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Spectacle de Noël 2016

Le spectacle de Noël 2016 se prépare, avec un conte poétique, 'L'homme qui rêvait d'attraper la lune", et une saynète plus rythmée qui met en scène un drôle de Chaperon rouge.

 

Les dates : 11 décembre à Truyes et 18 décembre à Cormery

Les scapineries de Fourbin : extrait (Jouées le 2 juillet 2016 par la Cie Monty-Petons)

Les scapineries de Fourbin

 

1 moine : Frère Paulus

1 aubergiste : Fourbin

1 servante : Scarlatine

1 demoiselle : Fantine

 

 

Décor de bistrot. Frère Paulus, Fourbin sont sur scène.

 

Frère Paulus : Il tourne avec une cuillère en bois dans un chaudron. Diantre, diantre ! Ma pâte est belle, mais les bras m’en tombent de fatigue. Je boirais bien une pinte ! Il s’assied, enlève ses lunettes, les essuie. Fourbin ! Viens t’en voir ! Apporte une cruche de bon vin !

 

Fourbin : Il arrive, mon bon moine, il arrive ! Courbé, il sert le vin.

 

Frère Paulus : Ahhh ! Fidèle Fourbin, merci !  Dieu te le rendra.

 

Fourbinen aparté : Je l’inscris sur sa note de frais, au frais, pour le jugement dernier. Au moine, s’inclinant. Serviteur. Il retourne au comptoir. Scarlatine ! Apporte une miche de pain à Frère Paulus !

 

Frère Paulus, joignant les mains : Ahh, ah, une miche !

 

Entrée de Scarlatine

Scarlatine, à Fourbin : Si le pourceau me tripote les miches, je lui rabiote les ratiches !

 

 

Cyraveau de Péquenac

Cyraveau de Péquenac

 

Personnages : Blanquette, Cyraveau de Péquenac, Marquis de Paquet de Riz

 

 

Sur scène : Blanquette et Paquet de riz

 

Blanquette : Ah ! Qu’ici, je me languis et n’ouis qu’ennui !

 

Paquet de Riz : Ouïe ? Oui, c’est bien joli, mais d’écailles, je ne vis ? Il cherche et fait le poisson)

 

Blanquette : Ah ! Paquet de Riz, que me parlez-vous de cailles ? Pourquoi pas de perdreaux ? Quel salmigondis !

 

Paquet de Riz : D’écailles, ma mie, d’écailles du poisson dont vous perdîtes les ouïes...

 

Blanquette : Oh ! La méprise que voilà. Point d’ouïes ici, mais « j’ouis » !

 

Paquet de Riz : salace. Jouis ? Ce jouis est audacieux...

 

Blanquette : Ouir est aux esgourdes le chant du mot inaudible aux idiots !

 

Paquet de Riz : Plaît-il ?

 

Entrée de Cyraveau

 

Cyraveau : en aparté. Holà ! Ma tendre Blanquette en minauderies ? À Blanquette. Souffrez, mademoiselle, qu’à vos pieds je dépose...

 

Paquet de Riz : Blanquette, que jacte donc ce corniaud de nobliau, oh ! oh !

 

Cyraveau : Monsieur, Cyraveau de Péquenac vous en prie. Il salue.

 

Paquet de Riz : Mais comment se prend de me parler ce tordu de péquenot ? Ses croquenots ne sont pas de grande noblesse et son quart de brie [1] ne vaut pas un sequin ! À Blanquette. Ma chère, serait-ce votre homme porte-manteline qui s’immisce céans ?

 

Cyraveau : Monsieur, Cyraveau de Péquenac vous en prie. Il salue.

 

Blanquette : Cyraveau, Cyraveau, vous voici donc revenu !

 

Paquet de Riz : Le faquin est bredin. Il radote comme ma vieille tante. Une De Camping, de pure souche, mais bête comme une haridelle. Il s’esclaffe et se tape sur les cuisses. À Cyraveau. Monsieur le cireur de veaux, que nous vaut le désagrément de cette visite ? Vous sentez le purin à cent lieux et vos chausses empestent telle une armée de fantassins !

 

Cyraveau : Main au mousquet. Monsieur...

 

Blanquette : Cyraveau... À Paquet de Riz : Vous voilà bien futé soudain, d’ouïr, vous ne savez, mais de juger vous vous faites fort ! Monsieur de Péquenac est un ami cher, et je vous prie de vous tenir, sinon, sinon... elle s’énerve.

 

Paquet de Riz : Soit, demoiselle, soit, je m’incline. Cet ami cher ne le vaudrait-il pas, si ravaudé il était ? En maugréant entre ses dents. Saleté de bouseux ! À Blanquette. Je vous laisse discourir en bonne compagnie, demoiselle, je vous salue. Monsieur. Il salue, s’éloigne. Péquenac de péquenot, je ne crains pas grand-chose. La Blanquette sera à moi, je suis le plus beau !

 

Sortie de Paquet de Riz.

 

Cyraveau et Blanquette s’assoient sur un banc.

 

Blanquette : Alors, mon ami, que vouliez-vous donc déposer à mes pieds ? Je suis bien impatiente de le savoir. Ce Marquis de Paquet de Riz est un cuistre !

 

Cyraveau : Certes ! Et il vous donne, Madame, du demoiselle comme si vous ne fussiez jamais mienne. C’est outrageant.

 

Blanquette : Chut, Cyraveau, chut... ! N’en dites rien à personne. Ma réputation s’en trouverait compromise et je me verrais être répudiée par tous mes prétendants, au rang de pute reléguée par le député qui me courtise, lui aussi, et en fait de députation ce serait la déportation aux îles qui me guetterait, au trou, vous dis-je, au trou !

 

Cyraveau : Guetterait, au trou... Le guet au trou... Madame, vous jouez sur les mots et la raie est ici pleine de saveurs inattendues.

 

Blanquette : En aparté. La raie ? Mais on n’est pas vendredi ? Qu’ont-ils donc à tirer ainsi sur le poisson, serait-ce que je sens la morue ? À Cyraveau. Serions-nous vendredi ?

 

Cyraveau : Ma foi, je ne sais, j’ai cessé de compter les jours depuis bien longtemps. Mais, à défaut de jour, mon estomac annonce l’heure, et c’est celle du déjeuner. L’entendez-vous crier ?

 

Blanquette : Le déjeuner ?

 

Cyraveau : Non, mon estomac ! Il me tend la perche !

 

Blanquette : C’est une obsession... !

 

Entrée de Paquet de Riz

 

Paquet de Riz : Holà ! Vous ici, encore ? Monsieur de Péquenoc, vous prenez vos aises. À Blanquette. Demoiselle, nous sommes attendus à la table de la marquise, ma mère. Elle a fait préparer pour vous une bouillabaisse au parfum exotique qui ne sautait attendre.

 

Cyraveau : Bouillabaise ? Qu’est-ce donc ? Vous conviez Madame à une orgie ? Décadent ! En garde, Monsieur, que je vous étripe de la tête à la queue !

Blanquette : Bah voyons ! Tant qu’on y est, rajoutons les arêtes ! C’est le jour, je ne sais lequel, mais il est à marquer d’une pierre rouge !

 

Paquet de Riz : Pardonnez-moi, gente demoiselle, mais on dit, ce me semble, au fer rouge et...

 

Blanquette : Ah, non ! Pas de rouget !

 

Paquet de Riz : Pourtant, si, c’est le poisson principal de ce plat, le rouget, comment diantre déguster une bouillabaisse sans rouget ?

 

Cyraveau : Un rouget de l’île ? Je croyais que l’espèce était disparue. Mais, si je puis me permettre, ce n’est pas de bouillabaisse qu’il s’agit, je me suis mépris sur le sens de vos paroles et retire ma charge, c’est de Marseillaise dont il faut parler, lorsqu’on cite Rouget !

 

Blanquette : Je ne suis pas niaise, mais là... je décroche de la ligne.

 

Paquet de Riz : Il est bien connu que la bouillabaisse est marseillaise, mais ne biaisons pas ! Le rouget a beau être un rouge et avoir de gros yeux, il n’en est pas moins l’ingrédient marin le plus apprécié des convives, et, Monsieur de Péquenot, Marseille n’est pas une île mais une ville et vous, fort vilain !

 

Cyraveau : Ah ! Ça ! Je vois que vous souffrez d’aigreur plus que d’ardeur ! Tout vous est contraire et vous ergotez sans cesse tel un coq engoncé dans ses bottes !

 

Blanquette : riant. De paille...

 

Paquet de Riz : Confondre le chat botté avec un coq botté ! Vous m’en direz tant ! J’en reste confondu, le poireau m’en frise !

 

Blanquette : Enfin, du poisson, on passe à la viande et aux légumes ! Il y a du progrès... En aparté. Mieux vaut être confondu qu’avoir le con fendu. Messieurs, je vous laisse à vos affrontements, moi, je vais chez la marquise goûter cette bouillabaisse, et, si ces rougets révolutionnent la cuisine, je vous en ferai part. Ce n’est pas un Rouget de l’île qui changera la face du monde, allez !

 

Blanquette sort.

 

Cyraveau : Marquis de Paquet de Riz , une blanquette de veau, ça vous dirait ?

 

Paquet de Riz : La belle idée ! Allons à l’auberge du champignon, elle y est fameuse. Après tout, un paquet de riz, des champignons et du veau de chez les péquenots suffisent au bonheur quotidien et, à bouche pleine, point de sottises !

 

Cyraveau : De Cambrai ?

 

Ils sortent.

 

Eve Zibelyne, mai 2016

 



[1] Tarin, pif…

Les dents sales (enfants)

3 enfants : donner au premier une glace, au deuxième une crêpe sucrée, au troisième un verre d’eau.

 

Il était une fois un enfant qui avait froid aux dents. Sa bouche ne voulait plus s’ouvrir, car, lorsqu’elle s’ouvrait, tout le monde reculait en mettant un cache-nez.

— Ouvre la bouche ? Ahhh reculer, c’est bien lui ! L’enfant qui a froid aux dents ! J’en ai le nez gelé, vite, un cache-nez !

 

Un jour, il rencontre un enfant aux dents sucrées... Sa bouche ne voulait plus s’ouvrir, car les guêpes y entraient.

— Ouvre la bouche ? C’est bien lui, l’enfant aux dents sucrées ! Ferme vite ta bouche, elle est tant sucrée qu’un essaim de guêpes va venir y habiter !

 

Arrive alors un enfant aux dents propres. Sa bouche ne voulait plus s’ouvrir, car tout le monde disait qu’elle sentait bon et tous regardaient ses dents avec tant d’envie qu’elles en étaient gênées.

Ouvre la bouche ? C’est bien lui, l’enfant qui a les dents propres !

 

L’affaire n’était pas ordinaire. Toutes ces bouches cousues ? Des dents froides, des dents sucrées, des dents propres ?

— Voyons, qui manque-t-il ? Les enfants ? Qui est le vilain absent, le jaloux qui veut ouvrir grand la bouche tout seul ? Les dents sales !

 

Les dents cracra caca boudin qui donnent mauvaise haleine ne voulaient plus qu’on se moque d’elles. Alors, elles ont jeté un sort aux dents froides, aux dents sucrées, aux dents propres, pour que les bouches les cachent et qu’elles seules, les dents sales, peuvent se montrer.

— Mais, qui a les dents sales ? Ouvrez tous vos bouches, n’ayez pas peur. Il n’y a pas de vers de terre, d’asticots, de grosses mouches ? Pas de dents sales par ici ? Je les vois qui se cachent maintenant, elles se sont bien fait avoir.

Par tous les Mister Freeze, les crêpes sucrées et le dentifrice à la fraise, que les dents sales sautent de leur bouche et prennent la poudre d’escampette ! Ainsi, toutes les bouches des enfants s’ouvriront à nouveau pour rire et manger.

 

 

Et, souvenez-vous ! Les dents sales, ça pue dans la bouche, n’oubliez pas de bien les brosser, ainsi que les dents froides, les dents sucrées, pour faire des bisous parfumés.

 

Zibelyne, février 2016

Saynète de noël

Conte de Noël

 

Récitante — C’est l’hiver. Les toits sont recouverts de neige. Une neige blanche, légère, toute douce. Un chatounet se lisse les moustaches. Brr... ! Le traineau est chargé de paquets de toutes les couleurs. Le père Noël est en retard.

— (interpellant les enfants) Mais, où est-il ? Quelqu’un l’a-t-il vu ? Non ? Ah ! Il est temps de partir, de s’envoler dans la nuit pour distribuer les cadeaux, il est temps ! La mère Noël, c’est moi ! boit un chocolat chaud. (elle boit en faisant un grand bruit et entre dans le jeu)

 

Mère Noël — — Père Noël ! Père Noël !

 

Le chat, miaulant — Père Noël ! Père Noël ! (le faire dire aux enfants)

 

Récitante — Une grosse voix retentit.

 

Père Noël — qui m’appelle ? (Il entre en chemise de nuit, bonnet rouge de travers, gros chaussons)

 

Le chat — Miaow, ah, ah ! miaouw, ah, ah ! (Il court autour du père Noël en se frottant à ses jambes)

 

Mère Noël — Noël ! Les rennes attendent ! Tu es en retard pour ta tournée ! Enlève ta chemise, vite !

 

Le Père Noël se déshabille. Sous sa chemise, il porte un tee-shirt et un caleçon rigolo pour provoquer les rires. Mère Noël, fâchée, prend le fouet et le fait claquer. Le chat prend peur et court vers les enfants.

 

Mère Noël — Père Noël ou pas, je vais me fâcher tout rouge ! aussi rouge que ma robe, aussi rouge que mes joues, si tu n’enfiles pas ta veste et ton pantalon rouges !

 

Le Père Noël court de droite à gauche, attrape sa culotte, la met, idem pour bottes, chemise, veste. Il est prêt. Son téléphone sonne.

 

Père Noël — Allo ? Oui ? Tout de suite... ! Une commande ? Pour Fabien. Entendu ! Un camion de pompiers ? Je lui mets ça, les doigts dans le nez ! (faire le geste)

 

Le téléphone sonne à nouveau.

Père Noël —  Allo ? Oui ? Tout de suite... ! Une commande ? Pour Ernest. Entendu ! Une caisse de bouteilles ? Je lui mets ça, les doigts dans les oreilles ! (faire le geste)

 

Le téléphone sonne à nouveau.

Père Noël — Allo ? Oui ? Tout de suite... ! Une commande ? Pour... (la mère Noël lui arrache le téléphone.)

 

Mère Noël — Vas-tu t’en aller tintinnabuler, avant que le soleil sorte de son lit ? Je prends la commande, elle sera prête pour la deuxième tournée ! (elle reprend la communication) Pour ? Pour Minouche ? Ah ! Je vous passe Mistigri ! (Elle passe le téléphone au chat)

 

Le chat — Miaouh ! Miaouah ! Des rats vieux ? Je lui mets ça, les doigts dans les yeux ! (Le chat raccroche, furète, soulève les pieds des enfants.) Des rats vieux ? Quelle idée ! Pourquoi pas des rats violets, des ravioles, des raviolis ?

 

Mère Noël — Raviolis ? J’en ai ! Tiens, Mistigri ! (Elle lance la boîte.)

 

Le chat — Il écrit sur la boîte « rats vieux lits » Miaow ! Je vais changer d’étiquette et emballer cette boîte de rats vieux lits, même si je ne vois pas comment dormir là-dedans..., vous ne direz rien, dites, les enfants ?

 

Père Noël — Dépêchons, Mistigri ! C’est l’heure de ma tournée ! Les rennes braient comme des ânes, j’en ai les oreilles qui poussent ! (Il monte) Hue ! Hue ! (Mistigri se perche à l’arrière.)

 

Mère Noël — Père Noël, attends ! Je viens de recevoir une commande spéciale pour les enfants de Truyes ! Ils sont ici, regarde !

 

Père Noël — Ahh ! Merci, les enfants ! (Il descend du traineau en se tenant le dos.) Pas besoin de descendre par les cheminées ! Oh ! Oh ! Oh ! Vous avez bien mérité votre cadeau ! La distribution, c’est par ici, et pour le chocolat, c’est la mère Noël qui régale ! Mais surtout, n’oubliez pas de donner une caresse à Mistigri, oh, oh, oh !

 

 

Zibelyne 10 octobre 2015

Epouvanteux épourères

Hi-la-rant ! Le saunier Hilarois exulte tel un thon sorti de sa boite. L’épouvantail planté à l’entrée de la salorge [1] a pris ses cliques et ses claques pour s’aller planter au beau milieu du marais salant. Encore un hurluberlu de Saint-Hilarois qui se sera amusé, en ces temps de pleine lune, à bouleverser le paysage. En y regardant de plus près, il semble même que l’homme de chiffons à pris une autre allure.

Les épourères[2] sont ainsi, faits de bric et de broc, ils perdent ou trouvent membres ou parures au défil du temps. Mais, de là à migrer...

Saisi d’une soudaine inquiétude, le saunier renifle l’air. Ca sent le cheval et le sel, rien que d’ordinaire. Une traînée au sol. Sûr ! le chevalet a été tiré jusque là. Toutefois, les empreintes qui jalonnent le chemin sont marquées d’autant de coups, de faux ? allez savoir... et d’un étrange hachis de dentelles. Un vélo abandonné gît sur le sol, crevé comme un poisson au soleil.

Le François en perd son latin, ce qui n’est pas rien pour un Vendéen bon teint. Il observe les entailles. De la terre fendue, la belle affaire !  Ce serait-t-y un faucheux ?  Le torniquet planté au beau milieu de la face de l’épourère est comme neuf. Faut être fou pour mettre son attirail dans le pif d’un empaillé ! Il grommelle et retourne à ses affaires, oubliant l’épourère. Il n’a pas vu, cachée derrière un bosquet, une autre silhouette...

Le week-end s’efface aux orangés du couchant. Le ciel s’embrume de bleus magnifiques. La tablée céleste déroule sa moire, tandis que le François débouche sa poire.

Dans le marais, une conversation se noue.

Le traducteur/conteur

Cantifière

Bildoquet

L’épouventeux

Chouantigland

Tête tes doigts, la fillette

 

Cantifière : Bondour, bille de pois, je m’averse Cantifière, et moi ?

Bonjour, bille de bois, je m’appelle Cantinière, et toi ?

 

Bildoquet : Bondour, Cantifière, toi suis Bildoquet, l’épourère à boulettes. Il roule des mécaniques.

Bonjour, Cantinière, je suis Bildoquet, l’épourère à roulettes.

 

Cantifière : Comme c’est moulant ! T’en suis toute tournepourée ! Et, où gliches-me ainsi ? Elle hache machinalement la terre et saupoudre les fentes de morceaux de dentelle.

Comme c’est charmant ! J’en suis toute tourneboulée ! Et où glisses-tu ainsi ?

 

Bildoquet : Ah, ouh ! Te gliche en déglichette vers l’horimon pour agrippoter la blune, et moi ?

Ah, ouh ! Je glisse en bicyclette vers l’horizon pour attraper la lune, et toi ?

 

Cantifière : Toi, te gliche sans luth. Te ne supposites plus les mra-mra de tous ces siffloteurs de miraces. Ils te garmouillent de crobmous, te pistouillent le brou, trop m’en ai ! Me prends mon ballu, qu’ils gardent le chon et, me te suis, dis, te veux ?

Moi, je glisse sans but. Je ne supporte plus les bla-bla de tous ces siphonneurs de miroirs[3]. Ils me barbouillent de microbes, me chatouillent le bidou, c’en est trop ! Je prends mon ballu, qu’ils gardent le chon et, je te suis, dis, tu veux ?

Bildoquet : Me veux ! Glichons en champ ! Voye me que me t’aide à ratipecer mon chon ? Et, sous mon tablichon, y a-t-il des épissons ?

Je veux ! Glissons ensemble ! Veux-tu que je t’aide à hacher ton chon ? Et, sous ton tablier, y a-t-il des épis de maïs ? Bildoquet abandonne sa bicyclette. Il finit de hacher le chon du balluchon. Ils partent.

 

Et voici, chicanant, deux épourères glichant vers l’horimon, des épissons aux chicanes, de marais en prés et de prés en marais, sous l’œil blouf de la blune qui se berlutte se Saint-Hilaire à Sion. Le sifflot est long comme seul un charençon dans un bran de pataflettes pourrait en croustiller, et le four chasse la blune d’un brayon de jaunet qui les met à l’arrêt.

Et voici, devisant, deux épourères glissant vers l’horizon, des épis de maïs aux dents, de marais en prés et de prés en marais, sous l’œil blanc de la lune qui se promène se Saint-Hilaire à Sion. Le chemin est long comme seul un charançon dans un rang de patates pourrait en témoigner, et le jour chasse la lune d’un rayon de soleil qui les met à l’arrêt.

 

Bildoquet : Blut ! Roupissons un mordant ! Les siffloteurs de miraces vont nous mirer ! dit Bildoquet en clochant du torniquet. Biglote ! La bourrinette sans cloche nous crouponnera.

Zut ! Dormons un moment ! Les siphonneurs de miroirs vont nous voir ! dit Bildoquet en clochant du torniquet. Regarde ! La bourrine sans toit nous abritera.

 

Cantifière : Berouette ! Me pousse au trottinoir.

Attends ! Je vais aux toilettes.

 

Bildoquet : Toi aussi !

Moi aussi !

 

Et sur ce dispensoir, Bildoquet se blouffe la pistenpouille au pied d’un pois, et Cantifière, blochie dans les pissons se débonde le brou au flon du chant des pioufipoufs. C’est sur ces argupilles qu’ils s’empoufissent en gloupitant du tarpion.

Et sur cette remarque, Bildoquet se secoue la nouille au pied d’un morceau de bois, et Cantinière, blottie dans les maïs, se vide le bidou au son du chant des oiseaux. C’est sur ces entrefaites qu’ils s’assoupissent en ronflant du tarin.

 

La journaïe se tarte sur la bourrinette décoiffée. Bildoquet se secoue les boulettes et se ratisse le pôte de taïte.

Le jour se lève sur la bourrine sans toit. Bildoquet se secoue les roulettes et se gratte le sommet de la tête.

 

Bildoquet : Qu’est ce qui juche ?

Qui parle ?

 

Cantifière : Oh ! Un couve de mauvites dins ton chapère !

Oh ! Un couple d’étourneaux dans ton chapeau !

 

Bildoquet : Ah ! pas d’importince, ia d’la piace peure tot le monde ! Glichons, ta Cantifière, glichons vers l’horimon.

Ah ! pas d’importance, il y a de la place pour tout le monde. Glissons, ma Cantinière, glissons vers l’horizon.

Et les voici reglichant, glanant des épissons, pichant les douches à l’écumouère et ruchant à la glouche. Un hurlassement les blitte dans les poiuches l’une de l’autre.

Et les voici repartis, glanant des épis de maïs, chassant les mouches et buvant à la louche. Un hurlement les jette dans les bras l’un de l’autre.

 

L’épouventeux : Hou-ou-aouh... ! Ta chulotte !

Hou-ou-aouh... ! Ma culotte !

 

Ils trissent l’oraïlle. La voïe reprinte : Hou-ou-aouh... ! Ta chulotte t’y bride trope forte !

Ils dressent l’oreille. La voix reprend : Hou-ou-aouh... ! Ma culotte me serre trop fort !

 

Ils déjabotent du mieux qu’ils pieuvent et glupicent sur un épourère, pieurant.

Ils courent du mieux qu’ils peuvent et tombent sur un épourère, pleurant.

 

Cantifière : Bondour, pieureur, qui c’est m’y qui m’est ? Toi, c’est Cantifière, et vui, c’est Bildoquet.

Bonjour, pleureur, qui c’est t-y qui t’es ? Moi, c’est Cantinière, et lui, c’est Bildoquet.

 

L’épouventeux : Toi suis l’épouventeux, et si je braïe, je ne pieure ! Vins-tin, ta roulette, vins-tin, que te souflette la jupinette...

Je suis l’épouventeux, et si je me plains, je ne pleure pas ! Viens donc, ma poulette, viens donc, que je te souffle sous la jupette.

Il souffle sur les genous de Cantifière, battant des râteaux. Cantifière, troublée, fait sa Marylin.

 

Cantifière : Bouh ! ti l’es clou, l’épouventeux ! Bildoquet, glichons vite louf dou ce cornichou !

Bouh ! Qu’il est fou, l’épouventeux ! Bildoquet, glissons vite loin de ce cornichon !

 

L’épouventeux : Bichons ? Lou avez dit, Bichons ? Il va pour les pincer.

Nichons ? Vous avez dit Nichons ?

 

Bildoquet : L’a m’y des pibolles sous l’chapère ? T’eperloque, t’éperloque !

L’a-t-il des coccinelles sous l’chapeau ? J’m’indigne, j’m’indigne !

 

L’épouventeux : Late une bonne ventraïche, la Cantifière ! pousuit l’épouventeux. Il chante : Late une bonne ventraïche, dans ma garsoufière... sur l’air de « J’ai du bon tabac »

Elle est bien grassouillette, la Cantinière ! poursuit l’épouventeux. Il chante : Elle est bien grassouillette, dans ma garçonnière...

 

Foubidards, Bildoquet et Cantifière le ruminent de rus de bidons.

Furieux, Bildoquet et Cantifière le rouent de coups de bâtons.

 

L’épouventeux : Aïe, aïouille ! Il tourne autour d’eux et lève la jupe, tire le pantalon, se roule pat terre de fausse douleur et regarde sous la jupe de Cantinière en catimini.

Ahhh, je pantouflonne ! Ahhh, m’en vouais des coqueuilles de lumas... L’épouventeux troujoute solit, Ahhh, m’en flitte ma rembourraïe... Ahhh... Il regarde, se recouche, recommence.

Ahhh, je meurs! Ahhh, j’en vois des coquilles d’escargot... L’épouventeux est toujours seul, Ahhh, j’en perds mon rembourrage... Ahhh... Il regarde, se recouche, recommence.

Cantifière désorientée : Poï, poï... Elle cliquette des louches.

 

Bildoquet, marchant sur les pieds de l’épouventeux : M’il nous berlutte, l’épouvafreux !

Il nous promène, l’épouvafreux !

 

L’épouventeux : Ahhh ! Tes panouilles... ! Il s’attrape les pieds.

Ahhh ! Mes pieds... ! Il s’attrape les pieds.

 

Bildoquet : l’époumièvreux !

 

Cantifière : M’il glouche ! Vouaïez, t’il a les panouilles qui pirluettoquouillent !

Il souffre ! Voyez, il a les pieds qui pendeloquent !

 

L’épouventeux : Glicher avec moi, te peux, pis, glichons ?  A mi-voix : Bichons... gestuelle des mains.

Glisser avec toi, je peux, dis, glissons ?  A mi-voix : Nichons... gestuelle des mains.

 

Bildoquet : Blut ! S’il bedouette de la prune, j’labluttis aux siffloneurs de miraces. Glichons, la journaïe est couffée.

Zut ! S’il déraille, je l’abandonne aux siphonneurs de miroirs. Glissons, la journée est entamée.

 

Les voici glichant l’un devant, l’autre au milieu et le dernier derrière, jusqu’au jaunet roupissant. Parvenus à une blutte, les mauvites flonnent la graille. Cantifière, pas fierlotte, déplie son tablichon dévoilant ses épissons. Un épourère les mire. Un chouantigland ! Un blanc, épistouillé, comme pas eux...

Les voici glissant l’un devant, l’autre au milieu et le dernier derrière, jusqu’au soleil couchant. Parvenus à une butte, les étourneaux sifflent l’heure du repas. Cantinière, pas fière, déplie son tablier dévoilant ses épis de maïs. Un épourère les observe. Un chouan ! Un blanc, armé, comme pas eux...

 

Chouantigland brandissant une machette : Bondour, bondoir ! Mi gobettes, à l’abotage ! Mi courtillet y au Chouantigland ! Glichez not charraud, ouy...

Bonjour, bonsoir ! Misérables bêtes, à l’abordage ! L’enclos est au Chouantigland ! Filez votre chemin, ou...

 

Cantifière : Y fét pour à chucane, le Chouantigland ! Y sé commint qu’y allons fare !

Il fait peur à personne, le Chouantigland ! Je sais comment nous allons faire !

 

Cantifière se saoûve derrière Bildoquet et applite sur la ventraïche à l’épouventeux qui bédèle comme un bodet qu’à la ningle cailloutinée int les épissoires.

Cantifière se sauve derrière Bildoquet et appuie sur le ventre de l’épouventeux qui crie comme un veau qui a la perche à sauter les fossés coincée entre les suspensoirs.

 

L’épouventeux, se tint les parties et proustant chiache... 

L’épouventeux: Yole ! T’ai la ventraïche en vlouch ! Proust, la Cantifière ! Paugrène ti l’brou, j’l’y prégale d’in miaulasse di potet !

L’épouventeux se tient les suspensoirs et pétant fort : Yole ! J’ai le ventre en vrac ! Prout, la Cantifère ! Tripote-moi le bidou, j’le chasse d’une mélasse de canard !

 

Chouangland : Ahhh ! Oun fraïe ! Une garelette pouair ti tarpion ! Ahhh...

Ahhh ! Une pelle à récurer le fossé, un bandeau à cheveux pour non nez ! Ahhh...

 

Bildoquet : En vla oun ti quenaille ! Ti braïe ! Ti pieure !

En voilà un enfant ! Il pleure, il braille !

 

Survient une fillette.

 

Fillette : Bonjour, les épouvantails, vous tenez une réunion tu pètes tard ?

 

Bondour, l’ti quenaille. M’y gliches, pardetz !

Bonjour, la gamine, on glisse, pardi !

 

Fillette : Ah les boulets, ça parle pas, ça bédèle grave. On va arranger ça !

 

Chouantigland : Hé, la pissoire ! Me se la prouste, la ! T’en va s’la fracouiller, la pissoire !

Hé, la pisseuse ! Elle se la pète ! J’men vais la frictionner, la pisseuse !

 

Cantifière : T’en va m’te ruminasser de rus de bidons ! Chouanticon ! Elle le bastonne.

Je vais te donner une volée de coups de bâtons, Chouanticon !

 

L’épouventeux : L’est moulante, la ti quenouette... Il va pour la toucher. Il la touche. Oh ? Mademoiselle ? Qu’est ce qui vous amène par ici, seriez vous égarée ?

Elle est mignonne, la petite...

 

Cantifière : L’épouvineux ? L’épouvafreux... mi fét pour..., flite, prouste oun pouaire...

Tu me fais peur..., dis, pète un peu...

 

L’épouventeux : Cantifière, ma belle amie, ne me craignez point, ce n’est que moi, votre ami, ma mie, qui à genoux devant vous demande votre louche, pour une petite faim.

Il la touche, elle se fige, s’ébroue.

 

Cantifière : Par mes doigts ! Voici que, moi aussi, je parle comme toi ! Quel est donc cet artifice, ma mie de pain, qui nous donne voix comme les humains ?

 

Fillette : Ce n’est que simple magie, par mes doigts, transmise, touchez-moi !

 

Cantifière : Bildoquet ! Touchez donc cette petite, cela vous poussera vers moi, ma tendresse, mon lapin. Tiens, du lapin, je note sur mon calepin.

 

Bildoquet : Oy, Cantifière, t’en suis tournepouré des boulettes ! Me juche com’ une sifflonneuse de miraces, la tarlouette int la pouaire...

Ma Cantifière ! J’en suis tourneboulé des roulettes. Tu parles comme une siphonneuse de miroirs, la tartine dans la goule...

 

Un bruit de ferraille. Tous se tournent vers le Chouantigland qui joue de la rapière en reculant. La fillette en profite pour sauter sur Bildoquet en criant :

 

Fillette : Chat !

 

Bildoquet reculant : Ahhhh ! Il touche sa bouche, la ferme, on voit sa détresse. Pourquoi ? Pourquoi moi ? J’étais un épouvantail à roulettes heureux, marchant gaiement vers le soleil couchant afin de toucher du doigt la lune, astre merveilleux, et me voici, déblatérant comme un vil humain, parlant pour ne rien dire plutôt que de jouir...

 

Les trois autres : Le Chouantigland ! Le Chouantigland tente une sortie. Les trois se ruent sur lui, le font tomber, le touchent et le chatouillent. Bildoquet reste seul à soliloquer.

 

Bildoquet : Ah ! Sagesse ! Tu t’enfuis avec mon innocence ! J’entrevois l’horizon inaccessible qui te suit dans la course du soleil. Je n’atteindrai jamais ses frontières et jamais, la lune, ne serrerai dans mes bras. Je ne suis qu’un Pierrot fou, agrippé à ses rêves. Ah ! Tristesse !

 

Chouantigland, se relevant : Bougre d’andouilles ! Vous avez froissé mon bel habit et mon bicorne est corné telle la muse d’un cordonnier. Et quand la cornemuse survient l’Écossais, pardieu ! un sans-culotte ! Mon royaume pour une rapière et le pousse pour gloser avec Bildoquet de concert ! Hé, Bildoquet ?

 

Tous l’entourent, la fillette et les épourères, faisant une ronde joyeuse.

 

L’épouventeux : Ne soyez pas fâché...

Chouantigland : Nous allons nous amuser...

Cantifière, jouant de la louche : Voyager sans faim...

Fillette : Comprendre le monde...

 

Bildoquet : Comprendre ? Serait-ce à dire que jusque lors je n’y entendais rien ? Il est vrai que, d’ici, j’aperçois d’un autre œil les champs et les marais. Mais je crains... je crains... il se tourne aux quatre coins de l’horizon, je crains de devenir humain !

 

Fillette : Oh, non, Bildoquet, ne crains rien. Les humains font la guerre, ils volent, tuent, violent sans fin et bientôt, ils ne seront plus rien. Ils vont tuer la planète, et nous n’y pouvons rien. Vous seuls pouvez faire quelque chose, pour moi.

 

Cantifière : Pour toi ? Moi, je le veux bien ! Si ce monde est ainsi, tu es dans le besoin et si tu le veux bien, je t’adopte comme ma fille, tu ne manqueras de rien. Elle se penche et l’embrasse. Tu seras « Tête tes doigts » !

La fillette se raidit, ouvre grand les yeux, marche comme un bout de bois, suçant son pouce.

 

Fillette : Génial ! Ça a fonctionné ! Je suis un épouvantail, un épourère à tête de bois ! Merci, Cantifière, je suis fière d’être ta fille, et, quand t’es fière, l’ennemi ne fait pas le poids !

 

Tous s’attroupent et donnent à Tête tes doigts un accessoire de leur costume.

 

Fillette au public : Regardez comme je suis ! Me voici, Tête tes doigts, et ma quête chaque jour, ne sera que bonheur, sans craindre faim ni froid. Car lorsque viendront atomes, poisons et autres toxiques hics, je marcherai avec mes amis vers l’horimon pour agrippoter la blune et nous écrirons l’histoire sur des feuilles éparses...

 

Bildoquet, enthousiasmé : que nous jetterons dans les douves et fossés, pour qu’elles n’atteignent pas la postérité ! Car si l’homme est mauvais, mieux vaut qu’il disparaisse et nous laisse, gentils épourères, régner sur rien d’autre que nous, car la planète n’à point besoin de roi.

 

Cantifière : Nous dînerons le soir d’épissons et déjeunerons de rosée, les yeux dans la lumière, le cœur gonflé de joie, la main sous le tablichon...

 

L’épouventeux : dressés, au vent marin pour chasser les effluves de mon fond, car je suis l’épouventeux ! et mon céans flatule comme hulule le hibou, le soir, à la pleine blune.

 

Chouantigland : Nous avancerons, unis dans nos culottes, à nous rincer la glotte, ruchant à la glouche, joyeux comme des mauvites, délaissant mauviettes et pipelettes pour le parfum de la sarriette !

 

Tête tes doigts : Car l’espoir n’est pas vain,

 

Bildoquet : et le vin est si bon.

 

Chouantigland : Buvons la vie en épourères,

 

Cantifière : épissons-la d’un brin de folie,

 

L’épouventeux : et protégeons nos derrières, car ils le valent bien et d’un rien, vivons au son du clairon !

 

 

FIN

 



[1] Salorge : dépôt de sel.

[2] Epourère : épouvantail Vendéen.

[3] Siphoneur de miroir : voleur d’âme.

Pension Les Lilas

 

 

 Pension des Lilas

 

César                                                  Vieux Toge, puis chemise de nuit

Verse un jet, Thorix                            Jeune

Obélix                                                Vieux

Fil rouge                                             Vieille péripatéticienne pathétique frappée d’Alzheimer

Falbala                                                          

Une vestale                                        Vieille

Cléopâtre !                                        

Itinéris                                                Garçon ou fille

(talkie-walkyrie)                                 TV, différents personnages, séquences pub

 

Pubs : Paic, l’enzyme qui dégraisse. Pâte à dent, etc.

 

Acte I

 

Décor de jardin d’hiver. « Les Lilas » suspendu aux cintres.

César est seul sur scène, sur un fauteuil roulant. Il dort. Entre une vestale qui lui verse un broc d’eau sur le visage. Prompteur géant en fond de scène pour le public sénile.

 

La vestale : Alors, il dormait, le César ? Il a oublié de venir à la soupe ? Elle est pas bonne, la soupe ?

 

César : Qui est donc cette matrone ? Gardes ! Qu’on lui coupe la tête !

 

La vestale : Eh, dis donc papy, faudrait voir à pas se prendre pour la reine rouge ! On n’est pas au cinéma, et Alice, elle n’est pas née ! Thorix ! Viens donc voir par ici !

 

Thorix avec sa console : Sur le champ, par Toutétris, j’arrive ! Itinéris, relève le tracé de mes pas, qui sait, ça pourra me servir un jour ?

 

Itinéris en bougonnant : Par Mappyx ! Je prends note, mais mon marbre commence à me peser ! (Il porte un petit menhir à graver)

 

La vestale : Thorix, tu n’arrives pas, tu es arrivé, ne reste pas rivé là, aide moi donc ! Verse un jet, Thorix, César a les idées embrouillées.

 

César sur un ton Giscardien : Pour mes œufs, je les préfère au plat, brouillés je n’y retrouve plus le blanc du jaune.

 

Thorix, versant un jet : Le jaune est dans le blanc de vos yeux, z’auriez pas abusé de l’amphore ?

 

César : Quand l’amphore est pleine, il faut la voir ! À moins que ce ne soit, la boire ? Mais ce serait de l’abus, et qui a bu a soif, or, j’ai la pépie ce soir et la glotte qui s’amourache d’envie à l’idée d’une lichette…

 

La vestale : En gros, c’est du pareil au même. Le pépé blablate comme une pie polyglotte et déblatère comme un chameau qui fait le gros dos.

 

Obélix en off : Non ! Je ne suis pas gros, juste un peu enveloppé !

 

Fil rouge : Elle passe en fond de scène en fouillant dans son sac. C’est l’heure ! Je prends mon pépin et je m’en retourne tapiner...

 

César : Qui parle par là ? Qui êtes-vous, (à la vestale) madame ? (vers la voix off) Monsieur… ? Serviteurs ! À boire, une orgie pour mes invités !

Falbala qui entre : Bah, voyons ! On prend sa retraite en Gaule et on se croit au Capitole ? Si tous les chemins y mènent, les latrines ne jalonnent pas tous les coins de pavés ! S’agirait pas de poser paquet dans toutes les domus, et latrinis vobiscum, on ira au gros !

 

Obélix qui entre : Et cum ventrem tuo ! Je ne suis pas gros ! Et fortissimus quisque, ut ! [1] Il sort en boudant.

 

Itinéris : Je marche dans tes pas mon canard, belle trace, la voix à du corps, à Lutèce, tu ferais un bœuf !

 

Fil rouge : Revient en rez de scène en fouillant dans son sac. C’est l’heure ! Je prends mon tapin et je m’en retourne pépiner !

 

Falbala à Thorix: C’est pas tout ça, c’est l’heure de la tisane ! Attèle ton char, je ne voudrais pas débaucher en retard !

 

Thorix pousse le chariot.

On sonne le gong. Entre Cléopâtre appuyée sur son déambulateur.

 

Cléopâtre : Et bien ! Personne pour se prosterner à mes pieds ! Esclaves, baisez mes cothurnes, où je vous fais jeter aux fauves !

 

La vestale : Plus on est de nez… Al égyptophile ou Al Zheimer, il n’y a bien qu’en Gaule qu’on a autant de noix à secouer. Thorix ?

 

Thorix encerclant Cléopâtre : La gloire de mon père[2] est passée, ce soir, ce sera Antoine et ses élucubrations, vous allez adorer !

 

Cléopâtre : Antoine ? Celui qui met du Marc dans le café ? Si César le voit, ils vont s’homicider pour moi… Mon singe et mes faucons ! Ce soir, je boirai le sang du vainqueur !

 

Thorix ricanant : Tiens, voilà du boudin ! (ter) Pour les Macédoniens, les Thraces et les païens – pour les Romains y’en a plus ‑ Ce sont tous des tire au jus ! Il se sauve sous les coups de canne de César qui se mouche violemment.

 

Falbala à Cléopâtre : Les faucons ont les a plumés et le singe est au zoo ! Ce soir, vous boirez une verveine et vous essaierez de ne pas pisser au lit !

 

Fil rouge : Passage fond de scène. C’est l’heure ! Je prends mon lutrin et je m’en retourne au turbin !

César qui s’approche en fauteuil roulant : Dis, l’hypertrophiée du nasibus, t’aurais pas une amphore ? J’ai l’épiglotte qui dessèche et le maïs qui éclate !

 

Cléopâtre penchée sur son déambulateur : Senis porcum bibulus ! si tu vois ce que je veux dire, vieux cochon aviné ! Ton triclinium [3] a beau être large, tu ne m’y coucheras pas de si tard ! Marc-Antoine va te mettre la pâtée ce soir à la télécoliseum et ton épi peut bien bourgeonner, ce sera de mycose, cause que, ta mie, elle est rassie !

 

Falbala : Ils vont se calmer, les ancêtres ? J’m’en vais leur appeler Thorix, moi ! Verse un jet, Thorix ! Ces deux-là ont les hormones en furie !

 

Thorix qui entre avec une amphore: Ave plaisir – en versant un jet – et ave César, ah, ah !

Obélix entre se pourléchant les doigts : Ave moi ! Quelqu’un a parlé de cochon ? Voyant Cléopâtre. Quel tarin ! Qu’est-ce ? Un tamanoir, un étiroir, un loir à la queue devant son encensoir ?

 

Fil rouge : Rez de scène. C’est l’heure ? Regarde sa montre. Je prends mon Scapin et je m’en retourne au purin !

 

Itinéris dans les pas d’Obélix : Il faudra songer aux panneaux. Cochon, tamanoir, loir, soit ! « Passage d’animaux » conviendra, mais que vient faire cette queue en encensoir ?

 

Thorix d’un air intelligent : Un nez tiroir, il fallait y songer. Seulement, je ne voudrais pas y être rangé, quant au loir, l’image est jubilatoire et le poil en tas y est dru, mais sans manoir !

 

Obélix : Oh ! C’est beau c’que vous dites ! Z’auriez pas fumé un joint, Thorix ?

 

Cléopâtre qui s’allonge sur le triclinium: L’égoïste ! Quand je pense qu’il me bouche les fuites au gros coton et qu’il se fume les joints ! Quel manque d’élégance !

Elle se recale le gros coton et secoue sa robe pour s’aérer les dessous.

Scloc ! C’est l’heure de mon rince-pied ! Mon broc, mon seau, une amphore !

 

César : Du gros coton ? Bah, mon colon, vous avez de la chance. Mes fistulas s’en trouveraient adoucies. La vestale de service éponge mon auguste derrière au bananier, j’en ai la raie qui s’effeuille ! Du gros coton… (interrogateur et l’œil lubrique)

 

Obélix perplexe, se regardant le ventre : Gros coton ?

 

4 Itinéris : Non !  Si je puis me permettre, gros cochon ? (en montrant un dessin de cochon)

 

Falbala : Bah mon colon ! Et puis quoi, encore ? Vous ne voudriez pas des couches pendant que vous y êtes ? On n’est pas en l’an 1000, et vous avez de la chance, vos joints, ils sont bios !

 

Fil rouge : Fond de scène. C’est l’heure... Affolée. Je prends mon lapin et je m’en retourne au tas de foin !

 

César : Madame, votre nez n’a d’égal que le velouté de vos yeux. Voudriez-vous, ma chère, convoler ?

 

Cléopâtre : Velouté d’yeux ? Se peut-il que... ‑ décrochage, air hébété ‑ Scloc ! C’est l’heure de mon rince-pied ! Mon broc, mon seau, un homme fort !

 

La vestale : C’est plus d’la tisane qu’ils vont boire, c’est du bouillon de onze heures ! Les vétustes[4] ! En rang, et que ça roule ! À la locus[5] que j’vous déloque les loques !

 

Ils sortent derrière un paravent. On entend les grognements. Les vêtements s’entassent et volent ‑ grandes culottes, coton, feuilles de bananier roulées...

Rideau

Fil rouge devant le rideau, au public : C’est plus l’heure ? Je prends mon boudin et je m’en retourne au câlin !

 

Décor de dortoir. Ecran géant de TV en faux marbre. Pots de chambre nominatif et chariot de tisanes. César, Cléopâtre et Obélix reviennent en bonnet et chemise de nuit. Itinéris suit Obélix avec son marbre en mini menhir.

Falbala et la vestale rangent les vêtements dans une panière. Thorix installe les lits de camp.

 

César : J’ai envie de pisser. Gardes, mon urinoir !

 

Obélix : Pas besoin de garder la pissoire ? Le César serait-il sot ? Il ne manque pas de pot ! Chacun le sien, moi j’pisse dans l’noir, j’ai beau ne plus la voir, moi, j’ai mon entonnoir...

(Il joint le geste à la parole)

 

Cléopâtre : Fi, que c’est vilain ! Rangez vos boutiques et rincez-vous les mains ! C’est l’heure de notre partie de dominos, avez-vous fait votre récurage chicoteux ?

 

Fil rouge, assise sur son pot : Fais moi un chicot, deux chicots, trois chicots, doudou...

 

César : Ah, j’en ai soupé de la corne de cerf et des coquilles d’œufs broyés ! Je suggèrerais une recette de ma composition pour un gargarisme bienfaisant, du vin tiède et de la cannelle !

 

Cléopâtre : Je vous vois venir avec votre nez rouge ! Le vin me cause des aigreurs et gâte mon teint. Je vous l’accorde, cette poudre mériterait quelque parfum, du citron ? Que diriez-vous d’un jus de citron ?

Scloc ! Scloc ! C’est l’heure de mon rince-pied ! Mon broc, mon seau, un effort !

 

Obélix : Oh, oui ! Avec du miel, de la cervoise et des tartines ! J’ai faim, moi ! Itinéris, aurais-tu du chocolat ?

Itinéris fait mine de ne pas entendre.

 

César : Madame, votre nez n’a d’égal que le velouté de vos yeux. Voudriez-vous, ma chère, convoler ?

 

Cléopâtre : Convoler ? Les cons volent bas ! Monsieur ? Dites-moi, quel est ce con volant qui file mes bas... ? Déconnection, air hébété Scloc !

Itinéris narquois : Aucune connexion réseau. Aucun signal trouvé réseau séniles. Ca tourne en rond dans les synapses.

 

La vestale : Dites, les antiquités ! Si vous buviez votre pisse-mémé au lieu de radoter ? Dans une heure j’éteins les feux et vous chercherez la rampe ! Elle pose les bols devant eux. Ils s’exécutent sans mot dire, regards en douce.

 

Fil rouge : Fais moi un tricot, deux tricots, trois tricotes, doudou...

 

Falbala ramasse les bols et installe les dominos géants.

 

Itinéris soliloque face au public, consultant son menhir : Quel est le plus court chemin d’un point à un autre ? La ligne droite ? C’est celle de tous les dangers. Elle ne pense pas, elle occulte les trous, les embuscades, nous y fait tomber, au fait, pourquoi dit-on, la droite... ? Ce qui est à droite est faux, soit, mais ce qui est à gauche s’éloigne du droit chemin, filoute, masque son vrai visage et vous fait tomber de même manière. La gauche serait une droite qui va de travers ? Une reculade pour revenir au même point ? Car tous les chemins mènent à Rome, et le plus court, ne serait-ce pas de rester sur place et d’attendre ? Le vent porte les voix, les graines et l’eau. Etablir une carte des vents serait plus intelligent puisque les hommes ne marchent pas droit...

 

Les trois vieux repoussent leurs bols. La vestale débarrasse et sort. Ils jouent.

 

Cléopâtre : Double huit !

 

César : C’est ça... Vous en faites une belle, huître ! C’est plus des binocles qu’il vous faut, c’est un binage du cervelet ! C’est un double six ! Vous rejouez ! ... Madame ? Votre nez n’a d’égal que le velouté de vos yeux. Voudriez-vous, ma chère, convoler ?

 

 

Cléopâtre minaudant : Je rejoue ? J’en suis touchée, vous êtes bien galant cher monsieur. Nous n’avons pas été présentés ? Je suis confuse. Accepteriez-vous une invitation pour une orgie ? Il y aura du vin et des danseuses. Savez-vous que je danse ? Elle se lève et entame une danse du ventre lascive en fredonnant faux, perd un chausson et tombe, étourdie, sur les genoux d’Obélix.

 

César : Gardes ! Qu’on la jette aux lions ! Cette vieille grue qui se prend pour un paon tente de me séduire. Changeant de registre. Maman ! Maman ! J’aime pas les filles, d’abord ! Mon île d’Elbe pour une kalachnikov ! Na, na, na, na ! Il trépigne et redevient lui-même, hautain, la main dans la chemise de nuit.

 

Thorix à Itinéris : La crise du soir est passée...

 

Itinéris : Allumez la talkie-walkirie, c’est l’heure, ils sont déconnectés.

 

Fil rouge, qui monte le ton : Fais moi un tripot, deux tripots, trois tripots, doudou...

 

Falbala en dansant, à Itinéris et Thorix : J’arrive les amis, j’arrive ! Elle se glisse derrière l’écran. Chers talkie-walkirieurs, bonsoir. Il est 20 heures. La nuit est tombée sur les rançonneurs des lilas, votre programme peut commencer ! Pub ! Noir.

Alignés face à l’écran, César, Cléopâtre, Falbala, Thorix, Itinéris, Obélix, la vestale. Fil rouge toujours sur son pot, oubliée.

 

Musique. Sketch 1. (Parodie de pub) Rôle de femme.

Voix suave. Pistolet à silicone, branche d’arbre. Avez-vous votre Terradent ? Terradent, la pâte à dents qui déchausse ! Une ligne de Terradent sur la branche matin et soir vous rapproche en douceur de la bonne terre qui vous tend les bras. Goûtez Terradent ! La pâte à dents qui décoiffe !

Parfum terre de sienne ou sable de Loire. Terradent est remboursé par la Sécurité Sénile – à contracter auprès de la direction des Lilas... Te – e – ra ‑ dent ! (en chantant)

 

 

Musique Sketch 2. (Parodie de pub) Rôle d’homme.

Bananabourses ! L’idéal de la couche culotte pour les hommes sensibles ! Double épaisseur de feuilles de bananier, fond de culotte en tissage bambou anti perspirant et rembourrage coton pour donner de la tendresse aux prostates stressées. Plus de fuites ! Avec Bananabourses, sortez faire vos courses ! Invisible sous la toge, démonstration, levé de toge...

vous l’aimerez, vous l’adorerez, vous l’achèterez !

 

Cléopâtre se grattant les jambes : Je ne supporte pas ces publicités dégradantes ! A-t-on besoin de supporter cela ? Scloc ! C’est l’heure des casse-pieds ! Que l’on m’apporte... euh... que l’on m’apporte... ? Et flûte ! A César Monsieur ? Avons-nous été présentés ? Qui sont ces gens débraillés ? Gardes ! Mon léopard, mon lion et ma Jaguar !

 

Obélix : Chuttt ! Diable de la braillarde ! Qu’on la mette en veille !

La vestale s’affaire et cale Cléopâtre sur ses coussins, lui fourre un biscuit dans la bouche.

Suçotements bruyants.

 

César : On joue Cris et suçotements ?

 

Obélix : Chuttt les édiles ! Plus ça a le cul en l’air, plus c’est débile ! C’est pas beau de rancir ! Regardez ! Moi ! Je suis resté svelte dans ma tête ! Le sanglier et le grand air, ça vous fait un homme, pas une pelure de pomme rongée par les vers...

 

Fil rouge, hystérique : Fais moi un popo, deux popos, trois popos, doudou...

 

Cléopâtre à Obélix : Chuttt !

Obélix obtempère et se cale dans son fauteuil Emmanuelle, rond de jambe et pointé du pied.

 

Musique.Sketch 3

 

Thorix regardant sa montre : C’est l’heure ! Les ramasseurs de couche sont passés, on peut commencer. Il sort.

La vestale installe une image derrière l’écran. Roulement de tambour. Musique de harpe. Passe un troubadour devant un château.

 

Obélix : Chic ! Un film futuriste !

 

César : Je déteste ! Regardez ces imbéciles vêtus de hauts de chausse !

 

Cléopâtre : Je mettrais bien ce petit mignon sous ma tente... elle lève sa chemise de nuit.

 

Thorix : Chuttt !

 

Fil rouge chuchotant : Fais moi un bécot, deux bécots, trois bécots, doudou...

 

Le rouleau de papier avance, déroulé par la vestale, enroulé par Falbala (on peut aussi prévoir d’autres acteurs selon nombre). L’acteur se place devant le fond d’écran et parle. Voix à la Léon Zitrone en sono qui conte l’histoire de la belle au bois dormant sur son image de troubadour fixe en fond de scène, genre hologramme.

 

Mimiques des « spectateurs » : Curage de nez, comptage de mouches, grattage de fesses...

 

Il était une fois un Roi et une Reine, qui étaient si fâchés de n’avoir point d’enfants. Enfin pourtant la Reine accoucha d’une fille. On donna pour Marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu’on pût trouver dans le Pays (il s’en trouva sept) Après les cérémonies il y eut un grand festin pour les Fées. On vit entrer une vieille Fée qu’on n’avait point priée parce qu’on la croyait morte.  Les Fées commencèrent à faire leurs dons à la Princesse. Le rang de la vieille Fée étant venu, elle dit, en branlant la tête, que la Princesse se percerait la main d’un fuseau, et qu’elle en mourrait. Une jeune Fée sortit de derrière la tapisserie, et dit tout haut ces paroles :

— Rassurez-vous, Roi et Reine, votre fille n’en mourra pas. La Princesse se percera la main d’un fuseau ; mais au lieu d’en mourir elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans, au bout desquels le fils d’un Roi viendra la réveiller.

Obélix s’endort...

Au bout de cent ans, le Fils du Roi qui régnait alors étant allé à la chasse de ce côté-là, se demanda ce que c’était que ces Tours qu’il voyait au-dessus d’un grand bois fort épais 

Un Prince jeune et amoureux est toujours vaillant !

Il pénétra et s’approcha en tremblant de la princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans, et dont l’éclat resplendissant avait quelque chose de lumineux et de divin et, en admirant, se mit à genoux auprès d’elle. 

 

La princesse :

— Est-ce vous, mon Prince ? 

Attendre quelque temps pour avoir un Époux,

Riche, bien fait, galant et doux,

La chose est assez naturelle,

Mais l’attendre cent ans, et toujours en dormant ?

On ne perd rien pour attendre ;

Mais le sexe avec tant d’ardeur

Aspire à la foi conjugale,

Que je n’ai pas la force ni le cœur

De prêcher cette morale.

Convolons derechef,

Consommons, enfin...

 

Le prince en reculade : Il faut voir et prévoir. J’ai bravé les ronces et les branchages, mais n’ai point été préparé au combat contre les toiles d’araignées...

La princesse lui saute dessus et lui mord le cou.

 

Le prince : Un vampire ! Je suis dupé ! Je vais périr ou vivre à jamais sous les crocs de cette donzelle... sortant la tête de l’écran, et je reviendrai pour vous saigner ! La princesse sort elle aussi la tête, les dents rougies, hilare, ils s’embrassent. La vestale tombe le rideau.

 

Cléopâtre : Ridicule ! Se percer la main d’un fuseau ! Quelle Princesse est-ce donc qu’elle file, on ne sait quoi ? Et ses servantes, hein ? Elles filaient à l’écurie se faire chevaucher ?

 

César : Trahison ! Duperie ! Je le savais que je m’étais fait avoir ! Foin des Princesses, je préfère les croupes bien pleines ‑ et les coupes aussi ‑ il est vrai ! Que l’on aille me quérir une jument et que l’on chausse mes cothurnes, je me sens en appétit, que l’on quitte ma couche, afin que je découche !

 

Cléopâtre, aigre : Foutre de Pisse-menu ! Ca a la courge ankylosée et la prostate comme une patate et ça croit pouvoir encore lever la gueuse !

 

Fil rouge, hilare, se trémoussant sur son pot : Fais moi un baisot, deux baisots, trois baisots, doudou...

 

Obélix se réveille : Gueuse ? Où ça ? Quand ça ? Un boc, un fût, une tonne ! Dressé. Que la Gueuse coule à flot et qu’on mouille de la pissoire ! Ce soir, c’est ripaille !

 

Thorix qui entre : Fichtre ! Entre les élucubrations éroticoéjaculatoires de l’un et les épanchements pisseux de l’autre, les vestales de nuit vont avoir bien du plaisir !

C’est l’heure ! A la technique. Fais-moi un rideau, deux rideaux, trois rideaux, doudou...

 

 

Extinction des feux. Rideau. Piaillements off de la mise au lit suivis de ronflements et grommèlements. Des vestales (jeunes ) passent dans la salle demi-éclairée pour distribuer des pop corn qu’elles lancent dans les rangs.

Un chariot de boissons à vendre passe, sponsorisé par :

 

Vidangeax ! Le spécialiste du lavage de boyaux ! Un verre de Vidangeax, et vos tripes toutes neuves seront prêtes pour le recyclage. Avec Vidangeax, mourrez propre et léger – les charcuteries Vidangeax vous remercient pour votre participation !

 

Fil rouge sort la tête du rideau, dodelinant (si noir, éclairage visage) : Fais moi un dodo, deux dodos, trois dodos, doudou...

 

Acte II

 

La TV est enlevée. Le petit déjeuner est dressé. Table longue, tous dirigés face au public sur la longueur. Fil rouge, Obélix, César au milieu, Cléopâtre, Thorix, la vestale, Falbala, Itinéris, les acteurs des pubs.

Café, tartines. César rompt le pain.

 

Itinéris : Quelle scène ! Oh, César, puis-je graver dans le marbre ce petit-déjeuner fameux ?

 

César : Silence ! Je crois qu’on nous regarde Encore ces curieux échappés de l’arène Gardes ! Qu’on leur coupe la tête !

 

Obélix En bâfrant copieusement : De la tête de veau le matin, c’est bon, ça vous colle au palais pour la journée, mais c’est bon !

 

Cléopâtre : Tout de même, je n’aime guère cette tablée. Cette promiscuité avec le service, c’est odieux ! Mon char, ah, mon char !

 

Obélix : Une promise cuitée ? Où ça ? Quand ça ? C’est mon anniversaire ? Un cadeau, ouin, je veux un cadeau et un gros gâteau !

 

Falbala se lève : Taratata ! Elle le cajole. C’était avant-hier votre anniversaire. Vous avez tout mangé, le gâteau, la promise et la cuite, ave la quiche qui suit, vous avez oublié ?

 

Obélix ému : Vrai ? Mais... il se lève, contrarié.  Je vais devoir attendre un an ? Un an sans cadeaux, ça n’est pas possible ! Il pleure.

 

Itineris : Dresser la carte des anniversaires... je note !

 

César : Vous feriez mieux de noter mes mémoires ! Mémoires De Gaulle, ça en jette, n’est-il pas ?

 

Cléopâtre : Charlatan ! Mes mémoires sont plus glorieuses ! Pas besoin de franchir le Rubicon, ce ruisseau, pour être grand ! Le grand charl...atan !

 

César : Madame, je n’attends personne et ne me nomme pas Charles. Veni, Vedi, Vici ! Je suis César, père de Brutus et de Césarion, et le grand Charles n’est pas près de conquérir la Gaulle, lui ! Il grommelle et aspire son café en faisant du bruit.

 

Itineris : Graver des mémoires, je note !

 

Fil rouge : Bonjour, je crois que j’ai dormi, serions nous lundi ?

 

La vestale lisant son marbre : Le canard n’est pas prolixe, ce matin. Mornes nouvelles, trois occis et deux éteints le mois dernier, nous voilà bien !

 

Falbala : Certes ! S’ils meurent avant d’être passés entre nos mains, nous perdons notre gagne pain !

 

Thorix : Oh, il n’y a pas à s’en faire ! Avec les progrès que font les oracles, nous apprendrons bientôt que les morts du matin sont ceux de la veille et inversement. Mais, ceux d’hier ne seront pas ceux de demain et, à deux mains, on s’y prend bien – il nous reste ceux d’aujourd’hui qui sont encore ce qu’ils ne seront bientôt plus et qui est aujourd’hui a été hier, c’est certain !

 

Fil rouge : Bonjour, je crois que j’ai dormi, serions nous mardi ?

 

Falbala : Thorix ? Tu as encore fumé un joint ? Le pétard le matin ce n’est pas bien sain.

 

César : Un pétard ? Où ça ? Quand ça ? Il est pour moi ! Gardes ! Qu’on me serve ce pétard, qu’on le larde – de pétales – qu’on l’oigne – ahhh – oigne, oignon, ce pétard me fait darder du clairon !

La vestale : Mange tes tartines, le lubrique ! Tu te ripolineras le lampion dans ton atrium ! Pour l’heure, nous déjeunons, les mains sur la table, et que ça saute !

 

Itineris pouffant : Que ça saute... Graver un dictionnaire d’argot, je note !

 

Chute :

On pose les couronnes sur la table, s’il vous plaît, les accessoires sont consignés !

 

Les vieux posent leurs dentiers et la cuirasse de César. Obélix pose son ventre, Falbala sa perruque. La vestale sort des cartes. Ils s’assoient autour de la table et tapent le carton.

Bruit de verrous. L’asile ferme ses portes.

 

Eve Zibelyne le 6 mars 2014

Mise à jour d’Itinéris, par Mappyx ! le 13 mai 2014 etc.

 



[1] Elle est forte, celle-là !

[2] Cléopâtre signifie La gloire du père (issu du grec)

[3] Lit de table

[4] De vetus, vieux

[5] Chambre

 


Deuxième époque. 6 hommes, un valet, 3 femmes, une figurante.

Louis XIV et sa cour

 

Rôles H                      rôles F

Louis XIV

Marie-Thérèse

Fouquet

Colbert

Montespan

Maintenon

Molière

Le médecin, Antoine Daquin, Félix de Tassy opère la fistule

Figurantes

Un valet

 

La chambre du roi : le pot de chambre royal, un lit, des bancs en antichambre.

 

Le roi est sur son lit. Réveil du roi. Les petites mains s’affairent en coulisse. L’antichambre bruit de conversations. Trois coups. Silence coulisse. Le médecin entre.

 

Daquin : Votre majesté, il salue et reste courbé.

 

Le roi : entrez, Daquin, venez ouïr mon émoi ! Daquin se penche sur son cœur.

 

Daquin : j’ouïs, mon roi, j’ouïs, et rien n’entendois qui ne soit pas à l’endroit.

 

Le roi : Ah, que voici une bonne nouvelle ! Mon pot, que l’on m’apporte mon pot ! Il pisse dans un vase.

Entre une figurante qui pousse la chaise pot. Le roi se mouche bruyamment, le médecin lui enfile ses bas, une chemise. Le roi se passe un peu d’eau sur le visage, se parfume et se lève. Le roi est sur le trône.

 

Le roi : Que l’on fasse entrer les courtisanes et courtisans, que je leur donne audience !

Entre Lucie de la Motte Argencourt annoncée par un valet.

 

Valet : Mlle de la Motte d’Argencourt ! Elle entre.

 

Le roi : Ah ! Ma tendre Lucie, comment vont vos anciens amants, Chamarante et Richelieu ? J’ai aimé votre motte mais elle n’est plus en cour. Il pète. Que venez-vous quérir, sortie du couvent de Chaillot, folle que vous êtes ! Retournez à vos prières, vilaine ! Elle recule et sort.

 

Voix off de Lucie: Tu m’en diras tant ! Il en a eu pour son argent, le court, et ma motte vaut bien celle de l’Olympe !

 

Entre la reine en coup de vent, par une autre porte et sans être annoncée. Elle salue.

 

La reine : Monsieur mon roi a-t-il bien dormi ?

 

Le roi : Madame, la petite vérole m’a chicanée et j’ai bien cru perdre un orteil dans le lit.

 

La reine, aspergeant l’air de parfum : Certes, cette gangrène est bien vilaine, et, vos pustules purulent-elles ce matin ? soulevant la chemise. Au public, s’éventant : pouah, que la vermine sent fort ! Je ne dois mon salut qu’à son désamour... Daquin, le roi pourra t-il se rendre au bal, ce soir ?

 

Daquin : Madame, je crains que...

 

Le roi : Ne pas aller au bal, Daquin ! J’irai, foutre oui ! avec ou sans orteil, c’est du pareil au même, je danse comme un Dieu, d’ailleurs, je suis, Dieu !

 

Daquin : Mais, Sire... ?

 

Le roi : Silence, où je fais venir Fouquet pour vous embastiller ! Ton de gamin boudeur. Je suis le roi.

 

Fouquet servile, fait irruption : Majesté, vous m’avez fait demander ?

 

La reine : Fichtre ! Le bougre est partout !

 

Daquin : Sire, mon roi, je ne veux que votre joie...

 

Le roi : Ah, Fouquet ! Il faudra que je songe à diminuer vos émoluments ! Vous me videz les caisses, à coucher en mon palais.

 

Fouquet saluant du chapeau : Mon Prince, ce qui est à moi est à vous...

 

Le roi : Je préfèrerais l’inverse, foi de roi ! Allez donc procéder à l’arrestation de quelques gueux, mon bon Félix a besoin de leurs culs pour user de son nouvel outil. La Charité y pourvoira, allez, je suis las !

 

Fouquet sortant à reculons : S’il est là, il est ici, et moi je vais là-bas. Des culs de gueux, quelle détestation ! César ave la Vistule et Louis XIV se fouille d’une fistule, ironique quelle élévation...

 

Le valet annonce : Mme de Montespan ! Mme de Montespan entre.

 

La reine : Sire, permettez que je me retire.

 

Le roi : Retirez, retirez, Madame – elle sort. Quelle plaie ! Venir me narguer jusque sous la chemise, quelle insolence ! A la Montespan. Ah, ma chère et tendre amie ! Il lui baise la main. Je suis à vous, juste le temps d’en finir. Il tape dans ses mains, le valet vient retirer le pot et présente le popo aux personnes présentes. Le roi se reculotte sans s’essuyer.

Hochements de tête appréciateurs. Le médecin goûte l’urine et recrache.

 

Montespan, humant le présent : Sire, je sens que vos humeurs sont belles en ce matin. Vos rêves ont-ils été caressants à ma pensée ? Elle le chatouille.

 

Le roi la cramponnant : Madame, je ne pense qu’à vous et à vos jolis tétons. Me rejoindrez-vous, ce soir, après le bal ?

 

Montespan : Fripon ! Je viendrai fouir dans vos culottes avant ce soir la matelote ! Ils rient, s’étreignent. Ce Molière, votre nouvel amuseur, sera-t-il présent ?

 

Le roi : Je l’ai convié, mais n’ai ouï dire avoir eu de réponse.

 

Fouquet entre, se glissant : Il sera là, mon roi, il sera là. Il s’éclipse.

 

Daquin en aparté : Le faquin est habile ! J’en ferais bien du petit bois, ou bien, fagoté comme il est, ce pingouin ferait bien sur une pique au jardin, s’il n’était si chafouin !

 

Bruit dans l’antichambre. Ils tendent l’oreille.

 

Valet : Monsieur de Colbert ! Colbert entre, salue et ne se relève pas. Tous rigolent.

 

Le roi : Et bien, Colbert, quel bon vent vous amène ? Il pète, tous rient.

 

Colbert tête baissée : Sire...

 

La Montespan en aparté : Cire mes chaussures et fais reluire !

 

Colbert : Sire...

 

Daquin en aparté : Sire, cire, circoncision, je lui couperais bien le jonc !

 

Colbert : Sire...

 

Le valet se pliant de rire : Cire con flexe, c’est circonvenu et poil au cul !

 

Le roi s’appuyant sur sa canne : Allons, levez vous ou vous finirez rompu ! Que me vaut votre visite ? Ce forban de Vauban quêterait-il encore quelques louis auprès de nos cassettes ?

 

Colbert se relevant, perclus de rhumatismes : En effet, Sire, pour votre fief Malouin.

 

La reine revient : Monsieur de Colbert, quel plaisir ! Il salue. En aparté. Diantre, la gueuse est encore là ! Elle froufroute, passe devant la Montespan sans la voir, cajole le roi et se pince le nez en cachette.

 

La Montespan : Sire, permettez que je me retire, quelque affaire qui me tient... elle se tient entre les jambes, prise d’une envie d’uriner.

 

Le roi : Disposez, Madame, disposez. En aparté. Et pensez à ce soir, je vous veux sans culotte, le froufrou en gibelotte ! Il lui tape sur les fesses. La reine les ignore. Montespan sort. On la voit s’accroupir au coin du rideau et on l’entend soupirer d’aise.

 

La reine à Colbert : Mon cher, je viens de voir Monsieur de Molière dans le parc, il est d’un amusement dont je ne me lasse..., telle cette verve extraordinaire dont le roi est pourvu, et Sire, votre soleil éclaire cette cour d’une lumière qui ne supporte pas l’indigence, permettez qu’il donne ce soir spectacle à votre magnificence ? Elle s’incline humblement.

 

Le roi : Je consens volontiers, d’autant que je lui ai demandé. Il nous donnera Le grand divertissement royal et nous présentera monsieur Charles Perrault qui lui aussi, écrit. Il marche de long en large. Ah ! Colbert ! Je suis heureux ! Donnez à Vauban ce qu’il lui sied et venez vous réjouir ce soir en notre compagnie ! Colbert s’incline en courbettes et sort. Il s’arrête en bord de coulisse et pisse derrière le rideau, se reculotte et prend un air concupiscent. On entend en voix off une culbute, les rideaux s’agitent.

 

Daquin : Voilà un péquin de bonne facture, et si sa hure égale sa luxure, il est sans nul doute le pénis des prout-prout provinçois !

 

Le roi : Daquin, mon coquin, si Colbert pouvait être, aussi fort d’esprit que son cousin Troïcien, je l’aurais fait vice-roi ! Celui-là ne prendra pas la bure et s’il compte aussi bien que tout Colbert sait le faire, il manie le verbe en virtuose grivois !

 

La reine en aparté : Fichtre ! J’aimerais voir la bête ! Jamais Troïcien je ne vis, et si son vit rivalise avec sa langue, je mangerais bien des grives au chant de sa voix...

 

Le roi : Vous disiez, Madame ?

 

La reine : Sire, je disais que j’aimerais voir sa tête, car jamais Troïcien je ne vis et si sa vie rivalise avec la banque, je banquerais bien, de Brive au camp de Savoie.

 

Daquin en aparté : Un camp en Savoie ? L’astucieuse fourberie ! La coquine est audacieuse et rouée comme une catin ! Si ce n’était la reine, je la friponnerais bien au détour d’un sombre couloir, mais je ne suis pas Tarzan et la liane à mon cou serait cruelle...

 

Le roi : Il faudra que je mande Fouquet, pour ce camp en Savoie.

 

Fouquet entre : Sire, c’est chose faite. Si d’aventure vous songiez à marier le Duc de Bourgogne à la jeune Duchesse de Savoie, les troupes savoyardes s’allieraient aux nôtres. Ce serait une fondue mémorable sur les Italiens et... obséquieux, se tournant vers la reine, Sa Majesté est fort avisée. En aparté. Comment est-ce possible ? Je suis au fait de tout et n’ai pas divulgué la recette ? Si la reine se pique de gloutonner dans mon fromage, je vais y perdre ma croûte ! Quel âpre monte en l’air a pu trahir, l’idiot !

 

La reine se mire dans son miroir en surveillant Fouquet.

 

La reine : Une fondue Savoyarde ? Ce serait amusant ! Sire, si vous lanciez l’idée ? Fondre du fromage et y tremper le pain occuperait les pauvres en ces temps de disette ? Avec quelque pique, point besoin de fourchette, et serait évitée la misère !

 

Le roi : Madame, vous n’y songez pas ! Du fromage de Savoie pour le peuple ? Que nenni, ils n’en auront pas, mais pour vous plaire, nous fondrons une roue à la cour et de vos piques nous userons, mais gare ! Qui perdra son crouton se verra d’une farce punir et d’un gage lotir !

 

Daquin en aparté : Pic pic et colégram... ams, tram, gram ! Tant va la pique au veau qu’à la fin il trépasse ! Je n’aime guère cette folie nouvelle, ça va se savoir...

 

Dehors on entend le bruit de la rue qui monte, la révolte gronde. Passe une manif contre le plan Colbert.                      Noir   



[1] Elle est forte, celle-là !

[2] Cléopâtre signifie La gloire du père (issu du grec)

[3] Lit de table

[4] De vetus, vieux

[5] Chambre

Eve Zibelyne le 6 mars 2014

 



[1] Elle est forte, celle-là !

[2] Cléopâtre signifie La gloire du père (issu du grec)

[3] Lit de table

[4] De vetus, latin, vieux

[5] Chambre

La pie voleuse - bande de répétition

 

La pie voleuse

 

10 Personnages :

 

Julien, le jeune veuf                                                            

Le faux curé confesseur et vrai voleur                                 

Le maître d’hôtel un peu barbouze                                      

La belle-mère du veuf                                                          

La bonne, Conception                                                          

Une maîtresse du veuf, l’évaporée, Éva                              

Une maîtresse du veuf, Liliane, la névrosée                        

Une maîtresse du veuf, Lola la cougar                                

Deux fliquettes                                                                    

 

 

Décor : Fenêtre en fond de scène côté cour, en biais pour garder un champ de vision et d’action derrière. Canapé côté jardin, guéridon, table de salon, prie-Dieu, menus objets.

 

Costumes : Soutane, tablier blanc pour la bonne, costume et nœud papillon pour le maître d’hôtel.

 

Ouverture du rideau :

 

Le jeune veuf lit une revue sur le canapé (la revue porno,Lui) Entre sa belle-mère, volubile, qui l’assaille.

 

Belle-maman : Bonjour, mon cher gendre. Comment vas-tu ? Je suis si désolée de ne pouvoir être plus présente depuis la perte de notre pauvre Lucie, mais… (au public) je suis tellement, tellement occupée… (en quittant ses gants qu’elle jette sur le guéridon)

 

Julien : Belle-maman, vous êtes toute pardonnée. Il glisse la revue sous un coussin. Ce matin encore, je pleurais sur ma solitude. Cela fait trois mois qu’elle est morte, et c’est comme si c’était hier !

 

Belle-maman : Pôvre, pôvre chéri ! Elle sonne, en faisant mine d’essuyer une larme. Entrée de la bonne

 

La bonne : Madame ?

 

Belle-maman : Un thé s’il vous plaît, Conception, avec un nuage de crème.

 

La bonne repart côté cour en bougonnant. Bruitage de vaisselle et voix off  La belle-mère inquisitrice suit la bonne pour la surveiller. Ça sonne. Off, le maître d’hôtel va ouvrir.

 

 

Maître d’hôtel, Off : Mademoiselle ? Il entre sur scène. Mademoiselle Éva, Monsieur.

 

Éva saute au cou du jeune homme qui se dresse.

 

Julien : Éva ! Belle-maman est ici ! Halte !

Elle l’embrasse. La belle-mère revient. Éva fait mine de rien.

 

Éva : Ne pleurez plus, il faut vous consoler ! Elle pose son gilet sur une chaise.

 

Belle-maman : Mademoiselle ?

 

Éva : Je suis… une voisine ! Chère madame, c’est une grande perte qui vous affecte tous, la vie est bien méchante, parfois… en regardant le jeune homme qui s’énerve. La bonne arrive avec le thé. Ça sonne. La bonne sursaute et renverse une tasse sur les genoux d’Éva, qui s’assoit sur le canapé. Entrent deux fliquettes, flanquées du majordome.

 

Les fliquettes : M’sieurs dames ! Police Nationale !

 

Éva : Ahhh, grand dieu ! Quelle maladroite bourrique !

 

Une fliquette : Pardon ?

 

L’autre fliquette : On insulte la police ?

 

Belle-maman et la bonne s’empressent, Éva les repousse et sort côté cour.

 

Julien : Non, non, pardonnez-lui, elle a le feu aux… enfin, elle s’est brûlée !

 

Belle-maman : Que nous vaut l’honneur ? En aparté : Laisse, Julien, je vais recevoir Dupont et Dupond dans le bureau. Elles sortent côté jardin, en fond de scène. Off, conversation assourdie. Vol ? Dieux du ciel ! Un voleur…

 

Le maître d’hôtel débarrasse. Irruption de la névrosée qui surgit en courant.

 

Maître d’hôtel : Madame, on frappe avant d’entrer ! en la repoussant vers la porte. Qui dois-je annoncer ?

Liliane le repousse, se jette sur Julien. Le maître d’hôtel met la main à sa ceinture… La bonne accourt, ils tirent sur la névrosée des deux côtés. Julien s’affole, et court partout. Elle se roule par terre et supplie.

 

 

Liliane : Julien, je t’en prie, ne me repousse pas…

 

Le maître d’hôtel et la bonne l’attrapent. On frappe. Entre le curé, théâtral, il lui impose les mains et la calme en faisant ses poches. Elle se laisse pousser dehors, hagarde. Le curé glisse son butin dans le gilet d’Éva. La bonne le prend pour le ranger.

 

 

Le maître d’hôtel avec déférence : Mon père…

 

Le curé à Julien : Il n’y a donc personne pour m’accueillir ? Madame votre belle-mère m’a pourtant fait mander avec insistance !

 

Éva fait irruption sans frapper.

 

Eva : Elle sonne la bonne qui entre. Conception, n’aurais-je pas laissé là mon gilet ? Je me sens toute nue dans ce froid solaire… !

 

 La bonne va le chercher et le ramène en riant bêtement.

 

La bonne :Votre « polaire », Mademoiselle !

Eva sort.

Le curé profite de l’inattention pour chaparder un autre objet. Belle-maman revient en suçant un gâteau.

 

Belle-maman : Au public : J’ai laissé Dupont et Dupond tirer la langue sur leur rapport…

Mon père, cher ami, je suis ravie de vous recevoir ici ! Vous m’avez manqué ! Elle minaude, l’entraîne par le bras Ils papotent dans un coin côté jardin. On ne les entend pas.

 

La bonne cherche l’objet manquant, s’interroge.

 

La bonne : Monsieur, veuillez me demander pardon, mais il y avait bien une cloche ici ?

 

Julien : Qui, Éva ?

 

Belle-maman de loin : Qui, la maréchaussée ?

 

La bonne : Non, la cloche, pardi ! Celle en or, vous savez, celle que votre mère vous sonnait tout le temps !

Ils cherchent. Ah, ça ! Je jurerai l’avoir vue à l’instant ! Il y a de la maraude dans l’air !

 

Julien : Conception, on ne dit pas de la maraude, mais du vol !

 

La bonne : Du vol-au-vent oui ! J’veux bien ! Mais la fenêtre, elle est fermée ! Plus bas. Qui c’est t-y qui vient d’sortir, hein… ? Elle sort.

 

Juliense rue à la fenêtre : Liliane ! Reviens !

 

Elle remonte au galop, voit le curé, crie et repart en transes, tombe dans les bras du maître d’hôtel. Le curé et la belle-mère s’éloignent en chuchotant. Le maître d’hôtel et le jeune homme trainent le corps derrière le canapé, le fouillent en vain.

 

 

Le maître d’hôtel sentencieux style Audiard : De la greluche étalée sur le tapis, ça fait serpillère.

 

Ça sonne. Mouvement de panique. La belle-mère crie d’aller ouvrir. On la voit à genoux sur un prie-Dieu se confessant, le curé est à demi caché en coulisse. Entre Lola, élégante et précieuse. Le maître d’hôtel cache le corps sous un plaid. La bonne le voit et s’esclaffe en posant un plateau de gâteaux.

 

 

Le maître d’hôtel enlevant le manteau de la cougar : Madame, je vous en prie… il s’incline, obséquieux et charmé.

 

Lola : Ah ! Mon Julien adorrré ! Comme tu es beau ! Elle lui passe la main sur le visage, le rejoint sur le canapé.

 

Julien charmé : Madame, vous êtes… merveilleuse !

 

Lola roucoulant : Mon petit poulet craquant, je vais te croquer !

 

Julien effrayé : Ma chère, gardez-vous en ! Belle-maman est ici…

 

Elle le chatouille, il rit.

La bonne passe, en danseuse, de coulisse à coulisse. La belle-mère se lève de son prie-Dieu, elle et le curé reviennent. La cougar est accolée à Julien, pieds enlacés.

 

Belle-maman offusquée : Oh ! Oh… !

 

Le curé intéressé : Quelle indécence ? Madame ?

 

Le maître d’hôtel sarcastique : La thérapeute de Monsieur, l’énergie… par les pieds…

Le curé subtilise un bijou posé sur la table. Belle-maman s’assied.

 

Belle-maman : Par les pieds ? Comme c’est intéressant… elle pousse Julien sans ménagements et se déchausse, enlace son pied sur celui de la cougar.

Les fliquettes reviennent du bureau. Le curé recule.

 

Une fliquette : Pardon de déranger…

L’autre : Et bien ! C’est la foire… d’empoigne !

La première : Pardi, non ! Pas de poigne qui tienne, tu vois bien que c’est par les pieds !

L’autre, au public : Il y a du louche sous cloche… on reviendra ! Elles sortent.

 

Le curé, au public : Par les pieds ? Par ma foi ! Je voudrais bien m’emberlificoter de la sorte…

Éva revient, la bonne aux basques, regard curieux aux deux femmes et énamouré à Julien.

 

Éva : Il y en a du monde, ici ? J’ai trouvé ceci dans ma poche ! Je ne porte pas de toc, moi ! A Julien. Moi, je n’aime que l’or ! Au public. La bonne se serait-elle loquetée de mon gilet ?

Elle sort une breloque, la pose. Effroi du curé. Je vous laisse, j’ai mon vélo garé en double file !

Elle sort.

 

Le curé, regardant les jambes de la cougar : Une pie voleuse se sera trompée !

 

La bonne : Elle se sera tapé la cloche… ?

 

Julien : Une cloche disparue et un bracelet trouvé ? C’est étrange.

 

Derrière le canapé, la névrosée bouge, redresse la tête, ahurie.

 

Liliane : Qui ? Qui c’est-t-y qu’à dit quoi ?

La bonne l’assomme. Le maître d’hôtel époussète et tousse. Le curé va et vient, mélange le contenu des poches et se sert au passage. La bonne l’a vu, le maître d’hôtel aussi. Ils tournent, menaçants.

 

Le maître d’hôtel : Les pies sont noires comme des corbeaux…

 

La bonne : Oui, mais la culotte est-elle blanche ?

 

Le maître d’hôtel : Les voies du Seigneur sont impénétrables.

 

La bonne : Il est en chacun de nous…

 

Julien : Cessez donc ce manège ! En cuisine la valetaille !

 

Ils sortent. Allusions en off :

 

Le maître d’hôtel : Les bons pères, c’est comme le pain blanc…

La bonne : Ça se pourrit en un rien de temps

Le maître d’hôtel : Belle mine…

La bonne : Cœur gris…

 

La belle-mère sort en tirant Julien par le bras, elle est excédée. La cougar se lève, délie ses jambes, va derrière le canapé et heurte la névrosée, tombe. Le curé se jette dessus, les jambes s’agitent, une main tente de s’accrocher, la tête de la névrosée apparaît et crie.

 

Liliane : Au viol ! Ma jambe ! Rendez-moi ma jambe ! Elle retombe.

Ça sonne. Le silence se fait. Le maître d’hôtel revient pour ouvrir à Eva qui entre.

 

Éva au maître d’hôtel Il n’y a plus personne ? Je suis é-pui-sée ! Ah ! Ces escaliers… Elle s’assied sur le canapé.

 

Julien revient : Ah, enfin tranquille ! Mais que diable faire d’une belle-mère lorsqu’on n’a plus de femme !

Il s’assied, fait des câlins à Eva. Trois têtes se lèvent derrière.

 

Éva roucoulant : Mon tendre petit poulet chéri !

 

Liliane sautant sur le canapé : Julien ! Il est à moi ! Mon doudou, mon roudoudou !

 

Lola derrière le canapé : Petite peste, il est à moi !

 

Éva : C’est qui, ces deux folles ?

 

Le curé visite les sacs à main et remplit sa soutane. Alertés par le bruit, la belle-mère, le maître d’hôtel et la bonne reviennent. Les fliquettes reviennent

 

Belle-maman : Mon père ! Quel est ce charivari ? Ces femmes, mais qui sont toutes ces femmes, enfin ?

 

Une fliquette : Vous aviez raison, Dupont, c’est un bocson où je ne m’y connais pas !

L’autre : Je dirais même plus, chef, c’est un boss con, où je ne m’y connais pas !

 

Le curé levant les bras au ciel : De pauvres pécheresses, ma fille, je vous le dis !

 

Cacophonie. Les 3 femmes courent autour du canapé après Julien, la bonne et le maître d’hôtel serrent le curé de près. La chef fliquette bastonne l’autre. On entend la cloche. La belle-mère s’affole et tombe, accrochée à la soutane.

 

Belle-maman : Ahhh, mon Dieu !

 

Le curé : Ahhh, ma fille !

 

La soutane glisse, il est en caleçon. La bonne attrape la soutane et la retourne. Le butin tombe. Silence. Exclamations.

 

Julien : La cloche !

 

La bonne : Elle est sonnée… !

 

Les fliquettes : Le voleur !

 

La belle-mère : Mon curé ! ?

 

Le curé : Un miracle !

 

Lola les mains sur la poitrine : Par mes premières jarretelles, ma broche !

 

Liliane : Juliennnnn ! Ton curé m’a mis les mains, il m’a touchée, c’est un satyre, je suis tout ankylosée, il m’a… ?

 

La bonne s’esclaffe.

 

Éva : Alors ça ! En voilà un drôle de zigue !

 

Tous courent après le curé sauf Liliane.

 

Liliane : Hiiiii ! Juliennnnn ! il m’a violéeeee ! Personne d’autre que toi n’avait osé me violer ! Au public. Alors… elle s’arrête… je suis désirable ? Je suis… belle ? J’ai défroqué un prêtre ? Wouahhh !

 

Le maître d’hôtel jette le curé par la fenêtre. La névrosée saute aussi. Les fliquettes se penchent et ne sautent pas, elles courent en tout sens avant de prendre la porte.

 

Liliane Off : Mon père…

 

Partie en off, derrière le décor et non en coulisse, cris et grognements, appels au secours du curé. (décor de fenêtre en angle de scène, on peut voir seulement une partie de ce qui s’y déroule, comme par une fenêtre, la rue étant dessinée en fond de scène : gestuelle à mettre en scène)

Le curé : Madame, je vous en prie…

 

Liliane : Ah, mon père, vous m’avez ouvert le ciel…

 

Le maître d’hôtel : Si celui-ci est curé, je veux bien me faire moine !

 

Le curé : Mais je ne suis pas curé, je ne suis qu’un voleur, un abuseur…

 

Liliane : Hiiiii ! Un abuseur ! Je le savais ! Elle bat des mains et se jette sur lui.

 

Belle-maman tire le rideau de la fenêtre.

 

Éva à Lola : Vous avez de bien jolies jambes.

 

Lola : Je ne suis que thérapeute…

 

Le maître d’hôtel, égrillard : l’énergie par les jambes ! Il sort.

 

Lola : Par les jambes, et par les pieds…

 

Éva : Comme c’est curieux !

Elles se touchent les jambes, les entrecroisent.

 

Lola : Il faut dire que j’ai de remarquables facultés… d’adaptation ! Elle jette un regard noir à Julien.

 

Lola : Ma chérie, que diriez-vous d’une séance dans la quiétude de mon salon ?

 

Éva : Chez vous ? Tremblante. Je n’ose… Gênée elle se tortille les mains.

 

Lola aguicheuse : Sauvons-nous ma belle, avant que le Diable ne sorte de la boite. (vers la fenêtre) Je vous l’ai dit, j’ai de remarquables facultés… d’adaptation…

Elles se regardent, se prennent les mains, osent un bisou, s’éclipsent avec dédain.

 

La bonne s’esclaffe et repart.

 

La belle-mère, effondrée, se jette dans les bras de Julien, corsage défait, elle s’évente. Il la conduit au canapé. Sa main trouve la revue, elle feuillète, halète, agrandit les yeux et pose sa main sur la cuisse de Julien horrifié.

Derrière la bonne et le maître d’hôtel se sont servis un verre et trinquent, aguicheurs. La tête du curé, échevelée, repousse le rideau et fait une apparition à la fenêtre, suivie de celle des fliquettes.

Off décor :

Une fliquette : Te voici, maraud ! C’est la prison qui va te tendre les bras !

 

L’autre : Violeur en sus ! On te tient cette fois, Casanova !

 

La première : Casa nostra ? Fichtre, belle prise !

 

L’autre : C’est ça ! Et pourquoi pas le fils de mamie Nova ? Au poste les cancres, ouste !

 

Liliane : Ne te sauve pas, mon prince, dans mes bras ! Hiiiii !

 

 

Belle-maman lubrique : Ahhh, mon fils…

 

Julien s’écrase sur le canapé.

 

Rideau

 

 

 

La pie voleuse

 

8 personnages :

 

Julien, le jeune veuf                                                             

Le faux curé confesseur et vrai voleur                                 

Le maître d’hôtel un peu barbouze                                      

La belle-mère du veuf                                                          

La bonne, Conception                                                          

Une maîtresse du veuf, l’évaporée, Éva                              

Une maîtresse du veuf, Liliane, la névrosée                        

Une maîtresse du veuf, Lola la cougar                                

 

Décor : Fenêtre en fond de scène côté cour, en biais pour garder un champ de vision derrière. Canapé côté jardin, guéridon, table de salon, prie-Dieu, menus objets.

 

Costumes : Soutane, tablier blanc pour la bonne, costume et nœud papillon pour le maître d’hôtel.

 

Ouverture du rideau :

 

Le jeune veuf lit une revue sur le canapé (Lui). Entre sa belle-mère, volubile, qui l’assaille.

 

Belle-maman : Bonjour, mon cher gendre. Comment vas-tu ? Je suis si désolée de ne pouvoir être plus présente depuis la perte de notre pauvre Lucie, mais… (au public) je suis tellement, tellement occupée… (en quittant ses gants qu’elle jette sur le guéridon)

 

Julien : Belle-maman, vous êtes toute pardonnée. Il glisse la revue sous un coussin. Ce matin encore, je pleurais sur ma solitude. Cela fait trois mois qu’elle est morte, et c’est comme si c’était hier !

 

Belle-maman : Pôvre, pôvre chéri ! Elle sonne en faisant mine d’essuyer une larme. Entrée de la bonne côté cour.

 

La bonne : Madame ?

 

Belle-maman : Un thé s’il vous plaît, Conception, avec un nuage de crème.

 

La bonne repart côté cour en bougonnant. Bruitage de vaisselle et voix en coulisse. La belle-mère sort côté cour.

Ça sonne. En coulisse, le maître d’hôtel va ouvrir.

 

 

Maître d’hôtel en coulisse : Mademoiselle ? Il entre sur scène. Mademoiselle Éva, Monsieur.

 

Éva saute au cou du jeune homme qui se dresse.

 

Julien : Éva ! Belle-maman est ici ! Halte !

Elle l’embrasse. La belle-mère revient. Éva fait mine de rien.

 

Éva : Ne pleurez plus, il faut vous consoler ! Elle pose son gilet sur une chaise.

 

Belle-maman : Mademoiselle ?

 

Éva : Je suis… une voisine ! Chère madame, c’est une grande perte qui vous affecte tous, la vie est bien méchante, parfois… en regardant en biais vers le jeune homme qui s’énerve. Le thé arrive. La bonne renverse une tasse sur les genoux d’Eva qui s’assoit sur le canapé.

 

 

Éva : Ahhh, grand dieu ! Quelle maladroite bourrique !

Belle-maman et la bonne s’empressent, Éva les repousse et toutes sortent côté cour.

Le maître d’hôtel débarrasse. Irruption de la névrosée qui surgit en courant.

 

 

Maître d’hôtel : Madame, on frappe avant d’entrer ! en la repoussant vers la porte. Qui dois-je annoncer ?

Liliane le repousse, se jette sur Julien. Le maître d’hôtel met la main à sa ceinture… La bonne accourt, ils tirent sur la névrosée des deux côtés. Julien s’affole, et court partout. Elle se roule par terre et supplie.

 

 

Liliane : Julien, je t’en prie, ne me repousse pas…

 

Le maître d’hôtel et la bonne l’attrapent. Entre le curé, théâtral, il lui impose les mains et la calme en faisant ses poches. Elle se laisse pousser dehors, hagarde. Le curé glisse son butin dans le gilet d’Éva posé sur une chaise. La bonne le prend pour le ranger.

 

 

Le maître d’hôtel avec déférence : Mon père…

 

Le curé à Julien : Il n’y a donc personne pour m’accueillir ? Madame votre belle-mère m’a pourtant fait mander avec insistance !

 

Éva repasse chercher son gilet oublié, sonne la bonne qui ramène le gilet en riant bêtement. Le curé en profite pour chaparder un autre objet. Belle-maman revient en suçant un gâteau.

 

 

Belle-maman : Mon père, cher ami, je suis ravie de vous recevoir ici ! Vous m’avez manqué ! Elle minaude. Ils papotent dans un coin côté jardin. On ne les entend pas.

 

La bonne cherche l’objet manquant, s’interroge.

 

La bonne : Monsieur, veuillez me demander pardon, mais il y avait bien une cloche ici ?

 

Julien : Qui, Éva ?

 

La bonne : Non, la cloche, pardi ! Celle en or, vous savez, celle que votre mère vous sonnait tout le temps !

Ils cherchent. Ah, ça ! Je jurerai l’avoir vue à l’instant ! Il y a de la maraude dans l’air !

 

Julien : Conception, on ne dit pas de la maraude, mais du vol !

 

La bonne : Du vol-au-vent oui ! J’veux bien ! Mais la fenêtre, elle est fermée ! Plus bas. Qui c’est t-y qui vient d’sortir, hein… ?

 

Juliense rue à la fenêtre : Liliane ! Reviens !

 

Elle remonte au galop, voit le curé, crie et repart en transes, tombe côté jardin dans les bras du maître d’hôtel. Le curé et la belle-mère sortent en chuchotant côté cour. Le maître d’hôtel et le jeune homme trainent le corps derrière le canapé, le fouillent en vain.

 

 

Le maître d’hôtel sentencieux style Audiard : De la greluche étalée sur le tapis, ça fait serpillère.

 

Ça sonne. Mouvement de panique. La belle-mère crie d’aller ouvrir. On la voit à genoux sur un prie-Dieu se confessant, le curé est à demi caché en coulisse. Entre Lola, élégante et précieuse. Le maître d’hôtel cache le corps sous un plaid. La bonne le voit et s’esclaffe en posant un plateau de gâteaux.

 

 

Le maître d’hôtel enlevant le manteau de la cougar : Madame, je vous en prie… il s’incline, obséquieux et charmé.

 

Lola : Ah ! Mon Julien adorrré ! Comme tu es beau ! Elle lui passe la main sur le visage, le rejoint sur le canapé.

 

Julien charmé : Madame, vous êtes… merveilleuse !

 

Lola roucoulant : Mon petit poulet craquant, je vais te croquer !

 

Julien effrayé : Ma chère, gardez-vous en ! Belle-maman est ici… Elle le chatouille, il rit.

La bonne passe, en danseuse. La belle-mère et le curé reviennent. La cougar est accolée à Julien, pieds enlacés.

 

Belle-maman offusquée : Oh ! Oh… !

 

Le curé intéressé : Quelle indécence ? Madame ?

 

Le maître d’hôtel sarcastique : La thérapeute de Monsieur, l’énergie… par les pieds…

Le curé subtilise un bijou posé sur la table. Belle-maman s’assied.

 

Belle-maman : Par les pieds ? Comme c’est intéressant… elle pousse Julien sans ménagements et se déchausse, enlace son pied sur celui de la cougar.

Éva revient, la bonne aux basques, regard curieux aux deux femmes et énamouré à Julien.

 

Le curé au public : Par les pieds ? Par ma foi ! Je voudrais bien m’emberlificoter de la sorte…

 

Éva : J’ai trouvé ceci dans ma poche ! Je ne porte pas de toc, moi ! Moi, je n’aime que l’or ! Elle sort une breloque, la pose et repart. Effroi du curé.

 

Le curé, regardant les jambes de la gougar : Une pie voleuse se sera trompée !

 

La bonne : Elle se sera tapé la cloche… ?

 

Julien : Une cloche disparue et un bracelet trouvé ? C’est étrange.

 

Derrière le canapé, la névrosée bouge, redresse la tête, ahurie.

 

Liliane : Qui ? Qui c’est-t-y qu’à dit quoi ?

La bonne l’assomme. Le maître d’hôtel époussète et tousse. Le curé va et vient, mélange le contenu des poches et se sert au passage. La bonne l’a vu, le maître d’hôtel aussi. Ils tournent, menaçants.

 

Le maître d’hôtel : Les pies sont noires comme des corbeaux…

 

La bonne : Oui, mais la culotte est-elle blanche ?

 

Le maître d’hôtel : Les voies du Seigneur sont impénétrables.

 

La bonne : Il est en chacun de nous…

 

Julien : Cessez donc ce manège ! En cuisine la valetaille !

 

Ils sortent. Allusions en coulisse :

 

Le maître d’hôtel : Les bons pères, c’est comme le pain blanc…

La bonne : Ça se pourrit en un rien de temps

Le maître d’hôtel : Belle mine…

La bonne : Cœur gris…

 

La belle-mère sort avec Julien côté cour, excédés. La cougar se lève, délie ses jambes, va derrière le canapé et heurte la névrosée, tombe. Le curé se jette dessus, les jambes s’agitent, une main tente de s’accrocher, la tête de la névrosée apparaît et crie.

 

Liliane : Au viol ! Ma jambe ! Rendez-moi ma jambe ! Elle retombe.

Ça sonne. Le silence se fait.

 

Éva au maître d’hôtel : Il n’y a plus personne ? Je suis é-pui-sée ! Ah ! Ces escaliers… Elle s’assied sur le canapé. Julien revient, ils se font des câlins. Trois têtes se lèvent derrière.

 

Éva roucoulant : Mon tendre petit poulet chéri !

 

Liliane sautant sur le canapé : Julien ! Il est à moi !

 

Lola derrière le canapé : Petite peste, il est à moi !

 

Éva : C’est qui, ces deux folles ?

 

Le curé visite les sacs à main et remplit sa soutane. La belle-mère, le maître d’hôtel et la bonne reviennent.

 

Belle-maman : Mon père ! Quel est ce charivari ? Ces femmes, mais qui sont toutes ces femmes, enfin ?

 

Le curé levant les bras au ciel : De pauvres pécheresses, ma fille, je vous le dis !

 

Cacophonie. Les 3 femmes courent autour du canapé après Julien, la bonne et le maître d’hôtel serrent le curé de près. On entend la cloche. La belle-mère s’affole et tombe, accrochée à la soutane.

 

Belle-maman : Ahhh, mon Dieu !

 

Le curé : Ahhh, ma fille !

 

La soutane glisse, il est en caleçon. La bonne attrape la soutane et la retourne. Le butin tombe. Silence. Exclamations.

 

Julien : La cloche !

 

La bonne : Elle est sonnée… !

 

La belle-mère : Mon curé ! ?

 

Le curé : Un miracle !

 

Lola les mains sur la poitrine : Par mes premières jarretelles, ma broche !

 

Liliane : Juliennnnn ! Ton curé m’a mis les mains, il m’a touchée, c’est un satyre, je suis tout ankylosée, il m’a… ?

 

La bonne s’esclaffe.

 

Éva : Alors ça ! En voilà un drôle de zigue !

 

Tous courent après le curé sauf Liliane.

 

Liliane: Hiiiii ! Juliennnnn ! il m’a violéeeee ! Personne d’autre que toi n’avait osé me violer ! Au public. Alors… elle s’arrête… je suis désirable ? Je suis… belle ? J’ai défroqué un prêtre ? Wouahhh !

 

Le maître d’hôtel jette le curé par la fenêtre. La névrosée saute aussi.

 

Liliane: Mon père…

 

En bord de coulisses, cris et grognements, appels au secours du curé.

 

Le curé : Madame, je vous en prie…

 

Liliane : Ah, mon père, vous m’avez ouvert le ciel…

 

Le maître d’hôtel : Si celui-ci est curé, je veux bien me faire moine !

 

Le curé : Mais je ne suis pas curé, je ne suis qu’un voleur, un abuseur…

 

Liliane : Hiiiii ! Un abuseur ! Je le savais ! Elle bat des mains et se jette sur lui.

 

Éva à Lola: Vous avez de bien jolies jambes.

 

Lola : Je ne suis que thérapeute…

 

Le maître d’hôtel, égrillard : l’énergie par les jambes ! Il sort.

 

Lola : Par les jambes, et par les pieds…

 

Éva : Comme c’est curieux !

Elles se touchent les jambes, les entrecroisent.

 

Lola : Il faut dire que j’ai de remarquables facultés… d’adaptation ! Elle jette un regard noir à Julien.

 

Lola : Ma chérie, que diriez-vous d’une séance dans la quiétude de mon salon ?

 

Éva : Chez vous ? Tremblante. Je n’ose… Gênée elle se tortille les mains.

 

Lola aguicheuse : Sauvons-nous ma belle, avant que le Diable ne sorte de la boite. (vers la fenêtre) Je vous l’ai dit, j’ai de remarquables facultés… d’adaptation…

Elles se regardent, se prennent les mains, osent un bisou, s’éclipsent avec dédain.

 

La bonne s’esclaffe et repart.

 

La belle-mère, effondrée, se jette dans les bras de Julien, corsage défait, elle s’évente. Il la conduit au canapé. Sa main trouve la revue, elle feuillète, halète, agrandit les yeux et pose sa main sur la cuisse de Julien horrifié.

Derrière la bonne et le maître d’hôtel trinquent, aguicheurs. La tête du curé, échevelée, fait une apparition à la fenêtre.

 

Liliane : Ne te sauve pas, mon prince, dans mes bras ! Hiiiii !

 

Belle-maman lubrique : Ahhh, mon fils…

 

Julien s’écrase sur le canapé.

 

Rideau

 

 

Zibelyne 7 janvier 2014

Bécassine

Bécassine, c’est pas sa cousine ?

 

Germain, Carie, Cassie

 

 

Germain : Bonjour, ma cousine !

 

Carie : Bonjour mon cousin Germain ! Pardon, mon coussin ! (elle tapote son ventre) Tu vas bien, ce matin ?

 

Germain : Je vois que tu n’as pas changé ! Tu as toujours la rime facile…, encore…

 

Carie : un bon fiel vaut mieux que vielle, et alors ! Une fielleuse ne la met jamais en veilleuse !

 

Germain : Tu abuses ! Ce n’est pas à l’école que tu as appris à parler de la sorte ?

 

Carie : Mon doudou ! Tu mangeais encore tes roudoudous que je versifiais, au fond du café !

 

Germain : Ouiche ! Café, ça rime avec frappée…

 

On frappe à la porte. Personne ne bouge

 

Carie : Bravo, mon coussinet ! Tu fais des progrès ! En parlant de frapper, tu n’ouvres pas la porte ?

 

Le cousin va pour ouvrir, regarde à l’œil, recule.

 

Germain en direction du public : Après la cousine, voilà la Bécassine !

 

On frappe à nouveau. Germain ouvre en soupirant. Entre une chapeautée de plumes perchée sur des talons hauts. Elle a les cheveux nattés.

 

Cassie : Bonjour, vous ! Elle embrasse tout le monde

 

En chœur : Bonjour, toi !

 

Cassie : Ah… je reviens du Carrefour, j’suis toute reprisée !

 

Germain : Du carrefour… ?

 

Cassie : J’ai bien failli l’y laisser mes nattes !

 

Germain : Un mainate au carrefour… Tu es certain que tout va bien ?

 

Carie : Qui met la natte au car se pète la rate au four.

 

Cassie : Oh ! Carie chérie ! Je ne me la pète pas, tu sais ! Elle minaude et prend un miroir dans son sac. Regarde, j’ai acheté un nouveau miroir. D’un côté, c’est moi, et de l’autre c’est moi aussi quand je serai grosse. Trop marrant… !

Germain : Ah, ce « Carrefour » ! Évidemment. Et tu n’as rien ramené d’autre ?

 

Cassie : Si ! Une tablette que quand tu la branches sur le réfrigérabeurre, elle te dit ce que tu vas manger le soir.

 

Germain : Nonnnn !

 

Cassie : Siiiii ! Le bidule cherche la recette que tu peux faire avec le contenu du frigo !

 

Carie : C’est bien beau, mais qui remplit le frigo ?

 

Cassie : Euh… Ah ? Je n’y avais pas pensé… Je ne sais pas s’il y a l’option livraison à domicile... Germain, tu pourras jeter ton œil pour voir si je dois l’emmener en courses.

 

Carie riant sous cape : Pas moyen de lui tenir la menotte, mais on peut lui confectionner une chariotte ?

 

Cassie, tirant la langue : Ah, voyons... il y a internet ! Superrrrr ! Hé ! Dites, si on l’essayait ?

 

Germain : Tu sais cuisiner, toi ?

 

Cassie : Non, mais puisque c’est pour apprendre ?

 

Carie : Qui cuit un œuf cuit un bœuf ! Ouvrant le frigo Germain, as-tu des œufs ?

 

Germain : Sais pas. Mais de bœuf, je n’en ai pas.

 

Cassie : Si tu veux, il y a un keuf, là, en bas ? Elle agite les mains en coucou.

 

Germain : La bécasse ! Il ferme le rideau.

 

Cassie : De la bécasse ? Ça se mange ? Bécasse… elle tapote sur la tablette. Oh… ! Il y a même des bé-ca-ssines ! Comme moi quand tu m’appelles, c’est mignon !

 

Carie : Oh, ironie de la naïveté ! Qui, de la bécasse ou de la bécassine se retrouvera dans la bassine afin que l’on se retrousse les babines ? Pour l’heure, nous n’avons qu’une mauvaise image d’emplumée sous le nez…

 

Cassie : Dis donc ! C’est pas parce que j’ai des plumes qu’il fait me prendre pour une dinde ! J’ai pas le cul d’une huitre, moi !

 

Germain en aparté : Ni le i…

 

Carie : Pas plus que celui d’une moule, d’une patate ou d’une nouille, quoi que…

 

Cassie : Ah, j’ai compris ! Vous me mettez en chambre ! Ce sont les ingrédients de la recette que vous me donnez !

Elle se gratte la tête et ouvre le frigo. Oui, mais il y a un hic… moules, patates, nouilles et bécassine, Germain, tu n’as rien de tout ça !

 

Carie : En effet ! Ce n’est pas un réfrigérateur, pas même une plaquette de beurre, si c’est pas un malheur ! Ni picrate ni patates, ni côtelettes ni rillettes, le désert sans dessert…

 

Germain, bougon : Chacun ses habitudes ! Moi, le carrefour, quand je le traverse, je ne ramène pas le goudron au frais !

 

Cassie : Prenez une bécassine, un coussin et sa cousine, pas besoin de faire la cuisine…, le fricot est opaque et les pieds paquets à Pâques frient ! Au diable la tablette, mieux vaudrait des ablettes, et à défaut de chocolat, allons sans blabla dîner à la pizzeria !

 

 

Carie et Germain : Bonne idée ! Germain prend la main de Carie et ils sortent. Cassie les suit, subtilisant la tablette.

Les hosties de la concorde

LES HOSTIES DE LA CONCORDE

 

Merluchon, le boucher

Adèle une vieille commère catho

Le maire

Mademoiselle Lulu, son épouse sexy

Le curé

Gustavine, la voyeuse médium alcoolique

 

Acte 1 :

 

La salle du conseil. Le maire, le curé

 

Le curé : Ah ! Monsieur le maire ! Je vous trouve enfin !

 

Le maire : Monsieur le Curé ? Mais que vous arrive-t-il donc ?

 

Le curé : Mon Dieu ! Si vous saviez !

 

Le maire : Justement, j’aimerais bien savoir ?

 

Le curé, se lamentant et tournant en rond, les bras levés au ciel : Ah ! Mon Dieu ! Si vous saviez !

 

Le maire tapotant du stylo sur le bureau et se parlant à lui-même : Mais va-t-il parler, le bougre !  Je vais être en retard pour le souper… et Lulu qui m’a fait une blanquette ! Ah, mais,…

Tout haut : Mon père, dites voir, moi, je suis attendu pour une affaire de la plus haute importance.

 

Le curé : Pardon, Monsieur le Maire, j’en suis tout tourneboulé, on a… il tourne en rond… on a… (il s’assied et s’essuie le front)

 

Le maire : On a… ?

 

Le curé : On a dérobé les hosties !

 

Le maire se lève et renverse sa chaise. Le curé recule et tombe les quatre fers en l’air. Le maire l’aide à se relever, époussette sa robe et le repousse, le curé retombe, barrette vissée sur la tête.

 

Le maire : Bon sang de bonsoir ! En voilà une histoire ! Voyons, quand avez-vous constaté cette disparition ?

 

Le curé se relevant péniblement : Ce matin, elles étaient encore sur l’autel. Et puis, je suis allé manger un bout de tarte à la rhubarbe chez la mère Adèle. Quand je suis revenu, elles n’étaient plus là.

 

Le maire : C’est bien le diable si on ne les retrouve pas ! (Devant l’air offusqué du curé) Pardonnez-moi, mon père… (en aparté en rigolant : parce que j’ai pêché) (à une secrétaire invisible) Madame Potvin, veuillez appeler Gustavine, s’il vous plaît, qu’il vienne de toute urgence !

 

Le curé : Gustavine ? Mais enfin, Monsieur le Maire, cette mécréante qui n’est même pas de la commune… Je ne veux pas la voir dans mon église !

 

Le maire : Mon père, Gustavine est la plus grande des pécheresses, peut-être sera-t-elle touchée par la grâce de Dieu ? (Ironique : s’il parvient à la convertir, je veux bien me faire moine…)

 

Quelqu’un frappe à la porte. Une femme entre, pomponnée, s’immobilise pour être admirée, marche comme un mannequin et virevolte jusqu’au bureau.

 

Lulu : Mon Pompon joli ! N’as-tu pas vu l’heure ? Tu vas finir par me vexer ! (Elle fait la lippe, boudeuse)

 

Le curé : Pardon madame Lulu, mais je suis arrivé avant vous, et puis, Monsieur le Maire est attendu pour une affaire de la plus haute importance…

 

Lulu : (aigrelette) Bien le bonsoir, monsieur le curé ! Être arrivé le premier ne vous dispense pas de me saluer. (Se tournant vers son mari) Mon Pompounet, la blanquette est sur le coin du feu. (À part : dis, depuis quand fais-tu tes grâces en soirée ? Je t’attends mon gourmand, viens vite.

Se tournant vers le curé : Nulle affaire n’est plus importante que ma blanquette, mon père !

 

Le curé : Mais, madame, et mes hosties ?

 

Lulu : Quoi, vos hosties ? Je ne suis pas boulangère, à ce que je sache ?

 

Le maire : Poussin, je t’en prie, c’est que… il y a eu un vol…

 

Le curé opine du bonnet, les mains jointes dans ses manches de soutane.

 

Lulu : Non… ? Ne me dites pas qu’on a volé les hosties ?

Elle part d’un fou rire et se tape sur les cuisses, les genoux serrés et jambes écart.

 

Le curé : Madame !

 

Lulu, en riant toujours, parlant au public : Sûr que ce n’est pas avec ça que le voleur va saucer ma blanquette… Au curé : Mais que diable voulez-vous qu’un voleur fasse de… ?

 

Le curé, stoïque et méprisant, raide comme un piquet : Le Diable, Madame…

 

Gustavine ouvre la porte, sans frapper et entre, débraillée, jupe soulevée. On m’a appelée ?

 

Le curé au public : Quand on parle du loup…

 

Lulu au public finit la phrase : on y voit la… ah non ! Fi ! Je n’y veux rien savoir !

 

 

 

Acte 2

 

Le lendemain, sur la place du village, à la terrasse du bistrot en face de l’église : Gustavine, le curé, Lulu et le maire et au comptoir de Merluchon qui tend l’oreille en découpant la viande, la mère Adèle.

 

Le curé : Alors, Gustavine, avez-vous vu quelque chose ?

 

Gustavine en se tenant la tête : Oh ! Mon père, j’en ai vu des étoiles ! La mauvaise m’a fichu un coup de sac à main dans la figure ! Au public : l’ennui, c’est que, dans son sac, elle avait une bombe… hou ! Elle se frotte le front.

Tout haut : Une bombe…

 

Le curé furieux : Je vous parle des hosties ! Monsieur le Maire dit que vous êtes voyante, alors, vous voyez ou vous ne voyez pas ?

 

Gustavine : Voyez-vous, aussi vrai que je vous vois, je suis voyeuse… euh, voyante, enfin, pour tout voir, je suis médium.

 

Le maire : Lulu, mon poussin, j’y pense, as-tu commandé les nouveaux panneaux municipaux ?

 

Le curé : Enfin, Monsieur le Maire, retournons à nos moutons ! Il tape nerveusement sur la table et boit son verre d’un trait.

 

Lulu en aparté : Les agneaux bêlent bas…

 

Gustavine : J’ai bien vu la lune du Jules, une lune, mes amis, une lune ! Mais des hosties… dame non ! Quoi, que…

 

Le curé : Quoi que ? Précisez donc ! Qu’avez-vous vu ?

 

Gustavine boit son verre en sirotant, l’air inspiré.

 

Au comptoir, Adèle : Je ne vois pas ce que cette voyeuse pourrait voir. J’ai sa fenêtre en vue, et je peux vous dire qu’elle a la vue courte ! Sans ces bésicles, la bougresse est bigleuse ! Elle ne verrait pas plus loin que mes jumelles !

 

Merluchon aiguisant ses couteaux : Dites voire, avez-vous vu ce que je vois ? Les têtes se tendent vers la terrasse.

 

Adèle en se signant : Quoi qu’c’est-y qu’vous voyez ?

 

Merluchon : J’vois qu’le curé a des chaussettes…

 

Adèle : Bah alors, et pas vous ?

 

Merluchon : Regardez donc mame Adèle ! Il a des chaussettes… rouges !

Adèle sort de la boutique, ses jumelles à la main. Cachée derrière un lampadaire, elle mate les chaussettes. Merluchon s’essuie sur son tablier et la rejoint.

Merluchon : Et s’il était communiste ?

 

Adèle se signant : Jésus, Marie, Joseph ! Elle se signe à nouveau. Un curé communiste, ça communie ?

 

Merluchon se grattant la tête : J’sais point, j’en ai jamais vu.

 

Adèle : Et les hosties ? Ca serait-y pas lui qui les a envoyées en Russie ?

 

En terrasse. Le curé se gratte les jambes sous la soutane, dévoilant des chaussettes rouges. Lulu les découvre, ouvre de grands yeux et fait des mimiques, mains devant la bouche en direction du public.

Son mari, inquiet de son comportement, se recule, se lève, fait le tour de la table, interrogateur. Le curé et Gustavine s’observent, se toisent, se défient du regard. Gustavine éternue.

 

Gustav dépliant un grand mouchoir: Pour voir, il me faudrait sentir…

 

Le curé lui tendant un mouchoir : Procédez, et vite !

 

Gustavine prend le mouchoir et le sent.

 

Curé : Mais mouchez-vous, madame, diantre !

 

Gustavine : Chut… je vois !

Tout le monde s’arrête, aux aguets.

 

Gustavine : Je vois du bon pain frais.

 

Curé : Du pain ?

 

Lulu, hilare : r’gardez donc ! Elle montre le boulanger qui passe avec un chariot de pain.

 

Gustavine, se retournant, vexée : Madame, je sais ce que je vois et ce que vous voyez je ne le vois point, je ne suis pas devin.

 

Le curé : Comment ça ? Vous n’êtes pas devin ? Mais alors, que diable faites-vous ici ?

 

Le maire : Chut…, mon père. Regards inquiets alentour.

 

Gustavine grommelant, au public: Fichus bourgeois qui ne connaissent rien à rien ! Tout haut, se levant : Je suis pas une « prédicationneuse », moi ! Et j’vous dis que j’vois du pain !

 

Lulu gloussant silencieusementau public : Il a les miches rassies, not curé…

 

Le maire : Voyons, mesdames… !

 

Gustavine se rassoit en se curant les ongles. Le curé boude en se grattant les jambes. Lulu rit. Merluchon et Adèle sortent sur le pas de la porte.

 

Adèle : Bien l’bonjour, msieur l’curé ! Bien l’bonjour, messieurs dames !

L’assistance salue les nouveaux arrivants. Merluchon tire une chaise et commande un ballon de rouge. Adèle reste en arrière.

Gustavine, se trémousse sur sa chaise, incommodée par le boucher.

 

Gustavine : C’est pas tout ça, mais j’verrai d’main. J’ai un chat sur l’feu et la marmite à bouillir !

 

Adèle, scandalisée : Un chat ?

 

Le maire, apaisant. Mais non, mademoiselle Adèle, Gustavine plaisante !

 

Gustavine se lève, repousse sa chaise en saluant la compagnie d’un geste énervé. Elle s’éloigne.

Gustavine au public : Bougre de vieille pie ! Sûr, que je vais le manger, son chat ! Et j’y r’vendrai la peau en manteau d’lapin !

 

Elle sort. Rideau.

 

Acte trois

 

C’est samedi midi.

Devant le presbytère. Adèle balaie le perron. Le boucher ferme boutique. Gustavine boit sa bouteille de vin sur le banc, devant le bar. Lulu et le maire sortent de la mairie. Le curé arrive. Tout le monde se croise et se salue.

 

Le maire : Ah ! Mon père ! Avez-vous résolu cette énigme ?

 

Le curé : Pensez donc ! Je n’en ai pas dormi de la nuit ! Je ne me suis pas couché et j’ai tout retourné, rien ! Il tombe sur une chaise, les jambes allongées, bras ballants. Rien de rien !

 

Gustavine, sur son banc : Ça sent l’pain !

 

Lulu, perchée sur ses talons, trottinant comme une souris : Et le boulanger, il ne peut pas vous en refaire une tournée ?

 

Le curé : Les hosties, c’est une fois le mois, point ! Et demain, c’est dimanche. En levant les bras au ciel : Une messe sans hostie, c’est un bout de pain sans fromage !

 

Gustavine qui ricane : Et un fromage sans pinard, c’est l’enfer au paradis, pardi ! N’empêche que ça sent le pain !

 

Tout le monde se tourne vers elle. Elle ricane en fronçant le nez, humant l’air.

 

Gustavine : Ça sent l’pain, j’vous dis ! J’sais ben c’que j’sens, tout de même, y a pas besoin d’être devin pour voir c’que ça sent, non, mais !

Elle boit une gorgée à la bouteille et s’essuie de sa manche.

 

Le curé tombe à genoux devant elle, les mains en prière : Madame, je vous en conjure !

 

Gustavine : Mon père, ne jurez point ! J’ai le con bien placé et qu’on se le dise, n’est pas le plus con des deux celui que l’on croit !

 

Lulu au public : Quel compliment elle se place, la vérole ! Le curé comme con de service, j’avoue que c’est confondant.

 

Adèle : Quelle conspiration ! La commère est chicon et l’curé rubicond !

 

Merluchon, s’épongeant le front : Quelle combinaison !

 

Le maire : J’en suis tout consterné. L’affaire est compromise et l’énigme absconse.

 

Merluchon : Trêve de contorsions ! L’heure de la compassion est passée et celle du Picon arrivée, faudrait voir ! M’lle Adèle, v’nez donc ! Laissons ces considérations et gagnons le comptoir !

 

Adèle posant son balai et rejoignant Merluchon: Dame, monsieur Merluchon ! On risque la congélation à rester dans l’frait’ en conversation ! J’ai d’la condensation au bout du nez et la constipation qui m’ gagne. En s’asseyant au bar : Garçon, les consommations !

 

Gustavine se lève et tourne autour du curé : Ça sent l’pain, j’vous dis ! L’hostie consacrée ! L’hostie, j’vous dis !

Elle ricane et retourne sur son banc. Désespéré, le curé s’écroule, allongé face contre terre, bras en croix, chaussettes rouges à l’air. Sa barrette roule au sol.

Les autres s’installent au bar. Gustavine reste sur son banc, les yeux au ciel, elle dessine des arabesques imaginaires et pointe le curé du doigt.

 

Gustavine, théâtrale : Voici le voleur !

 

Le curé relève la tête, égaré. Le chœur s’exclame, dressé contre Gustavine :

 

Le maire : Quelle hérésie !

 

Lulu : Quel affront !

 

Merluchon : Quelle idée ?

 

Adèle : Quelle honte !

 

Le curé : Quelle harpie !

 

Gustavine, moqueuse, jambes écart et poings plantés à la taille : Quelle cagade !

Prestement, elle ramasse la barrette et la brandit, tel un trophée.

Ça sentait l’pain, depuis hier que j’vous l'dis ! Elle retourne le chapeau et les hosties tombent en pluie.

 

Lulu, outrée, se tourne vers le public : C’est pas demain que j’irai communier ! Pouah ! des hosties aux pellicules, c’est écœurant ! Le Diable emporte le cochon !

Adèle, se signant, confondue : Mais… mais… quel est cet artifice ?

 

Merluchon, secoué d’un rire intérieur : Heureusement qu’il ne les avait pas fourrées dans sa culotte !

 

Le maire : Merluchon ! Enfin, un peu de décence ! Se tournant vers le curé qui est assis au sol, remettant les hosties brisées dans sa barrette : Mon père, voyons, avez-vous perdu la raison ? Quelle mouche vous a piqué ? Deux jours que l’on tourne autour, et vous, vous, vous…

 

Le curé se relève, tête basse. Machinalement, il triture une hostie. J’ai dû me tromper de coupe… ? Il fait le geste sur un autel invisible et remet sa barbette garnie.

 

Adèle, secourable : J’vous f’rai cuire des hosties ce soir, mon père. J’ai travaillé à la boulange avant de rentrer à vot’service.

 

Lulu au public: Après les hosties aux cheveux gras, les hosties au beurre rance d’la vieille fille… Sûr ! C’est pas d’main qu’j’irai communier, moi !

 

Gustavine s’endort sur son banc. Merluchon regagne sa boutique. Le maire et Lulu s’en retournent à la mairie. Adèle s’en va cuire ses hosties. Le curé s’assied. Seul, il mange ses hosties.

 

 

 

Rideau.

 

 

Zibelyne 30 septembre 2013

Jim la murène et Jo la merluche

Jim la Murène et Jo la Merluche

 

Contexte : En référence aux Bodins, Jo la Merluche est une ancienne copine d’école de la Maria.

Jo la Merluche a un fils médecin, un bon à rien et mauvais à tout : Jim la Murène. Jo a été à l’école avec la Maria, les deux plus belles filles de la commune à l’époque…

 

Jim : Y nous embêtent t’y avec leurs infos ! Tiens, v’là l’premier Fion, l’ministre des pourris du fondement.

 

Jo : Ah, mais t’tairas tu donc ! J’te dis moi, qu’y s’appellent tous Fion ! Ceux-là, c’qui disent, on sait ben qu’c’est sans fondement. Et cui là, c’est ben l’Fion en chef ! Bas du cul en plus, ça ment comme ça pète ! Si, j’te l’dit !

J’sais ben moi, moi qu’ai mal au dos à m’crever la paillasse, c’est pas lui qu’y s’y crève le Fion !

Et l’autre (en montrant Jim), ces médicaments qu’y m’donne, et ben tout c’que ça fait, c’est d’faire péter. J’vous dit pas, on a l’derrière comme un avion à réaction !

Ahhh, moi aussi j’s’rai bonne en politique ! Avec la Maria, on en f’sait d’la politique…

L’fils du maire, si j’vous disais, et ben y savait pas laquelle des deux choisir, alors y prenait les deux… Chacune son tour ! C’est t’y pas d’la politique, ça ?

Du diplomate y paraît, et au chocolat, c’est l’meilleur, avec plein d’crème…

Enfin, c’t histoire… Avec la Maria, on n’a jamais été d’accord sur l’bonhomme.

Elle disait qu’il était formidable. Tu parles ! Y savait rin faire, oui !

A fallu tout y apprendre comment s’ servir d’son machin !

J’y ai dit qu’si on était né par l’nombril, c’est là qu’sa s’fourrait quoi. Ah, il m’l’a fourragé l’nombril, mais ça m’faisait pas monter au plafond ! Bon à rin j’vous dit, bon à rin !

Alors, la Maria, j’vois pas c’qu’elle y trouvait d’formidable… ?

C’est comme mon Léon, l’père d’l’aut nigaud ! Y connaissait pas son affaire non plus ! Y m’a tellement arrangé l’nombril qu’à fallu faire d’la chirurgie diététique et r’fermer tout ça ! Si c’est pas un malheur !

Alors, l’docteur a dit qu’fallait m’faire un aut trou le bougre, entre les jambes. Remarquez, comme ça au moins, ça s’voit pas et puis y en avait déjà un d'prêt-à-finir.  Un coup d’perceuse à manivelle et hop, l’diable est dans la boîte !

Et c’est comme ça qu’le Jim est arrivé.

Ah, c’est plus fort qu’la vierge Marie !T’nez vous bien ! Il est sorti par où il est arrivé, vu qu’le nombril il’tait fermé.

Ça vous en bouche un coin, hein !(les mains sur les hanches et les dents ressorties) Et l’Léon l’a appelé la Murène, parc’qu’il l’était tout en gueule, à brailler comme un porc. Et à mordre en plus, m’a arraché les nichons, en lambeaux qu’y s’étaient, y z’ étaient foutus, l’a fallu r’gonfler tout ça avec des cils en cône. Pas mal, mes cônes, hein ?

 

Vers le fils qui secoue la tête, les yeux exorbités se grattant la tête :

 

Ah, mais vas-tu t’taire !

C’est pas toi qui vas apprendre la vie à ta mère ! T’es un miraculé, espèce de mécréant !

R’gardez-moi ça ! C’est grand comme un manche à balai et ébouriffé comme un balai de chiotte ! Et un p’tit pois dans la tête avec ça ! Espérons qu’y en a plus dans la culotte !

Quand c’est y donc qu’tu t’décides à t’marier ? T’es vaurien comme l’Christian tiens !

Ah ça, avec toutes les chaudes du village qui défilent sur l’coin d’table, c’est qu’y sait plus où donner d’la tête mon vaurien…

Pensez-vous ! Les p’tites, les grosses, les jeunes, les vieilles, tout y passe mais rin n’reste.

Y a d’quoi vous dégoûter un homme tous ces nombrils, pouah !

Tant qu’y tombe pas dans l’baril d’homo… Quoi que au moins, l’trou s’rait déjà fait et ça f’rait deux bras d’plus pour rentrer l’bois. Pis ça coûte p’être mois cher qu’une fille avec des fanfreluches.

 

Pensive : Faudrait voir, hein ?

 

Au fils : Tu vois ta mère au moins, elle a fait un gamin, même si c’est pas une réussite ! T’as toujours l’appendice bien développé, même si c’est pas l’bon. C’est pas un mouchoir qu’y t’faut, c’est une serpillière. Ca trempe dans l’pinard c’te affaire, ça s’fait des lignes au gros rouge !

 

Au public : Eh ! au fait ! pour les dames, laissez tomber l’nombril et passez tout d’suite à l’aut trou, ça f’ra des économies à la sécu, pas besoin d’reboucher et d’se faire d’la chirurgie diététique.

Y suffit d’rester les jambes écartées, des fois qu’ça ce recolle, et pis voilà !

 

Au fils : Et alors ? Oui, c’est pour ça qu’on m’appelle Jo la Merluche, l’docteur y m’avait pas dit qu’fallait d’l’air, alors y avait comme un fumet…

Moi au moins j’suis pas verdie comme la mère Champion qu’a été chez l’Doc Gynéco ! Paraît qu’y s’en n’est pas r’mis l’gamin ! Ça y a frisé les boyaux d’la tête, y connaît même plus sa gauche… L’a viré à droite toute ! D’puis y s’traîne et y fume du chapeau une misère ! Une misère ! (en secouant du bonnet)

Si ! J’te l’dis ! Verte qu’elle était ! Même qu’y avait d’quoi appâter au gros ! Une colonie qu’habitait là-dedans !

Alors moi, j’referme pas, ça respire au moins !

 

Au public : Et pas d’culotte à laver, par les temps qui courent, faut faire des économies. Économies d’échelle qu’y disent. J’vois pas l’barreau mais bon, va savoir…

Et pis c’est bin agréable l’ptit vent frais du matin qui vous chatouille la minette, ça frise tout seul, pas b’soin d’bigoudis.

Et vous, vous en portez une de culotte ? R’gardez-moi celle-là qui rougit ! T’as raison ma fille, ça plaît aux hommes, ça les émoustille…

(songeuse) D’ailleurs, ça fait bien longtemps qu’on ne m’a pas soulevé la robe…

 

Aux hommes : Si vous passez par là un jour (en soulevant sa robe), hein (le menton en avant), hein ? (froufrous de robe)

 

Au fils : Ah, vas-tu cesser !Y f’rait son jaloux en plus ! Et arrête de claquer des talonnettes ! Y’a pas idée, un grand benêt avec des talonnettes !

 

Au public : C’est pourtant pas un nain lui, comme l’président d’l’Europe et du monde ! Même qu’il est pas bien beau et qu’sa femme tout l’monde l’a trouvée plus belle que lui. M’enfin bon, pas d’la première fraîcheur non plus… L’est pas d’la dernière marée, cette morue-là.

 

Jim : M’enfin m’man, c’est pas l’président d’l’Europe, c’est l’président d’l’UMP, tu sais , l’Union des Mauvais Perdants…

 

Au fils : Quoi ? C’est pas l’président d’l’Europe ? C’est qui donc alors ? Un fils de réfugié hongrois bourré… aux as, hein…, qui plaque la Corse, pique la femme d’un français qu’tout l’monde aime bien pour le r’filer à un amerloque qu’on ne connaît pas et en louer une en Italie ! Paraît même qu’il est français, à l’époque on les prenait encore les immigrés, mais d’puis qu’il a eu la place y les a r’fusés, c’est y pas dégueulasse ça ! Fais c’que j’dis, fais pas c’que mon père il a fait, parce que les mariages blancs ça coûte cher à la sécu ?

Et sa greluche, tellement qu’elle est belle, qu’elle, elle a le droit d’être française tout de suite ! Elle a eu un passe-plat, la saleté ! Va donc dire ça aux autres après, la république c’est qu’pour les riches, les aut’ y peuvent crever !

L’président d’la France ? Non mais ! j’voudrais ben voir ça ! Y a des lois en France.

 

(au public) Croyez-vous qu’les Français, si y savaient ça, y gueuleraient pas ? Pour être français, c’est comme pour l’reste, faut faire la queue !

 

(Rêveuse en comptant sur ses doigts) Ah oui, faut voir, p’têtre ben qu’elle avait l’compte en queues…

 

À la chatte : Tein, vl’à l’aut garce qui rapplique ! Ca m’ramène au moins deux à trois rats par jour… une vraie vorace !

Toujours à traîner chez l’père Germain. Têh, à r’garder trop c’qui s’y passe ça vous change un matou. Et j’te suçote mon rat comme un cornet d’glace. Ah, doit pas s’embêter la Suzette, hein, fais donc voir, ça t’avale tout et vas-y que j’enfourne…

 

Au fils : R’garde pas, toi ! Vas donc chercher l’pain, tiens, et ferme ta baguette pour ramener la braguette !

 

À la chatte : R’garde moi cette cochonne ! Dégueulasse va, gâcher l’matériel comme ça ! Ça minaude et ça r’crache tout. Encore une qui sait pas y faire…

Tiens, allez hop ! (Elle ramasse la souris) Aux poules (par la fenêtre), côôôt…

 

Au miroir : (En se remettant les cheveux en place) Ah mes pauv’enfants, l’monde va mal… Et Benoît Serge, qui prend 6 mois de trou pour proxénétisme… Pensez donc ! Le scandale ! Benoît Serge au trou, ah, va y en avoir des trous…

Si !!! J’vous l’dis ! C’est paru dans Sud-Ouest du 23 octobre 2008. Sur l’trottoir qu’il avait mis sa copine ! Tous pourris tiens… Religion et politique c’est du pareil au même tout ça.

 

Apostrophant le public : Regardez, aux USA, une baraque aux bas noirs à la Maison Blanche, qui c’est-y qui l’aurait cru ? Remarquez, noir ou blanc, au moins, y z’auront d’quoi jouer aux dames.

 

(Poings sur les hanches) : Et ma mère qui m’disait « Les noirs, ça pue » ! Tiens donc… ! Ben moi, j’ai essayé pour voir…

Et ben, vrai, les noirs, ça pue pas, mais pour l’reste de c’qu’on dit, c’est ben vrai… Ohh j’en pantelante encore. (jambes pliées sur l’extérieur)

Mais bon, revenons en à nos moutons…c’est encore l’petit qu’a fait la gueule, l’a du changer d’bottes à lécher, et sur la baraque, y a d’la hauteur, l’est grand l’bougre…

L’pire, c’est qu’il est beau gosse, plus jeune que lui et qu’sa femme elle est belle et pire… c’est une vraie première main, elle s’est pas défilée pour s’faire enfiler ailleurs…(en se secouant les épaules de rire sardonique) et elle a gardé sa place, elle !

Ah là, y pourra pas rivaliser avec ses bla-bla d’menteur ! Tiens, menteur, s’rait-t-y donc aussi péteur ? Ça rime bien.

 

Au public à droite : Faudra qu’on s’renseigne. Y a qu’à bien r’garder si l’teint d’sa brune vire à l’anchois, y a rien d’tel. L’gaz, ça fait virer tous les fonds de teint… Ah, mes pauv enfants !

C’est pas tout ça, mais ça fait pas baisser l’prix d’la pomme de terre. (hésitation) Pt’être ben qu’ça f’ra baisser l’prix du riz ?

 

Au public à gauche : Tout de même, z’aviez vu la Rame à noyade ? Eh ben, c’était la seule noire du gouvernement d’avant, et ça s’croyait déjà président d’la France. Si on a qu’des présidents noirs au moins, s’ront t’y tous grands ?

 

J’vous l’dis, moi, ça va tourner en guerre civile, ou alors on va tous jouer aux dames. Ahh, ça va copuler dans les chaumières (elle se frotte les mains) hein, hein, hein (en opinant du menton vers le public et en avançant le bassin coudes au corps).

Et ceux-là, y s’ront pas r’conductibles ! La vla l’intégration, on copule sur l’échiquier. Mais moi, je m’marie pas, ça non ! Trois fois déjà j’ai donné, j’suis rafistolée d’partout

R’marquez, sa sœur à l’aut’, (en montrant son fils) quand elle est arrivée, j’savais même pas d’où elle sortait, j’lai même pas vu v’nir et encore moins r’partir.

Paraît qu’elle vend des sardines au champ la journée et qu’elle s’dénude l’arête le soir dans des boîtes à sardines. Les boîtes de nuit, à sardines ou à morues, c’est du pareil au même et la Lola elle aime ça. Lola la raie qu’ils l’appellent, la raie des fesses oui ! Lo la la ré… Même due d’puis, l’Sébastien l’en a fait une chanson : « Ah qu’est ce qu’on est serrés, au fond de cette boîte, chatent les sardines, chatent les sardines… »

Enfin bon, vous voyez, les hommes, ça vous laisse les chiards sur les bras et basta, ça prend ses cliques et des claques parc’qu’moi, j’garde pas les bons à rien, faut qu’ça rapporte, ou dehors !

Maintenant c’est « only for the fun » (fune) Les hommes, noirs ou blancs c’est du nuisible, pour sûr ! Tssi tssi (claquement de langue)

C’est qu’quand y sont mariés, ça s’croit tout permis ces bêtes-là ! Ça vous ramène des germes, et pas d’soja ! Faut toujours les t’nir, ça tire partout, toujours la queue en l’air ! Pensez donc… ( en hochant de la tête)

Quoi que, avec moi, ça traîne pas. À cocu, cocu et demi ! J’rends tous les coups (en se frottant les mains)

Une championne que j’suis. Mariée trois fois ! Comme l’président du monde ! Une prédatrice que j’suis, j’les croque tous ! (en se pourléchant les babines et en se frottant les mains, regard 

Du blanc, du jaune, du noir, y-a qu’l’rouge que j’ai pas essayé, mais… j’ai pas dit mon dernier mot ! N’est-ce-pas Jean-Pierre ?

Multiraciale la Merluche, j’vous l’dis !

Ah ça, j’ai ben vécu, j’en aurai des choses à raconter à mes p’tits enfants si l’aut’ nigaud y m’en fait…, la Lola, elle peut plus, vérolée d’la mouillette qu’elle est, y a plus rin qui peut vivre la d’dans…

Multiraciale… mais dites donc, y m’vient une idée…

Et si j’posais ma candidature aux élections d’l’Europe ? Faudrait qu’ l’aut vaurien s’occupe des poules et des chats, bon… ?

 

Y a bien la France, mais passer derrière le p’tit péteux et le gros foireux, merci bien, j’tiens à mon teint…

Ah tiens, ça s’arrose, un p’tit coup de derrière les fagots…

Au fils : Ça, c’est un médicament ! Et naturel, du bio, sans souffre c’lui-là. C’est moi qui l’ai pressé d’mes doigts d’pied ! Ah tiens, c’est quoi ça ? (le nez plongé dans son verre)

Ahh, le vla ! l’ongle que j’m’étais cassé, ça m’a t-y fait mal ! Bah, rien n’se perd ! C’est bon pour l’arthrose (elle le grignote)

 

Au fils : Tin, faudra qu’tu réfléchisses pour une fois, des ongles marinés dans l’pinard, tu vois bien, c’est tout mou… Tu pourrais p’être breveter des compresses au pinard pour la corne aux pieds ?

 

Le fils : Ah bah, t’aurais l’air finaud ! Pourquoi pas t’sucer la plante des pieds pendant qu’tu y est ? T’as déjà vu un président avec des pieds trempés dans l’pinard ? C’est l’pif qu’on trempe, pas l’pied ! Sers m’en donc un verre, tu m’as tourné l’têtiot avec tes salades…

Moi j’vas m’coucher, d’main j’ai à faire avec la Martine qui va bientôt mettre bas, faudrait pas qu’elle fasse ça sur son étal.

 

La merluche : Ah ça, pour fourrer ton nez ou y faut pas t’es pas l’dernier, tu d’vrais p’être r’garder d’près la brune du p’tit pour y déboucher les tuyaux…

Bon t’as raison, c’est l’heure d’s’allonger la mouillette, allez ! (en se levant et en se tenant les reins, bonne nuit les p’tits !

 

Zibelyne

 

6 mai 2010