voie stellaire vers la lune blanche sous la lumière des étoiles, impuissantes.

 

Sur la lune blanche, les poissons sont sortis des eaux. Nourris du sang des vers, eux-mêmes nourris du sang du Fourvieux, ils ont marché, crocs en avant, dressés sur leur nageoire caudale. Ils ont croqué vers et chairs, hachant les os des victimes désemparées.

 

Sur la lune rouge, Rideux le poisseux fait frire des carpes. Il se repose de ses efforts nocturnes. Il a pelleté et charroyé la terre contaminée qui coulait du souterrain vers son antre. De lune en lune, il a déposé sa récolte, nuit par nuit. Personne ne s’est soucié du poisseux et de ses manies sans importance…

À son cou, un collier de dents fourchues. D’un œil distrait, il contemple la bataille qui assombrit l’espace. Les gulsots, rendus fous par ses fritures empoisonnées, œuvrent pour lui. Lui : nourri du sang des carpes, nourries du sang des vers nourris du sang de Radon. La terre rend au Rideux les pouvoirs du Fourvieux.

 

Dans le Cercle des Zyglots, Thornil, Legon, Argon et les soldats d’Éole ont pris place autour des runes. « IL » est ici !

Les elfes, héritiers de Mildon, se concertent. Les paroles des femmes mortes résonnent en oracle : viendra l’homme qui vous mangera…

Dans les airs, les gulsots tournoient, dépités de se voir privés d’adversaires juteux à dévorer au nid. Ils ont emporté les cadavres pour les déposer dans leurs couches souillées. Ils tournent, rapaces assoiffés de vengeance, au-dessus du silence.

 

Le Rideux teigneux édente ses poissons, songeur. Leur chair épaisse a un goût prononcé de viande putréfiée. Le sang du Fourvieux a fait son œuvre. L’homme mange les hommes…

Nichée au creux d’un larmoyant[7], une femme l’observe, farouche. Une femme de l’Aubrac, une gardienne stellaire, une échappée de la curée. Grâce à sa taille minuscule, son vaisseau est passé inaperçu. C’est une Nasbinale, une guerrière qui sillonne les étoiles, de la Gartempe au Piou. C’est une descendante des femmes mortes. Elle sait.

 

Elle a entendu la faucheuse ramper sur la lune bleue, chuintement sournois en écho aux claquements de dents des poissons mutants. Les cris d’horreur, étouffés par les vers, ne lui ont pas échappé. Elle, infime partie de l’univers lunaire, a pris, tel un coup de fouet l’appel désespéré des mourants dévorés vifs.

Elle a tracé sous l’orage, volant sous la ligne des visibles.

 

Les hommes de la lune bleue ont disparu. La lune a cessé de vivre. Les gulsots ont fait diversion, le temps que les petits êtres de la lune blanche disparaissent à leur tour. « Ils » vont arriver, et c’est leur maître qu’elle examine de près, de si près… Il lui faut gagner du temps. La Nasbinale extrait doucement une sarbacane de sa poche ventrale. Le geste est sûr et précis.

 

Le Rideux chasse d’un revers de main l’attaque des ronron-floustiques[8] qui se plantent dans son cou. Peine perdue ! Le narcoptique[9] éteint ses yeux d’un sommeil lourd. Une deuxième volée vient parachever le travail. Les ronron-floustiques volent se reposer sur l’épaule de leur maîtresse. Le Malzieu trompiné[10] devrait faire dormir le porteur du mal pour un bon moment.

 

La petite guerrière rejoint son vaisseau dissimulé à la cime des bouflardons[11]. Son radar est formel : les elfes sont au Cercle des Zyglots. Le ciel s’est dégagé, limpide sur les lunes. Les gulsots, repus, digèrent leur macabre festin. Le vaisseau troue l’espace, invisible derrière son bouclier. Son signal se dessine sur les écrans de la flotte dévorée, petit point rouge illuminant le ventre des vers. Le Rideux endormi ne percevra pas le signal d’alerte. Les elfes, eux, le suivent avec anxiété. Il resterait donc un vaisseau ?

 

Legon est déçu lorsque la carlingue effilée atterrit. Que faire ? Le petit bout de femme qui sort de ce joujou ne sera pas d’une grande aide ! Les Gulsots les plus vaillants ont repris leur vol. Le ciel s’obscurcit sur les lunes.

 

— Où est votre chef ?

 

Legon, d’un geste large, désigne le cercle attentif.

 

— Nous sommes nos propres chefs. Nul de détient de pouvoir si unique qu’il en vaille la peine. Qui es-tu donc, toi, et d’où viens-tu ?

 

— Je suis Lipomère, de la tribu des Nasbinales et j’arrive de la Canourgue avec d’importantes nouvelles.

 

Legon se radoucit. Les Nasbinales ! Ces farouches descendantes des femmes mortes de la légende ! Elles ont protégé la cité de Mildon de leurs corps, repoussant les derniers assauts des gulsots aux côtés des elfes, bien après la disparition du mage. Mi-humaines, mi-elfiques, elles veillent encore sur les étoiles et les lunes, porteuses de la charge transmise de mère en fille : être présentes lorsqu’IL arrivera.

 

— IL est là, je l’ai vu.

 

Lipomère prend place dans le Cercle des Zyglots. Elle attend que le silence se fasse.

 

— Je l’ai endormi de deux volées de ronron-floustiques. Il dort à la Canourgue. J’ai fait au plus vite pour arriver jusqu’à vous.

 

Elle regarde le ciel qui se plombe.

 

— Le Malzieu va se dissiper et IL saura que nous savons. Il faut agir vite et briser les ponts stellaires entre les lunes.

— Briser les ponts ? Ce serait nous isoler des hommes et des petits êtres et rompre l’union entre les peuples !

— Il n’en est pas question ! ronchonne un vieux sage. Un pont, c’est cent années de labeur. Ce ne sont pas quelques gulsots affamés qui vont nous faire peur !

— Des gulsots ? Mais, vous ne savez donc rien ?

 

Lipomère se dresse, rouge de colère. Ses longs cheveux bleus noués en chignon se libèrent et fouettent ses hanches quand elle bondit au milieu de l’assistance. Là, elle décrit ce qu’elle a vu. Son flash cloc[12] passe de main en main. Le bruissement des vers envahit la prairie, le claquement des dents fourchues fait frémir les plus aguerris.

 

— Si vous ne brisez pas les ponts, nous mourrons tous ! Souvenez-vous de la prédiction ! IL se nourrit de nous, et il a gardé le meilleur pour la fin : vous, les elfes. Vos pouvoirs disparaîtront et IL règnera en maître sur les lunes.

— Mais – objecte Thornil – sur quoi règnera-t-il s’il nous tue tous ?

— Le mal se nourrit de lui-même. Il cherchera d’autres formes de vie, et détruira les mondes.

Décidez, et vite ! Sinon, je le ferai seule. Je suis une Nasbinale !

— Nous partirons donc demain.

— Il est peut-être déjà trop tard. Ils sont en marche. Dès le réveil du Rideux, la lune rouge sera perdue. Marchons !

 

Legon se lève, suivi des chevaliers d’Éole. Les anciens acquiescent, silencieux. L’armée se met en route. Athorn, au loin, entend leurs pas sourds dans ses songes avant de basculer dans le monde perdu.

Le ciel se repaît de nuages de bronze. Les trois ponts scintillent, passerelles aériennes dans le sillage des étoiles. Les dessertes d’accès à la lune rouge explosent simultanément. Les gulsots hurlent de fureur et fondent vers le sol, arrachant la cime des arbres. Une pluie de vers et de dents brisées se disperse dans l’espace, bouillie broyée par les impacts nourris des désintégratomes ioniflurés[13].

Les chevaliers d’Éole enflamment à nouveau le ciel. Les gulsots, alourdis par les agglomérats écailleux dispersés sont pris au piège.

 

— Pas de quartier ! a dit l’héritière de la charge avant de repartir vers la Canourgue. Pas un ne doit survivre !

 

Le petit vaisseau a glissé sur les courants du vent, se faufilant dans les combes, sous l’abri propice des roches saillantes. Le Rideux ouvrait à peine les cils, engourdi dans un sommeil pâteux. Les ronron-floustiques, prêts à faire feu se tenaient en ordre de souffle dans la sarbacane à Malzieu. Mais, Lipomère savait qu’il était temps.

 

L’écailleur mal léché périrait de sa main, il en était ainsi. Elle tâte sa besace emplie des suce-jus dont elle ne se sépare jamais. Une rasade d’eau de runes les réveille. Mentalement, elle leur indique leur proie. Ils s’envolent, caparaçonnés d’argent, vrombissement métallique, et tombent en grêle drue sur le Rideux hébété.

 

Les suce-jus gonflent tel des tiques sur une charogne fraîche. Gloutons, ils aspirent le sang du poisseux et roulent, cahin-caha, gorgés des putrides sucs de l’héritier de Radon. Il tente de se dégager, raclant sa peau qui se fripe. Il appelle les vers et les poissons à son secours, ignorant de leur sort. Nul ne lui répond, pas même les gulsots. Son pouvoir se fond dans ses veines asséchées. Le corps du descendant du Fourvieux n’est plus que peau. Son visage exsangue clame l’effroi impuissant de ses yeux exorbités.

 

Il reçoit en chuchotement la confession de Lipomère, sans pouvoir proférer un mot. La longue lame elfique tranche son crâne en deux cavités parfaites. Radon est bien mort.

Les suce-jus pressent leur vessie en mots qui ruissellent dans la calebasse de la guerrière. La prédiction s’écrit.

 

 « Aucune terre ne peut ensevelir le mal. Les vers se nourriront de son sang. Les poissons mangeront les vers, et viendra l’homme qui vous mangera. »

 

Lipomère boit le breuvage noir d’une traite. Ses yeux étincellent d’une lueur nouvelle. Elle se dresse, grandie. D’un geste sur, elle tranche son chignon. Ses cheveux souples dansent sur son cou altier. Elle caresse sa barbe naissante et d’une main, urine sur un arbre étonné.

 

Ses lèvres minces rient d’un sourire carnassier.

 

 … et viendra l’homme qui vous mangera.

 

 



[1] Variété d’érable nanique

[2] Je ne sais quoi à tout faire

[3] Cor à bourde

[4] Voir Zyglotron, si vous le trouvez

[5] Membres de la tribu des Nasbinales

[6] Et non, ce n’en est pas celui que vous croyez

[7] Arbre à chiale

[8] Piqueurs à somme

[9] Drogue à ferme cils

[10] Marque de narcoptique

[11] Arbre craint des enfants

[12] Descendant du reflex

[13] C’est écrit en toutes lettres, mais en deux mots !

L’œil du Diable

Bandrochet fulmine. Radio Klaxon annonce l’autorisation de la fouille des véhicules pour Vigneux de Bretagne. Parvenu sans encombre à la Châtaigne, il gare sa vieille Audi 80. La Rolandière a subi les assauts de la maison poulaga. Il ramène les restes de sa tente, la rage au cœur.

Depuis novembre qu’il occupe le terrain, il ne quitte pas les lieux par gaieté de cœur ! Son père est mort. Le père Gavloche a levé l’ancre pour la dernière fois. Au village, ils l’ont enterré sans lui. Son portable déchargé et les barrages routiers ont considérablement ralenti l’information.


Bandrochet, c’est son pseudo. En fait, il s’appelle Bandroche, du nom de sa mère. Son père ne l’a pas reconnu. Il se demande bien pourquoi il vient lui rendre hommage, au vieux !
Dans la cuisine, le désordre habituel règne encore. Il n’espère pas d’héritage, mais si quelques billets voulaient bien traîner ! Il gratte trois cents euros disséminés dans les tiroirs, une vieille chevalière, et une alliance en or.

 

L’anneau est large, trop large pour lui. Dans la boite, il y a une note écrite à la main.


« Ceci est ton héritage. L’anneau du pouvoir ne peut être porté que par un sage. Il te ren… » Le reste de la feuille est rongé par la moisissure. La suite est indéchiffrable.
Bandroche fourre le tout dans sa poche et file sans demander son reste. Toupet et Bilou l’attendent au Liminbout.

Un SMS lui dit que la volaille gagne du terrain au carrefour du chemin de Suez et des Fosses Noires. Ils ont bloqué le chemin pour les forcer à passer par les bois.


L’Audi cahote dans les ornières. Nom d’un petit bonhomme ! Ce n’est pas un barrage qui va arrêter un Bandroche ! Il fonce comme un dératé sur l’estafette bleue et rase la motte aux pandores testiculaires ! Ils peuvent bien se les tenir, ah, ah ! Il est passé juste entre le véhicule et un arbre centenaire.

Il sort un doigt poli et poursuit sa route. Au carrefour, il monte Toupet et Bilou et redémarre en projetant une giclée de boue sur le pare-brise de la camionnette qui vire dans le fossé. Goguenards, les trois compères s’éloignent tranquilles.
Ils filent sur Nice, où les attendent d’autres amis pour une marche vers Notre-Dame-des-Landes. Ils n’ont pas l’intention de s’encombrer de poursuivants !


Ils arrivent à l’aube, fourbus, et s’endorment sur un parking. Un toc-toc sur les vitres fait sursauter Toupet. Une rousse pulpeuse frappe avec insistance à la portière. Elle grimace à l’odeur qui règne dans l’habitacle.

 

— Eh, les Breizh ! C’est pas des manières de roupiller en plein jour ! Vous allez vous faire embarquer en moins de deux à rester là !
— Pas faux ! Répond Bilou en se dépliant. Y aurait-il un bar dans le quartier ?
— Un bar ? Pas b’soin ! Venez donc boire un jus dans ma caravane !

 

D’un geste, la rousse désigne un mini van garé trois places plus loin.
L’endroit est minuscule et coquet. Serrés sur la banquette, les militants écoutent la radio en buvant un café sirupeux. Gabrielle, la rousse, a sorti sa boule de cristal.

 

— Je suis voyante ! Elle coule une œillade assassine vers Bandroche et se glisse contre lui.
— Voyons ce qui vous attend.

 

Gabrielle chauffe sa boule. Elle enroule son pied sur la cheville de l’homme et se colle à sa cuisse. La boule irradie brutalement d’une chaleur orangée.
Stupéfaits, les trois copains ne disent mot. Gabrielle a perdu de sa superbe. Elle tremble. Son front perle de sueur.
D’une voix blanche, elle demande à Bandroche de se pencher. C’est alors qu’il voit, comme elle, cet œil vorace qui dévore un visage inhumain. L’œil lui parle, se déforme, bouche pestilentielle. Il veut le dévorer ?
Il s’est reculé, comme souillé par ce regard inquisiteur.

 

— C’est quoi ? Demande-t-il sous le regard interrogateur de ses amis. C’est le Diable !
— C’est l’œil du grand Pochar El Passa. Le Diable et lui, c’est du pareil au même. Tu as quelque chose qu’il désire. Là, quelque chose qui me brûle, dans ta poche.

 

Bandroche vide sa poche. L’anneau d’or roule sur la table, incandescent.

 

— Bon sang ! C’est quoi, ce truc ? C’est de la magie noire ?
— Magie noire ou magie blanche, toi seul pourras en décider ! La porte du van s’est ouverte sur un hurluberlu vêtu d’un costume sombre et d’une cape rouge et noire.
— Mandrake, pour vous servir. L’homme s’incline avec élégance.
— Mandrake ?
— Lui-même ! Le plus grand magicien de tous les temps est à votre service, messieurs !

Gabrielle dégage une place autour de la table. Toupet a l’impression fugitive de sentir la banquette s’agrandir.

— Vous voici détenteur du plus grand des pouvoirs — dit doctement l’homme avec un regard brillant. Ses doigts effleurent l’anneau. Bandroche s’empresse de le mettre à son doigt. Il s’enfile, comme pressé de trouver son maître, et la magie opère. Toupet et Bilou sont figés d’effroi. Leur ami a disparu. Ils ne le voient plus, mais ils entendent sa voix. Bandroche retire l’anneau et le caresse, rêveur.

— Bel objet ! Et pourquoi ce Pochar le veut-il ?
— Pour son pouvoir, mon ami ! Le pouvoir de l’anneau ! N’avez-vous rien senti ?
— Si, en effet. C’est comme si le ciel s’éclaircissait et que tout devenait possible…
— Mais nom de Dieu ! Tu as disparu ! Invisible ! J’ai eu la trouille de ma vie !
Invisible ? Le porteur sourit à cette idée. Voilà un pouvoir bien utile !
— Je vous mets en garde ! Qui porte l’anneau perd son âme ! Ne le mettez qu’en cas de nécessité absolue. Sinon, son pouvoir vous dévorera, comme El Passa, qui l’a eu entre les mains. Il possède tout l’acier de la Terre, mais son cœur est tari et ne songe plus à rien d’autre qu’à posséder plus. Si l’anneau lui tombe entre les mains, ce sera la fin de ce monde, notre fin ! Nous devons partir. Votre destinée vous attend.

 

Et le magicien se met à leur conter l’histoire de l’anneau. Il est persuadé de devoir les accompagner. Gabrielle opine du bonnet.
Après tout, plus on est de fous, plus on rit ! Ils rejoignent le lieu de rendez-vous prévu pour la marche. La place du palais de justice n’est pas noir de monde. Les policiers sont plus nombreux que les marcheurs, mais des sympathisants sont venus les encourager.

 

El Hadj discute âprement avec un pansu cravaté. Ce Monsieur Tapinois est un chef d’entreprise qui se targue d’être social. Le Targui ne se laisse pas démonter pour autant par l’imposant personnage. Vendre des tapis ou acheter des entreprises pour les revendre, ce n’est pas du pareil au même ! Ce mécréant commence à lui courir sur le haricot ! L’entendre clamer qu’il soutient les « antiaéroports » alors qu’il passe sa vie en l’air, il n’y croit guère !
L’arrivée de la compagnie de l’anneau met un terme à la conversation. L’accoutrement du magicien interloque. La charge de la police disloque.

 

Bandroche enfile prestement l’anneau et charge à sa manière. Les matraques s’envolent, les ceintures s’arrachent, les visières se relèvent. En un instant, c’est la débandade chez les bleus. Les manifestants se sont dispersés. C’est dans la bousculade générale que nos amis montent dans le minibus de Tapinois.
Ils se réveillent en avion, sanglés sur leurs sièges. Mandrake dessine d’aériens mantras. Auraient-ils été drogués ?

 

— La route de l’anneau passe par le plateau du Golan. Merci, Tapinois, pour votre aimable invitation.

 

Tapinois serre les dents. L’avion atterrira à Quneitra. Mandrake a pris les rênes d’autorité. Mais soudain, un forcené surgit par l’arrière. Un détournement ! Le terroriste n’est autre que Ksafrifric, l’âme damnée de Pochar El Passa! Les deux magiciens s’affrontent. Magie noire contre magie blanche. Les éclairs résonnent sur la carlingue. L’avion infléchit sa route vers Damas. Mandrake faiblit sous le poids de l’obscurantisme. Ksafrifric psalmodie d’iconoclastes versets.

 

 El Hadj frémit de crainte. Ce ne sont pas des versets du Coran. Ces mantras maléfiques enveloppent les passagers qui sombrent peu à peu dans les limbes du néant. Un trou d’air salvateur guide l’anneau au doigt de Bandroche. L’avion vire de l’aile. Le pilote endormi a repris conscience. D’un râle démoniaque, Ksafrifric bondit vers la cabine. Son cri de haine se transforme en hurlement. Les bouilloires électriques lui sautent au visage. Sa peau brûlée frise et cuit.

Cui Cui ! Chante Bandroche en le ligotant solidement.

L’aéroport est en vue. Affolés, les passagers s’extirpent de l’avion. Ils débarquent sur cette terre inconnue, réalisant à peine le pourquoi de cette aventure ubuesque.


Tapinois, qui commence à s’amuser, réquisitionne un véhicule contre une liasse de billets. Il a compris qu’il ne fallait pas traîner dans les parages. Tandis que les fuyards grimpent dans le 4x4, la main du malin cherche l’anneau dans la poche du porteur. Il a envie de le toucher, de sentir sa puissance. Bandroche ne s’est aperçu de rien.
Une ligne de véhicules brode l’horizon. Les troupes de Pochar El Passa sont en ordre de marche.
La compagnie a roulé sans relâche jusqu’au mont Har Bental. La ligne sombre les poursuit. Le ciel est glauque. Le soleil s’est assombri, noyé dans d’inquiétants nuages. La peur est du voyage. Il est temps.
 
— Sortez l’anneau ! Vite ! Il faut le jeter là où il a été forgé et le maléfice disparaîtra !
— Mandrake ! Je ne l’ai plus ! Comment ?

 

Paniqué, Bandroche retourne ses poches. La poussière se rapproche. Le ciel s’étourdit et tombe à raser le sol.
Mandrake réalise qu’il manque Tapinois ! D’un éclair, il zèbre le sol. La terre tremble. Les cailloux roulent sur la faille. Un grand cri strie l’épaisseur de l’air, ponctué par le tintement délicat de l’or. L’anneau roule du doigt du voleur dans la crevasse. Ne reste que son corps, traversé d’une épine de roche sanguinolente.
Mandrake rassemble ses dernières forces. Dans un fracas épouvantable, la terre se morcelle, s’écartèle. La gomme des blindés hurle pour freiner, mais il est trop tard.
Les mains levées, Mandrake orchestre l’enterrement des assaillants. Le métal se plie, les os se broient. Tout est consommé.

 

Bandroche se réveille, la tête embrumée. Son Audi 80 a percuté un arbre. Les pandores ! Fuir ! Il serre dans sa poche une enveloppe. Un anneau se glisse à son doigt…


 

La Saint-Valendingue Fiction délirante

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Février. Il fait froid. Le sol gelé craque sous mes pieds comme un crumble oublié. J’en ai marre ! Marre de me lever à l’aube en délaissant mon lit chaud ! Marre de m’habiller chaque matin pour sortir alors que je n’ai qu’une envie, rester en pyjama !

La portière claque sur mes derniers espoirs de chaleur.

Je rumine ces sombres pensées au volant de ma dernière « machine à coudre » qui peine à se réchauffer.

 

Je me gare à ma place habituelle. Elle m’est presque réservée. Elle m’attend, moi, aux dernières frayeurs de la nuit. Il est sept heures. Sur le parking, je croise mon Directeur, anormalement matinal.

    

 

     Abrité sous la capuche de son caban, il ne m’a pas vue. Il téléphone… Intriguée, je ralentis mon pas, je le fais caresse sur le goudron figé.

 

— Je suis dingue de toi !

 

 

J’entends en réponse des éclats de voix qui en disent long. J’assiste à une scène de ménage ! Ah ! L’homme croit tout avoir lorsqu’il parvient au pouvoir ! Tout, peut ne devenir plus rien. Rien de ce qui vous fait vivre, qui vous tient chaud au cœur.

Mes pensées s’égarent vers mon lit qui tiédit, là-bas.

 

— Je suis dingue de toi !

 

J’ai chuchoté intérieurement, emplie d’une vague de tendresse qui descend jusque dans mes chaussures. J’entends le Directeur qui renifle. Il pleure. Se faire plaquer sur un parking à la veille de la Saint-Valentin… J’aurais presque pitié de lui si ce n’était mon traditionnel ennemi.

 

 

— Je suis dingue de toi !

 

C’est qu’il insiste ! Il s’abaisse, il chiale comme une madeleine ! Dissimulée derrière une cabane de chantier, j’écoute.

 

     Assister à la déchéance de son patron est intéressant. Oh ! Je ne lui ferai pas de chantage, non ! Ce secret restera entre nous, ou presque… Je tends l’oreille. La vipère vitupère de plus belle. Heureusement, nous sommes seuls. L’heure matinale protège ma victime du quand dira-t-on. C’est à moi qu’il appartient, désormais !

 

 

— Je suis dingue de toi !

 

Ça me trotte dans la tête comme une ritournelle. Mon lit douillet et sa quiétude s’éloignent. Je tiens ma revanche ! Je n’ai pas oublié l’entourloupe mesquine du dirlo à notre dernière réunion.

Je m’approche à pas de loup et fais craquer les dernières brindilles pour faire connaître ma présence.

 

     Mon patron se retourne, les yeux noyés, horrifié d’être ainsi surpris. Le constat doit être d’autant plus amer qu’il est en face de ma plume, celle qui sait si bien le griffer dans ses tracts.

Maternelle, je pose ma main sur son épaule et le serre dans mes bras, protectrice. Il se laisse faire anéanti.

 

— Vous ne pouvez pas entrer dans cet état. Venez, je vous emmène.

 

 

Doucement, je lui prends l’épaule et lui indique le refuge des locaux syndicaux, déserts à cette heure. Il a compris son intérêt, il connaît les lieux. Nulle fenêtre pour l’apercevoir. Les locaux affectés à l’activité syndicale sont des trous à rats en sous-sol, équipés de minables vasistas.

 

     D’un pas saccadé, il se précipite vers mon antre. Je jubile, la clé du paradis en main. Il s’écroule sur une chaise, prostré. Dommage, pour un beau gosse, il pourrait avoir plus de ressort ? Je note dans mes tablettes intérieures que la belle gueule ne change rien.

Tout sourire, je prépare un bon café pour le réconforter.

 

 

— Elle vous a plaqué, n’est-ce pas ?

 

 

Il hoche piteusement la tête. Je suis déçue, il ne me remet même pas en place.

 

— Elle est partie avec une autre fille.

 

Je pose ma tasse. Là, il me cloue le bec ! L’humiliation suprême, pour un mec ! Sa virilité a dû se recroqueviller dans sa coquille, à ces mots. Il le sent et la regarde, en larmes. Je réfléchis. Il n’a pas de chagrin. Il a honte de l’échec que cela représente.

 

     Il m’étonnait, aussi, avec cette sensibilité qui ne lui ressemble pas ! Sa main tremble quand il croise mes yeux. Il y a vu de la pitié. J’en rajoute à ce qu’il vient d’encaisser. Tant mieux ! J’en éprouve une certaine satisfaction que je masque en baissant mon regard vers son Bernard Lhermitte* dépressif.

 

 

     J’aime assez appuyer là où ça fait mal. Je me délecte de son état d’infériorité, consciente que le moment ne durera pas. Il faut réagir, et vite !

Je me lève avec grâce, laissant couler à terre le fleuve de mon écharpe. Il se baisse poliment pour la ramasser, au moment où je pirouette sur mes chevilles pour reprendre un café. Je sens la brûlure d’acier parcourir le galbe de mes jambes, son geste se fait plus lent. Il me mate, c’est parfait !

Je déguste le breuvage amer en contemplant sa gêne. Le froid hivernal s’est fait feu sacrificiel. Je vois la sueur perler à son front.

 

— Il faut vous décontracter. Je vais vous faire un petit massage et tout ira mieux.

 

 

Il me remercie faiblement. Je passe derrière son dos et entreprends de masser ses épaules.

 

— C’est difficile avec votre manteau. Vous voulez bien l’enlever ?

 

Il s’exécute. Il porte un costume, comme tout Directeur. Chemise blanche, cravate, la banalité de l’homme dans toute sa splendeur ! Mais il est beau et élégant. Pas de bedaine, un corps athlétique, ça me plaît !

 

 

     Je sens les muscles noués sous mes doigts. Je pétris doucement ce corps agréable. Du quinze ans d’âge… en moins !

 

— Je suis dingue de toi !

 

 

Je chasse la rengaine. Ne pas penser. Ne penser qu’à l’instant. Je me sens revigorée. Lui aussi, je crois. Mes doigts déroulent sa colonne vertébrale. Je sais qu’il ne pourra pas résister. Je suis infernale !

Je remonte en enlaçant sa cage thoracique. Mes mains roulent de sa poitrine à ses hanches. Je perçois ses premiers frémissements. Il est mûr… Je le retourne vers moi. Ses yeux brillants ont chassé les larmes. Je lui enlève délicatement ses lunettes. Il est plus sexy. J’entreprends son front, ses pommettes. Je remonte à la racine de ses cheveux et lui masse le crâne.

 

     Son visage s’est approché de ma poitrine. Quoi de plus normal ? Il a une vue plongeante sur mon décolleté parfumé de crème. J’ai eu raison de choisir « Vanille », je sens le gâteau fraîchement démoulé. Rien de tel pour tremper dans le café !

Je n’ai pu retenir un rire.

 

     Surpris, il prend ça pour une invitation et plonge tête baissée dans le délictueux appât. Ses mains se glissent sous ma robe. Chic ! Je porte ma robe bouffante ! Il a toute la place désirée pour fourrager dessous sans être coincé par des coutures énervantes.choix

 

     Une robe d’amour, légère comme une corolle de fleur, protectrice comme un parasol, mais qui dévoile au gré du vent le haut de mes bas. Pas besoin de vent, la chair humide a happé sa proie ! Ses mains s’affolent et ouvrent ma fente sans enlever sa dentelle. Ses lèvres dévorent mes tétons jaillis au balcon. Des doigts s’enfilent au plus profond de ma chatte enfiévrée.

 

     J’ai délaissé ses cheveux souples pour attraper sa ceinture. En homme avisé, il m’épargne ce supplice imbécile. La bête hirsute jaillit de sa tanière. Je ris à ce sourire fendu. Elle me fait songer à une marionnette de ventriloque, tellement elle voudrait parler…

 

— Oh oui ! Prends-moi ! Avale-moi ! Joue là moi gorge profonde ! Je suis dingue de toi !

 

Décidément, c’est une manie. Il m’en aurait presque coupé l’appétit si elle n’avait été si gaillarde !

Je glougloute ce gland rutilant et roucoule sur sa queue. Il bande, pieu de chair. Je retiens ses ardeurs avant le flux bouillant que je sens grumeler sous mes doigts.

Perverse, je sers une tasse d’amertume pour me rincer la gorge. Il attend, inquiet. Vais-je le laisser ainsi ?

 

     Je joue de ses nerfs, une main pianotant sur l’arête de son nez, l’autre soupesant ses besaces lourdement remplies. Il apprécie l’intrusion. J’en profite pour descendre son encombrant pantalon. Il a enlevé le reste et se tient roide, prêt à me pourfendre de sa dague.

 

     Dédaigneuse, je le rejette sur sa chaise. La corolle noire s’abat sur lui. Je ne vois pas son sexe, je le sens, chaud, entre mes cuisses. Mes muscles de cycliste se souviennent. Mes cuisses se tendent et ploient à l’offrande. Je ferre le poisson en succion subtile. Il n’en peut plus. Il attrape mes fesses, tente de m’empaler. L’arceau de mes cuisses résiste à sa poigne.

 

     Doucement, très doucement, je descends sur sa torche enflammée. Je sens son ardeur monter en ondes de chaleur.

 

— Je suis dingue de toi !

 

D’une chatte de fer, j’enserre son biniou, muscles contractés. Il ouvre de grands yeux sous l’étreinte et rugit de plaisir.

 

 

— Chuttt !

 

Sans égard pour les collègues qui auraient pu, fortuitement… écouter, il rugit encore et m’empale, enfin. Le rut est intense, à la mesure de l’envie qui inonde mon ventre. Il hurle comme un loup à la jouissance qui s’échappe. Échevelés et repus, nos corps s’abandonnent au repos.

 

     Un dernier café, la cravate ajustée, la Saint-Valentin peut arriver, j’ai pris mon éco et vengé mon égo. Demain, je reprendrai un petit café…

 

12 février 2013

 

* : clin d’œil à Thierry

 

 

    

La Sénachiasse

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Je demande pardon aux âmes sensibles et aux nez fins. Ce texte est le fruit de la réalité. Il fait suite à une conversation avec un ami qui a des échos gogues renards  sur la face cachée de la sénachiasse …


Enfer et Dame nation ! La République me sort par les oreilles ! Jamais je n’aurais dû emprunter ce couloir de la corruption. Ma mère me l’avait dit. Les politiques, ça couche dans le ruisseau et ça chie dans la colle !

 

Ces canailles, ça aime la fange et la chienlit, à cause que leurs frangines sont des grosses vaches tirées qui ne donnent plus d’lait ! Tout juste du fromage asticoté, rapport que, les cochonnes friquées, ça s’lave pas le cul tous les jours ! Ça s’pommade, ça, madame ! Avec des crèmes à la vache enragée et aux roubignoles de sansonnet.

 

— Moi j’vous l'dis ! Qu’elle disait en récurant le cul de ses casseroles.


Forcément, une fois sortie de la cuisse des jupes d’hitler, j’avais voulu voir. Au fait, j’ai pas mis d’h majuscule exprès ! Dites voir ! Faudrait pas donner du gras aux troufions bouchonnés du troufignon !


— C’est pas tout ça, je déblatère, et je sais plus où la chamelle habite ! Revenons-en à nos mamelles !


J’étais donc dans les couloirs du Sénat, ayant, par chance, pu me faire recruter par un cabinet de chiottes qui passait par là. Ou était-ce moi ?


J’officiais au cabinet, à les nettoyer. Comme ma mère curait le cul des casseroles, je curais les chiottes des ces Immondices Men !


— La chienlit ! Disait ma vieille. La chierie, oui ! Des chiasses à vous couper le souffle !


Je curais Allègre ment, lorsque mon oreille avisée entendit un son indescriptible. Tel un boulet de canon, la déferlante s’abattait sur les gogues. Un raz de marée ! Un tsunami à débordement… Rien de plus normal pour un tsunami.

 

Il est 15 heures. Celui-là sort de la cantoche. J’avais vu se remplir les poubelles des restes pantagruéliques que les gnafrons n’avaient pu engloutir. Moult rôts aidant, les derniers röstis enfournés, les voraces gloutonnés du bedon avaient fait la razzia sur les délicats Saint-Honorés par leurs grandes gueules. Le Nôtre pouvait aller se rhabiller à neuf avec le fric de nos impôts, les miens, et les vôtres ! Dire que les pauvres se seraient régalés de cette boustifaille. Pour ma pomme, je préfère ne pas y toucher.

 

Rien qu’à les voir ces sénachieurs , ça donne envie de gerber les petits fours aussi sec ! Quant à les entendre, mes esgourdes endolories ont bien du mal à goûter le silence une fois sorti des tinettes. C’est comme quand on rentre de boite de nuit, on entend encore la musique.

 

Le gars dévisse grave ! Une débandade à se faire peler le jonc ! La datte y est restée trop longtemps. Peuchère ! Ces porcs ont le boyau tellement lubrifié que ça entre avant d’avoir frappé. Enfin, entrer est un grand mot. Ça entre dans la lunette de tir et ça file nourrir les poissons de la Seine. Ici, ça flingue du jabot et ça défouraille de l’andouillette ! Y a bien d’quoi alimenter un HLM en énergie avec tout le Gaspard qui fout l’camp dans mes cabinets d’aisance.


Et puis, depuis qu’ils croquent du Hollande, les michetons refoulent du claque merde encore plus fort. Interdit de s’approcher sous peine d’occis pue ! Les putes sont interdites officiellement, mais elles siègent comme les autres… Les trous du cul des scènes à trisse, rapport qu’elles trissent à la première occase et qu’elles se la jouent à péter plus haut qu’elles ont le cul — leurs tous du cul, donc, sont plus pincés que leurs hommes aux gogues. Elles ont le con slippé, que voulez-vous ! Mais, quand elles parviennent à se fendre…, elles vous tartinent la gamelle aussi bien que les merlus !


Pour ce qui est de passer la balayette, que nenni ! Je suis payé pour ça ! Pas pour me lessiver la rétine, y a rien d’autre à voir que des gigots sur pattes. Du gras, du bouffi, de l’occluse du cul gelé, des culs bas et des culs de singe qui se font ramoner la cramouille  à l’occasion, quand un cure-dent  a survécu aux abus et que les timbales de concupiscence  n’ont pas largué du lest entre deux rideaux rouges dans une partie de crougnougnousse  !

 

Pour l’heure, celui-là n’ira pas tremper sa gaufrette cette après-midi ! Son darjo  s’esclaffe à tout va et il couine comme un goret en rut. Non ? Il n’est pas en train de s’essorer l’os à moelle  en caguant ?
Le nez dans mon godet de secours, une décoction puissante au musc prononcé que ma fourguée une petite bonne Africaine, je respire à la fenêtre pour chasser les effluves nauséabonds. Désinfection des naseaux oblige, faut pas se laisser abattre.

 

J’entends le chant de ses sphincters entonner la Cinquième de Bite au vent. Nom d’un pétard ! Je sors mon dictaphone. Les copains vont bien rigoler ce soir au bistrot. Tous les vendredis on s’échange les potins croustillants de la basse-cour des grands. J’avoue sans honte que je possède une belle collection de pets de cons et d’effets sonores à donner des fausses couches aux greluches de l’année.

 

J’enregistre, le nez dans le courant d’air. La chasse se tire sur la chiasse. Je me planque dans mon placard à balais, histoire de mater la tronche du déripeur  .

Mes pronostics se révèlent souvent exacts, mais cette fois, je suis intrigué. Le son de ce cul ne m’est pas familier. Un noceur de passage ? Doublé d’un palucheur…
Le panier vidé, la porte s’ouvre. Il sort en se refroquant, la bouille réjouie. Rouge des efforts prodigués, il s’asperge le visage d’eau et, quand même… se lave les mains à grande eau.


Je recule quand il s’approche de la fenêtre pour aérer son costume. Dieu merci, il ne m’a pas vu ! Qui irait fourrer son nez dans le placard de l’homme toutes mains ?


Ragaillardi, le Président sort. Mon sort ne sera pas encore consommé pour cette fois. J’appuie sur le dictaphone. Cet enregistrement vaut bien son pesant d’emmerdes !

 

Zibelyne le 21 février 2013

 

 

C'est la mère Michelle qui a perdu son chat...

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Pardonnez-moi les références iconoclastes en cette période de Noël. Je n'y suis pour rien, c'est le Diable qui parle ici, et que les bonnes âmes se rassurent, je n'ai pas de grief particulier à l'encontre de quiconque en religion.

 

C'est la mère Michelle qui a perdu son chat...


 

La mort hâle le cimetière de Saint-Trop-Paix. Le petit bourg reflue du goulot.
On enterre la mère Michelle. Depuis qu’elle a eu perdu son chat, il s’était dit qu’elle avait vendu son âme au Diable...
Diable ! Je n’ai pas payé ? Cette bonne femme n’avait rien qui puisse attiser ma sympathie.


Je m’étais découvert une amitié soudaine pour la diablerie à la sortie de couches de la Birgit. La gueuse bêlait comme une chèvre en vomissant son chiard. J’étais certaine que le mouflet aurait du bouc en lui. La Birgit avait la fâcheuse manie de s’occuper de tout ce qui portait poil. Elle, pourtant, sortait toujours soigneusement dépoilée. Elle arrachait sa petite toison drue chaque semaine pour en garnir les nids des oiseaux, qui, eux, ne portaient pas pilosité. Mais qu’importe !
La bourrique copulait avec tous les ânes de Saint-Trop-Paix. Elle accoucherait d’un bouc !

 

Je l’avais décidé !
Il en fut ainsi.

 

Le drôle naquit saboté, les doigts de pied soudés dans deux ongles solidement cornés. Il était couvert de poils. Sa laideur était telle que la Birgit quitta la région et s’en fut dans les plaines glacées en quête d’immaculé pour expier ses fautes. Elle s’y agenouilla proprement et fort gentiment à sucer l’eskimo parmi les phoques, ses nouveaux amis. La banquise allait bientôt fondre sous la chaleur de son cul.


Je l’avais décidé.
Il en fut ainsi.

 

Mais, revenons-en à la mère Michelle ! La pauvre est morte bien misérablement. C’est le père Lustucru qui l’a retrouvée. Lui qui avait un jour retrouvé son chat, n’avait pu que constater ce décès pour le moins inhabituel.
La peau de son matou, fort pelé par l’âge, recouvrait son visage en un masque diabolique. Ses yeux, sa bouche, son nez étaient obturés des derniers poils arrachés à la queue du greffier. Des esquilles d’os étaient enfoncées profondément dans la peau flétrie de son cou. D’autres piquaient avec élégance ses seins vides roulés en paupiettes.

La bougresse y avait trop fait téter ses chatons ? La populace dégoisait à tout va sur le sujet...
Le mystère occupait encore les esprits lors de la mise en bière, et chacun faisait mousser sa propre version...

 

Moi, je savais.
Je l’avais décidé.

 

La mère Michelle avait eu le culot de me passer devant à la boulangerie. Je l’avais regardée droit dans la nuque, jusqu’à ce que ça lui gratte sous le chignon. Je lui avais montré…
— Le Diable ! Le Diable !
Mais… quelle mouche l’a piquée ?
La boulangère en était restée comme deux ronds de flanc, la monnaie et le pain en main.


— Donnez, madame Michu, je vais les lui ramener. Je passe devant.
J’avais pris le pain et l’argent, et j’avais tout gardé.
La mère Michelle, elle, a gardé la chambre durant une semaine, jusqu’au dimanche où le père Lustucru l’a trouvée. En grignotant sa baguette, je m’étais arrêté devant la boutique du libraire marchand de tout. J’avais appelé de mes vœux le boucher de Delicatessen.
JC avait galamment accepté le rôle que je lui offrais. Sortir du film lui dérouillerait les phalanges. Et puis, m’avait-il glissé à l’oreille en y déposant un baiser gourmand…
— J’ai toujours aimé les paupiettes !

 

Pour l’heure, je suivais le corbillard, calquant mes pas dans ceux du père François. Il m’avait fait un sale coup, en juin, le jour de l’assemblée.
Cette fois, j’avais très envie de m’amuser. La conscience de mes facultés m’autorisait à jouer.

Les "enterreurs" marchaient lourdement sous le soleil. Le cadavre dégageait une odeur âcre et quelques gouttes putrides dégorgeaient entre les planches disjointes.
— Le charpentier était encore ivre ! Pestait le croque-mort entre ses dents cariées.
— C’est honteux ! Nous faire subir ça ! Sous ce soleil ! Piaillait la Michu en faisant mine de pleurnicher.
— Pour sûr ! C’est comme le père François ! Suivre le cercueil de sa putain en serrant la main de sa femme, je trouve ça écœurant !
J’avais chuchoté, m’adressant uniquement à la Michu, mais ce fut comme si un courant d’air avait porté mes mots.
— Le croque-mort en a croqué aussi…


Je dirigeais le vent de mes mots vers les femmes, ces bonnes épouses, ces mères engoncées dans leurs robes noires trop courtes, tendues sur des fesses rebondies, aux coutures craquelant.
Les femmes marchaient à gauche, les hommes, à droite, rangées de corbeaux endimanchés.
Des regards noirs se sont échangés.
— Elle couchait avec le curé…
Le haut-le-cœur de Madame Thérèse me fit l’effet d’une caresse. Les bonnes gens allaient voir ce qu’ils allaient voir…
— La Marie couche toi là lèche les pieds de ses veaux…
Cette fois, j’avais chuchoté en direction des hommes. Les peigne-culs ont commencé à lorgner vers la Marie.


La Marie ? Une bien jolie veuve. Le tracteur a écrasé son mari alors qu’il rentrait du bois. Ça, je ne l’avais pas vu. C’était un accident. Elle avait beaucoup pleuré devant l’aplati. Il faut dire qu’il venait de se faire mettre une dent en or et qu’elle était perdue dans sa caboche enfoncée.
J’avais compati. Cela va de soi.


— Dis donc, la Marie…
Le père François vient de reculer de deux rangs dans le cortège funèbre. Il a pris la file du milieu sans clignotant, mais ses yeux roulent comme des quinquets fumeux.
— C’est t’y vrai que tu lèches les pieds de tes veaux ? L’égrillard s’est rapproché, flirtant avec le bas de la jupe élégante de la veuve encore svelte.

Un retour de main claque dans le pieux silence qui se débande. Ni une ni deux, voici la femme du François qui sort de ses gonds et envoie un revers de sac à main à son Jules. Las ! Il contenait son gros trousseau de clés et le François pisse le sang, le bourre-pif éclaté.

— Ah la Mère Michelle ne t’a pas suffi ! Il te les faut donc toutes ! Salopard ! Baiseur de poules !


— Le père François baise vos femmes quand vous êtes aux champs…
Les corbeaux ont les biscoteaux bandés. Les chemises blanches gonflent de rage. Les visages rougeauds s’interrogent. C’est qu’ils vont ensemble au bistrot, le dimanche. Baiser leurs femmes ? Elles ne sont pas avenantes, mais quand même ! On a de l’orgueil !


— La Marie couche toi là n’a pas de culotte !
Les paysans ont le ciboulot qui fume. Le François ? La Marie ?
Le charpentier a le premier la malencontreuse idée de consoler la Marie en pleurs. Il faut dire qu’il n’a pas de femme. Sa Marie, à lui, elle est partie. Il n’a jamais pu la toucher. Elle resterait vierge comme l’agneau qui vient de naître, qu’elle disait ! Ça ne l’a pas empêchée de foutre le camp avec l’âne qui l’avait engrossée…


— Dis, la Marie, c’est t-y vrai qu’t’as pas d’culotte ? J’peux t’arranger ça, si tu veux, j’suis comme veuf, moi aussi.
La Marie en larmes donne un coup de saton au Joseph, à défaut de santon. 
— T’iras crécher ailleurs ! Quand on n’est pas fichu de clouer un cercueil, on ne va pas boucher la craquette ailleurs ! R’garde donc ! Y a la Mère Michelle qui pisse sur le chemin que c’en est dégoûtant ! Et pis, ma fente, elle n’est pas à louer, faudra l’acheter !


La Marie a abandonné les pleurs pour l’ire outragée de la veuve insultée. Fumiste de charpentier !
Il a beau descendre de David, elle, elle sait bien pourquoi sa Marie est partie ! Une femme ne vit pas d’hasch tendre et de têtes de bois ! Comme les autres, elle avait le feu au cul et il n’y avait pas un mage qui ne lui soit passé dessus !

Le Joseph, mari, s’en retourne dare-dare dans la rangée de derrière, vers la naine de la boite à troubadours. Vla t’y pas qu’la matée se vexe et lui fourre un uppercut bien senti en pleine poire. Sauf que sa poire — rapport à sa hauteur — est à hauteur de ses attributs ! Les poires sont blettes et le Joseph blême.
Le corbillard avance cahin-caca dans une atmosphère délétère.

Le père François a tartiné sa bonne femme d’un retour de chevalière qui lui a arraché la joue.
Les bonnes femmes qui ont voulu s’interposer se sont fait alpaguer par les maris suspicieux.
D’algarades en apostrophes juteuses, le cortège s’est délité. Le père Bernard pivote de l’un à l’autre, notant sur son carnet les plus belles de ses trouvailles. Enfin, un qui est aux anges !

JC reluque la Michu. Il n’a pas voulu rentrer dans l’histoire. Dans sa poche, il joue innocemment de sa lame neuve.

La Marie se bat comme une chiffonnière avec la Thérèse. La grenouille de bénitier n’entend pas laisser son curé à cette gueuse trop jolie !
Le prêtre, ulcéré, a enterré la bonne femme en quatrième vitesse avant de se faire biner par le Joseph, furieux de s’être fait berner.

Dans le crêpage de chignon général, qui penserait à la Mère Michelle ?

À l’auberge, un ragoût de circonstance mijote sur le coin du feu. J’ai livré la viande désossée par JC. L’aubergiste retire un poil qui surnage. Les pugilistes se calent sous la table.
Je dépose ma robe blanche et mon missel.


Fini de faire l’enfant de chœur !
Que la fête commence !

 

26/12/2012

L'arbre à jambon

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L’arbre à jambon rosit de désir.
Une frite vient de choir
Entre ses tranches luisantes.
Joie ! Un sandwich jambon frite
S’envole. L’arbre à jambon
Sème à tous vents. Ses tranches
Virevoltent sur les assiettes
Des enfants alertes. Une rasade
De jus vient arroser ce festin
De roi. Les frites frétillent,
S’émoustillent à la fraîcheur
Humide du jambon dans sa ronde.
Les sandwiches se forment.
Les frites ensorcelées s’inclinent
Au pied de l’arbre magique.
Elles sautent dans les tranches
Frémissantes, plongent
Dans les bouches ouvertes
Odorantes et craquantes
Pour ravir les enfants.
L’arbre à jambon rosit de plaisir.
La friteuse l’a choisi comme roi.

 

Zibelyne le 29 août 2012 à la Guinguette de Montbazon, repas enfants…

 

La petite reine

La petite reine oubliée n’a pas pris place dans le camion bleu gazier en vain. Légère, elle file à vive allure sur ses boyaux bandés, suivie du VTT agile qui la piste céans.
On n’en fait plus de comme elle. Son modèle suranné a bien du mal à se faire soigner. Et pourtant, fidèle compagne, elle a avalé tant de kilomètres sous mon derrière rebondi…
Elle a dû être surprise de le trouver si chou-fleuré.  Nos promenades d’antan le voyaient plus fringant, musculeux et grimpant.
Mais ils se sont reconnus. Mon cul rond et la selle effilée s’accordent en amis. Le vent me frise la mèche. Coquin, il se glisse dans l’échancrure du débardeur qui aimante les regards des hommes. Plaisir de filer sur la route, comment oublier cette ivresse ?
L’ordinateur m’a tant pris ! L’écriture traîtresse veut tout. Drogue violente dont il faut me défaire…
Les routes de campagne tracent à travers champs. Les vaches rousses rivalisent de croupe en croupe. J’aimerais un instant être sœur de pré et ruminer de concert.
Le vent caresse et hâle ma peau. Bonheur.
Ma petite reine est un cheval de course. Elle a gravi des cols, traversé l’inconnu sous mes jambes véloces. Les hommes d’alors rêvaient de se faire emprisonner entre mes cuisses d’airain. Souvenirs, ce n’est pas si loin ? Je change de braquet. Les côtes s’avalent, j’avais si peur de ne plus les grimper. C’est ma deuxième sortie, mes gambettes enchaînent sans broncher.
Décharge d’adrénaline. Se fondre dans l’univers, mouche parmi les mouches, sentir les airs boisés, fleuris, purinés est une offrande que je reçois à pleins poumons.
Je suis ailleurs. Sur les routes d’autres vacances… Mon périple dans le midi, sur des routes gorgées de parfums. Les zonzon d’abeilles que je heurtais en plein vol. Les nuits toutes différentes… Une image remonte à la surface. Sourire.
Giuseppe ! Le routier sympa qui m’avait chargée à Nîmes sous une pluie d’orage. La nuit tombait et il avait freiné devant cette petite chose trempée. Un genou tendineux et gonflé lui en sut gré.
Nous avions partagé le jambon et il m’avait séchée. En ces temps d’insouciance, la couchette avait été douce et nous l’avons partagée. Le monde était encore simple et ouvert.
Qui a fermé les portes à cette liberté ? Le sont-elles vraiment ?
La route file, bordée de ronces nourricières. Je n’ai rien oublié, pas même la peur de chuter dans le vertige des descentes trop vives.
Je serre mes freins. Ils couinent toujours, signalant mon passage. Pas besoin de sonnette pour faire ranger les piétons…
Nous arrivons fourbus et heureux, mon poids plume et moi. Unis par les cale-pieds, par la guidoline délavée, par les boyaux qui roulent et roulent sous le soleil d’été.
Demain, je ressortirai ma petite reine. Je m’en veux de l’avoir délaissée. C’est un peu moi qui m’étais oubliée…

 

Eve Zibelyne le 5 septembre 2012


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Défi d'Evy

 

Dans le vide de mes nuits

J’ai cette angoisse qui me hante.

Cette photo jaunie de mon passé,

Ces jambes fuselées qui trois enfants

Ont portées, fatiguent à talon pointer !

Les années ont passé.

Le temps du repos

Recule, il faut encore,

Toujours travailler !

Deux années

Obscurcissent l’avenir

Et d’angoisse mes yeux sont noyés.

Les hommes aiment des femmes abuser

Et de nos corps lassés n’ont aucune pitié.

Femmes, posez là vos matrices abimées

Et sans broncher, allez œuvrer.

Femmes,

Cessez de pleurer.

Ce pays exsangue

Par les riches, pillé

Cherche votre sang

Pour se refaire une beauté !

Pliez l’échine

Sous le joug, mourrez !

Vite et sans le sou !

Pour que la gloire des marchés puisse,

À nouveau sur le monde régner.

 

Zibelyne le 5 juillet 2012

 

Défi sur le blog d'Evy Allez sur www.sirene.name pour participer aux défis !

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Extrait choisi de : Examen de passage pour devenir Français

 

Etude de la structure de la phrase et étude de texte :

 

Sarko est président de la république.

Sarko habite le château de Versailles

Les rois habitaient les châteaux.

 

Qu’en déduisez-vous ?

Deuxième partie :

 

 

Lisez les exemples de langage ci-dessous* et dites si à votre avis le langage est « possédé » , soutenu, familier, argotique ou inclassable:

 

« Si on dit plus qu’est-ce qui va et qu’est-ce qui va pas… »

« Le repliement communautaire »

« Ce sont nos principals concurrents et nos principales partenaires »

« L’apprentissage, elle a ‘plein de vertus) »

« Nous sommes la dernière génération qui peuvent sauver le monde »

 

(Extraits choisis du débat télévisé de N.Sarkosy du 25 01 2010)

 

 

« Faut pas s’étonner que tous nos emplois s’en ont »

« mais, mais, mais,… mais, mais, mais, mais,… euh… »

(N. Sarkosy, extraits vidéos diffusés au Petit journal de Canal + du 14 02 2010)

 

- Corrigez si nécessaire et reformulez les phrases.

 

Que pouvez-vous dire du niveau de langage.

Est-il témoin ou non d’une intégration réussie ?

Compte tenu de la personnalité évoquée ici, le langage est-il adapté à sa charge ?

A quel niveau d’étude situez vous le locuteur ?

 

 

 

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Commentaires : 2
  • #1

    Bedřich (jeudi, 19 juillet 2012 02:35)

    Nice one info, thanks

  • #2

    Eve Zibelyne (jeudi, 19 juillet 2012 17:35)

    Merci Bedrich ! Bonne soirée !

L’enfant au tambour

 

À tous les enfants,

À toutes les femmes,

Aux victimes innocentes

De l’atroce barbarie.

 

À Bastien, qui n’aura connu

De la vie, que la lie,

Avant de mourir, essoré

Dans sa cage, d’inox

Perforé. Louis XI même,

N’aurait su faire mieux.

Foin des corbeaux !

Pour arracher les yeux.

Le progrès sans limites,

Offre aux barbares sadiques

Les raffinements ultimes

Des nouvelles techniques,

De mises à mort pratiques !

Le sang ne salira pas

Les mains des assassins.

Le tambour, éploré

De cet usage inique

Pleure, de larmes de sang.

Du sang des innocents.

La pompe, écœurée, avale

L’infâmant breuvage

Et crache à la rivière

Le fruit vermillon

De cette vie qui s’écoule,

Pour nourrir les poissons.

Le petit corps brisé,

Du haut de ses trois ans,

Aurait aimé jouer. Jouer

Des tambours du cirque,

Qui font briller les yeux,

Des petits et des grands.

 

Noël allant, pensez à l’enfant,

À cet être innocent, victime

De l’ignorance crasse,

De l’immonde bêtise

De celui, qui, de père,

Ne peut porter le nom.

Et qu’on ne cherche pas

Mille excuses sans fond

Au bourreau de sa chair

Reniée, martyrisée,

Comme une couche sale,

Jetée dans le bouillon.

 

Noël allant, offrez

À vos enfants,

De l’amour à foison,

En mémoire de ceux,

Tombés à l’abandon.

 

Faites sonner le chant

Des tambours, pour Bastien.

Faites briller les yeux, de ces êtres

Absents, femmes et enfants,

Victimes de tous les temps.

 

Faites gonfler de colère

La peau des tambourins !

 

Faites courir la complainte

Des victimes innocentes

Aux confins de la plaine

Pour étouffer la haine,

Sinistre déferlante

Des odieux tyrans.

 

Que les chants de Noël,

Montent au soleil couchant

Vers les tendres endormis

Sur les nuages voguant.

 

Que les cymbales bruissent

Que sonnent les trompettes

Que dansent les tambours

Que les clowns du cirque

Jouent pour ces enfants.

Pour que, du fumier

Jaillissent les fleurs

De l’amour,

De la joie

De la vie.

 

Zibelyne le 5 12 2011

Lili, jolie petite Betsy

 

Car chacun de nous reste au fond de lui ce qu’il a été. En ce jour anniversaire de la naissance de Liliane Henriette Charlotte Betsy.

 

Te souviens-tu Lili,

Jolie petite Betsy,

Des jours heureux

De ton enfance ?

 

Te souviens-tu Lili,

Jolie petite Betsy,

Des jours radieux

Et sans souffrances ?

 

Le fruit de nos dépenses,

Petit peuple en ton royaume,

A couronné ton front

De pierres, d’or et d’argent.

 

Ton empire s’est nourri,

De shampoings en couleurs,

À l’éclat de chevelures

Modestement parées,

Des pauvres, des petits.

Ton empire a grandi,

Tout comme ta fratrie.

 

Cette richesse insolente

Dévoyée, détournée,

Par d’hypocrites Petits

Enveloppés de miel,

Crois-tu, jolie Lili,

Qu’eux te diront un jour,

Merci ?

 

Toi, le symbole honni

De l’argent des nantis,

Tu es femme, comme moi

Et je ne puis te haïr.

 

Les tourments infligés

Par les avides avilis,

Le camouflet, honteux

De la traîtrise filiale,

T’ont redonné l’aura

De la femme combative

 

Du haut de tant d’années,

Toise ces cœurs glacés.

Ces odieux sacripants,

Ces enveloppés d’antan

Aux pouvoirs si puissants,

Aux requins, t’ont laissée

Pour d'autres, rançonner.

 

Le petit peuple est humble,

Mais il a ses valeurs.

La nature le sait bien,

Elle qui tranche le fil

Si d'aventure, pousse

Une tumeur maligne.

Les vainqueurs d’un jour

Porteront à jamais

Sur le front l’opprobre

De la trahison,

Dans l’attente du moment

Où dame nature, tranchera.

 

Souviens-toi Lili,

Jolie petite Betsy,

Des jours heureux

De ta longue vie.

 

Laisse aux envieux

La gloire illusoire,

Les soucis, les tracas,

Et de tes dernières heures

Profite sans contrainte.

Vis, jolie petite Lili !

Vis, avec allant, pour Toi,

Pour toutes les femmes spoliées.

Deviens leur égérie

Pour la postérité.

Ton combat est le nôtre.

Celui du droit au respect,

Et de la liberté.

L’argent n’est que papier,

Volatile, désenchanté.

L’amour lui, est vérité.

 

Sache petite Lili,

Que dans l’adversité

S’insurgent, Indignés,

De simples humains,

Et que de toi ils parlent

Sans obscures pensées.

 

Pense, au creux du soir

D’octobre qui tombe

À ces petites flammes,

Vivantes et chaudes,

De la sincérité.

 

Zibelyne le 21 octobre 2011


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Commentaires : 1
  • #1

    Bedroom (mardi, 08 novembre 2011 17:19)

    Je crois savoir, mais je ne le dirai pas, je laisse chercher.

 

 

 

Les Panous-Panous

 

Les Panous-Panous

Envahisseurs sinistres,

De la Grande Lessiveuse*

Règnent, roulement de tambour,

Symptomatiques gnafrons

D’un désert politique

Nourri de vaines paroles

En éclatants mensonges,

Maintes fois vociférés,

Rabâchés, assenés.

 

Les pantins volubiles

S’affrontent, malhabiles.

C’est pas nous, c’est pas nous !

Clament les Panous-Panous.

C’est pas nous qui fraudons,

C’est pas nous qui volons,

C’est pas nous qui mentons !

C’est nous qui dispensons

La vraie, la bonne parole,

De campagne en campagne,

D’élection en élection,

Pour qu’enfin, ce soit à nous,

Par vous, hissés au pouvoir

Suprême, à nous, les Panous-Panous

De jouir de l’immunité,

Pour grassement vous voler,

Boire et nous régaler,

Sur le dos de la communauté.

Car les lois sont faites par nous,

Pour mieux de vous nous protéger,

Par nous, les Panous-Panous

Nous qui, avec brio, savons vous plumer.

 

Zibelyne le 6 septembre 2011

 

La grande lessiveuse : la télévision

 

 

 

Carpe diem

 

La bruine chagrine a conduit à la couche

Les corps par la moiteur alanguis.

L’eau chante au bassin frais.

Je contemple le ballet des carpes

Magnifiques. La belle argentée rivalise,

Majestueuse avec les rouges tachetées.

Moustachues, nageoires arasant l’onde,

Elles virevoltent sous le vent farouche,

Entraînant dans la ronde le jaunet

À la brillance du lingot et les oranges

Empanachées. A l’étage du dessous,

Les poissons rouges sucent le sable

Et s’escapent sous les massifs moussus

Des algues vertes.

La belle argentée se gratte la nageoire

Sous le chant de la cascade. Le parapluie

Vert d’ombre nage, manège sous le vent,

Il rame, baleines à l’air et sa canne arrondie

Se rappelle à mon bras.

Le chèvrefeuille aérien agite ses lianes fragiles.

De ses grappes légères il happe le treillis rouillé

De la petite porte qui, chaque semaine, se réduit.

Un vol de carpe signe la fin de vie d’un moustique

En maraude. Les frivoles dansent, ventre offert au

Bouquet de bulles jaillies du sable blanc. Chatouillis

Délectable. Elles passent et me regardent, poireau

En alerte. Nulle crainte dans leurs yeux. Elles attendent

L’offrande de ma main qui, chaque jour, délivre

La friandise ordinaire. Les salicaires de leurs faces roses

Se penchent, curieuses de me voir si longtemps assise,

Seule, sous le vent humide. La fraîcheur m’est douce

En ce lieu de paix, abrité des lauriers.

Les fleurs sauvages dominent la situation, immenses

Bouquets jaunes. Leur nom m’est inconnu. Généreuses,

Elles tendent leurs inflorescences aux Dalton chenillés.

Les accordéonistes insatiables les lavent du miellat

Puceronneux, avant de s’envoler en myriades

Multicolores, qui, fidèles, viendront les butiner.

Au poulailler, le Nègre soie braille et criaille.

Le maître fait sa loi.

Une libellule vrombit sur le papyrus.

Le vent matin se cache dans les bambous bruissants.

Tout est calme, le mouvement est harmonie.

Les butineuses au chèvrefeuille s’activent,

Points d’exclamation sur le plumetis

Volubile des clochettes neigeuses.

Les corolles de la Tanaisie

Dansent sous la rafale.

Elles frôlent le sol

D’une génuflexion

Et se redressent,

Altières détentrices

De l’or du soleil.

Tout est calme.

Dehors, le monde

Bouge et s’agite.

Au jardin,

Près du bassin,

Le monde vit,

Sous le vent,

En harmonie.

 

Zibelyne le 16 07 2011

 

 

 

  

Effilochage

 

Filent, formes agiles,

Les nuages dans le ciel

D’Oléron. La mer étale

Luit de tendres reflets verts.

Le ciel bourgeonne de franges

Duveteuses, de gris ourlées.

Les géants s’embrassent

Et se mêlent, perlés de blanche

Écume, sous le soleil rutilant.

L’horizon se nappe d’argent

Moutonnant sur l’océan ombré

D’iris. Les géants se bousculent,

Enlacés au mitan de l’horizon,

Suivis d’une cavalcade féconde

De fringants cavaliers blancs

Sous l’œil vigilant du maître

De céans, grave, à la manœuvre

Sur son vaporeux berceau de ouate,

Géant d’entre les géants.

D’effilochée, la cohorte se forme.

Le bleu s’efface, devant la horde

Des géants, fresque magnifique

Aux reflets chatoyants.

Le bleu de l’onde se fait marine.

Les géants froncent leurs noirs sourcils.

La marée passe, et s’enfuit, pourchassée

Du courroux des géants réunis. L’œil

Moqueur du soleil darde, éreinté,

Ses derniers rayons dans les plis

De la robe d’ombre du ciel, nimbé

De nuages mordorés.

Le soir tombe.

L’océan a fui.

Les géants

Rient.

 

Zibelyne le 6 septembre 2011

 

 

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  Petit conte

  

       Arachnide

 

L’hiver est proche. Les brumes de l’automne n’en finissent plus. Mornes crachins et boues qui collent aux semelles, il est temps. Le bois encore humide a du mal à brûler. Sombre. L’horizon est sombre, lourd de nuages. J’écrase une araignée.

Jack va et vient en d’incessants aller et retour, charriant derrière lui la boue du jardin. Il rentre du bois avant les grosses pluies. Il trace un sillon effrité de brindilles et de croutes humides sur le sol du salon. La brouette s’arrête à la porte, mais parfois je me demande s’il ne vaudrait mieux pas la rentrer dans la pièce.

 

Texte à découvrir au rayon des "Contes", merci !