Deux textes courts, "Il" est mort, et Le Proctologue !

Les textes et illustrations de ce site sont protégés et interdits à la reproduction sans autorisation de l'auteur.

"Il" est mort

« Il » est mort.

 

Pas le poète, non, les poètes ne meurent jamais. Il. Ce « il », jumeau de son « elle », mais pas jumelle ou lait de chamelle.

Il. Je ne peux m’y résoudre et le rejette sans cesse – il – quand reviendra-t-il ? Elle seule le sait, ou bien ?

Comment le monde saura-t-il tourner sans lui ? Elle l’a mis au panier, jeté avec mépris, ce « _ » maître du monde des hommes, despote inique au machisme d’autres cieux.

Il n’est plus temps, pour lui. Diantre ! Je l’ai dit ! Il ! Est-il revenu ? Non point (elle se retourne) je ne l’ai pas vu ! Et puis, c’est assez ! et ne croyez pas que je me cacherai à l’eau, la farce est éculée ! Le « il » a vécu ! C’est elle qui l’a vaincu et qui l’a enculé – veuillez me pardonner cette incongruité, mais un con est un con et une grue le restera, avec ou sans thé (elle pince une tasse imaginaire et boit) !

 

Ah... ! clap de langue – ce thé est divine à boire au féminin ! Imaginez, tout ce qui rime avec divine... pine ? Ah ? l’exemple n’est pas joli ? Vous m’en direz tant — et pourtant, c’est elle ! la rime est féminine, en avance... sur son temps ? (geste de pine en avant) Elle a su s’adapter ! Elle savait, elle, que le « il » capoterait !

 

C’est ainsi que la pine, avec ou sans capote, elle aussi, féminine, continue d’exulter tandis qu’il, le con ! il faut le dire – se masturbe le cerveau pour reconquérir son trône, oubliant que les couilles sont elles aussi, des filles !

 

Alors, soyons bons joueurs, et oublions ces « ils » !

Soyons elles, toutes ensembles, soyons belles, pines endimanchées et binettes emmanchées, dans le même moule, n’avons-nous pas été créées ?

 

Zibelyne novembre 2014

Le proctologue

Le proctologue

 

Clystère. Je m’appelle Clystère ! Mais quelle est cette mère infâme qui m’a ainsi prénommée, vouant ma destinée à visiter des culs et de fondements en fondements à errer, de mystères en clystères, perdue, égarée !

Qui suis-je ?

Je vous le dis, je ne suis qu’une poire tapée, écrasée. Elle tombe.

Tendant le bras vers le ciel. Maudite destinée ! Elle se lève.

Je vous vois, vous riez, vous vous moquez, vilains, de ce sort outrageant qui m’afflige, bon an, mal an ! Car l’âge mûr me pèse de visite en visite. La décrépitude altère mon emploi et les culs deviennent austères, délétères à mes offices sympathiques.

Je ne sais plus que faire, étourdie, je me plie, (elle tombe à genoux) clystérique, en coliques frénétiques et je gis, misère, sur le carreau glacé par la faute de ma mère qui m’a nommée, Clystère. Elle se relève un genou à terre.

Adieu, monde cynique et culs hémorroïdiques ! Je meurs et me dégonfle, poire crevée, étalée... (elle tombe en arrière) dans la fiente de ma colère.

Folies, version dos carré !

Folies est sorti de chez mon imprimeur favori ! 

 

Un seul modèle de couverture, un papier bouffant, dos carré, couverture pelliculée pour ce 62 pages rudement bien ficelé ! 

 

C'est aussi un livre à écrire, je vous en laisse la surprise ! 

 

Prix : 4.50 euros + 2.45 de frais de port.

 

Offre groupée Folies et Les Tailleurs pour 9.45 port compris ! 

 

Chèques à l'ordre de Monty-Petons Publications, pour l'adresse, je vous la donne en message privé !

FOLIES... de l'écriture au tirage papier, Folie générale chez MONTY-PETONS PUBLICATIONS !

 

Une édition papier impression laser par Monty-Petons Publications, l'éditeur, version "artisanale" numérotée, et la version "imprimeur" avec une couverture unique, celle de gauche sur la photo.

 

ISBN : 9791093554006

Prix : 4.50 euros

Format A5, 62 pages et 9 histoires pour frémir...

FOLIES

Folies. 

Un titre pour une série de petits textes. 

 

 

Le livre est sorti en mai 2014, chez Monty-Petons Publications !

 

De Loire en Cher

La robe rouge

Respiration - Terre

Amer bière

Rage

Terre à pis - le lait a tourné
Le train fou

Rose des sables

Concombre rouge

Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    Jacques (dimanche, 13 octobre 2013 13:48)

    Je suis très heureux de retrouver ici les textes pleins de poésie que j'avis aimés ailleurs
    je viendrai encore m'abreuver uni à vos sources artistiques
    amitiés

  • #2

    Eve Zibelyne (lundi, 21 octobre 2013 20:13)

    Merci de ta visite, Vinicius, ami poète ! C'est un plaisir pour moi de te voir sur mes pages, et de te lire sur FB. Je ne vais plus sur notre site d'écriture, le temps vorace a fait son oeuvre, lire ou écrire...

De Loire en Cher

 

 

 

À l’automne, c’est vers le Cher qu’elle se tourne, ses berges éblouissantes de couleurs mordorées, la richesse des odeurs, la profondeur des eaux vertes.

L’hiver, elle ne sait plus à quel givre se vouer. Elle se perd en cherchant le printemps, et sombre dans les eaux noires de l’ennui. Le froid pénètre son ventre. Elle s’abandonne aux bancs publics, ivre de mauvais vin, les tripes contractées d’aigreur.

 

 

Son ventre, sorbetière de merde gelée, chie des cubes qui ricochent sur l’eau et coulent, vinasse diluée dans la gueule des poissons affamés. Les requins, bourrés, se marrent.

Les crocodiles sont revenus, cette nuit.

 

La suite dans le livre !

 

Zibelyne le 4 septembre 2013  

La robe rouge

 

Un an. Une année qu’elle entaille l’émail. Il lui faut bien trois heures pour apposer sa marque quotidienne. Le temps de retrouver le fragment d’aiguille trouvé dans la rainure de la porte. Elle le change de cache chaque jour, déjouant la frénésie dévastatrice des harpies de ménage. Le temps de mesurer l’espace entre deux traits.

 

Puis, le temps d’érafler proprement la blancheur immaculée et de vérifier la perfection du trait avant d’entailler méthodiquement le revêtement.

 

Ensuite, elle admire son œuvre avec délectation. Puis, elle recompte scrupuleusement les traits et en grave le nombre sur son front. Elle s’est confectionné un panneau lumineux qui clignote à chaque centaine. La troisième centaine a été un évènement, plus que soixante-cinq jours ! 

 

La suite dans le livre !

 

Zibelyne le 3 septembre 2013

 

Respiration - Terre

 

Elle se lève, la bouche nauséabonde, la peau grêlée des marques d’une acné qui n’a plus rien de juvénile. Écœurement de la décrépitude. Cette chair flasque la dégoûte. Assise devant la porte-fenêtre, elle observe deux gros merles qui se gavent de framboises. Ces framboises qu’elle n’a pas cueillies, trop occupée à courir les magasins et à vouloir tout gérer dans sa petite vie.

 

Enfin ! Elle a compris !

 

 

La suite dans le livre !

 

Zibelyne le 5 septembre 2013

 

Effet lumbago = Amer bière

 

     Il est entré par la porte de devant – est ressorti par la fenêtre de derrière, tel un courant d’air.

Je suis restée coite, étonnée, avec un grand vide au ventre, un vide noir, les cheveux en l’air. La télévision s’est éteinte, l’air a senti le parfum du boudin grillé.

 

Mes genoux ont joué aux osselets, mes bras, affolés, ramaient comme des pagaies. Je me suis écroulée, là, devant la télé, embrochée comme un poulet sur le ballon qui traînassait.

Il s’est levé, tel un éclair, tétanisé – pour une fois qu’il bougeait – et a hurlé « But ! », avant de shooter. Le ballon a traversé, par la fenêtre de derrière. Il a ricoché dans les flaques des nuages chialeurs.

Moi, j’ai fait splash-gicle ! en dernier bras d’honneur.

 

 

 

La suite dans le livre !

 

Zibelyne le 14 octobre 2013, effet lumbago à 1.47 du mat

 

 

Roses des sables
Roses noires).wma
Fichier musique Windows Media 4.3 MB

Roses des sables

 

Le regard dans le vague, elle le regarde dormir. Masse sombre bosselant le drap qu’elle retire sans qu’il bouge. Le soleil chauffe déjà la terrasse. Elle y a dormi, seule. Il l’a fait chier hier soir, encore. Ne pas toucher sa peau. Ne pas supporter son indifférence.

Elle caresse le poignard ciselé acheté la veille au souk de Marrakech. Son esprit s’égare. La lame perle. Pourpre des pétales de rose, étalées sur l’oreiller.

Elle l’observe froidement. Roses noires ? Les pétales repoussés gisent au sol, froissés. Pétales d’amour, tendres velours rejetés, souillés.

 

Elle rugit intérieurement. Grondement de fureur qui lui entaille le cœur. Un flot bouillant se déverse, urine de peurs accumulées qui inonde le moelleux du tapis. En finir.

 

 

La suite dans le livre !

 

Zibelyne le 13 septembre 2013

Concombre rouge

 

Elle marche dans sa tête, deux rondelles de concombre sur les yeux. Son vieux passe dans le couloir. Elle ne le voit pas, elle le sent. Ce pas lourd, la panse qui rase les murs, bousculant le portemanteau, cette respiration rauque de tubard obèse et cette odeur aigre qui lui colle au tee-shirt.

 

Elle serre les poings. Ne plus voir. Ne plus entendre. Ne plus sentir cette crasse qui lui coule dans les veines. Les bruits lui déchirent les neurones en stries laiteuses. Elle revoit les mains bleuies du professeur de sciences naturelles. Le scalpel qui incise, les lamelles blanches, minutieusement rangées, comme un faisceau de fils à scoubidous, fascinantes d’uniformité, jusqu’à ce qu’elle comprenne que cet ascaris solitaire éventré provenait d’un autre ventre. Pire, encore, lorsqu’elle découvrit un ver dans la cuvette des toilettes, largué par le gros cul de son père. Ils n’étaient pas solitaires !

 

Les rondelles de concombre sont entrées dans ses orbites. Elle se marre, avec ses lunettes vertes bien rivées sur ses os. 

 

La suite dans le livre !

 

Zibelyne

2 septembre 2013

    HARPIES

 

Ce texte ne figure pas dans Folies, mais il en est, fou...

 

 L’oreille pliée le soir, piquée au cure-dent. Fermée, pour ne pas entendre le mal qui le hante, ses cauchemars hurlant à la lune. Il a d’abord essayé l’épingle à nourrice, mais, l’épingle se décrochait lorsqu’il se retournait brusquement dans le lit et le saignait. Il devait alors se laver, le matin.

 

 

Le cure-dent lui donnait comme un air de fête, son oreille ressemblait à une paupiette fourrée de coton hydrophile qui se retrouvait immanquablement en boulettes sanguinolentes et suiffeuses dans les draps. Le sang cireux des nuits meurtries par les cris étouffés des harpies déchaînées. Les somnifères ne faisaient plus effet depuis longtemps, l’alcool de même. Il tombait fou, à ne plus dormir. Si seulement elles ne venaient plus, rien qu’une nuit, une seule ! Dès que le soir tombait, leurs cris stridents perçaient les murs de la maison, déchiraient le papier peint, lacéraient les rideaux, minables chiffons aux fenêtres.

Sonates de Schubert ou rocks endiablés ne suffisaient pas à couvrir les hurlements. Elles étaient partout, elles envahissaient sa caboche cabossée par d’incontrôlables élans.

 

 

Il s’était crevé les tympans pour ne plus entendre, en vain. C’était pire, encore. Elles entraient par l’orifice percé par l’aiguille pour aspirer son cerveau. Il avait coulé de la cire à cacheter pour obstruer ce fichu trou. De la belle cire rouge qui s’était solidifiée, dure, mais cassante. Ça avait failli fonctionner. Le premier soir, il n’entendait rien. Le silence, enfin !

 

 

La paix fut de courte durée. Il n’aurait pas dû ouvrir la porte. Les harpies se sont engouffrées dans le courant d’air, torpillant en vrille l’illusoire protection. Les nuits passaient, dans le raffut et le chaos. Les cadavres de bouteilles s’accumulaient devant la porte. Il ne l’ouvrait que pour de rares échappées au grand jour. Le supermarché livrait ses courses, pourquoi sortir ?

Un matin, de colère, il s’est cousu les lobes. Le fil n’a pas tenu. Le fil, ou les nœuds ?  La chair avait scié les fibres et avalé les nœuds. Saloperies d’oreilles ! Elles sont maintenant forées de grottes putrides qui suppurent sur son col de chemise.

 

 

Rageur, il débarrasse la table d’un revers de la main. Les coques de cacahuètes rejoignent les miettes de pain de la veille sur le carrelage usé. Il s’assied, las. Le soleil brille encore faiblement. Une rasade de rhum, une clope. Il fume lentement, imbibe chacun de ses neurones de nicotine. Entre chaque bouffée, il rince sa bouche de rhum vieux, du bon, du Clément qu’il a ramené de Martinique. Les volutes enveloppent sa tête d’un brouillard glauque. Sa peau vire au verdâtre lorsqu’il enfonce la braise dans son conduit auditif, à droite, là où la cire de merde s’est effritée quand il a mis un coup de boule à la porte d’entrée. La douleur est éphémère, elle. Il la désinfecte en vidant son verre, tête inclinée, attentif à la fraîcheur de la morsure de l’alcool. Il se redresse, déversant une boue noirâtre sur sa serviette de table déjà bien malmenée. D’une lame de couteau inquisitrice, il dissèque son butin. Les brins de tabac séparés de la cire rouge s’agglutinent. Un revers de main les balaye.

 

— Inutile !

 

Il beugle et plante la lame dans la table. Les ombres redessinent les lambeaux de rideaux. Le soir tombe, déjà ?

 

 

— Arrivez ! Venez ! C’est l’heure du bal des fous, venez ! Nous allons danser !

 

Il se dresse et entoure la taille d’une femme imaginaire. La musique braille à faire vibrer les vitres. Le bal commence…

 

La première attaque est brutale. Une giclée de vitriol qui fait mousser la matière blanchâtre qui lui tient lieu de cervelle. Les yeux injectés de sang, il hoquette et se sert une rasade de rhum avant l’offensive. Il gueule comme un cerf qu’on écorche à l’irruption des harpies dans sa tête. Les hurlements s’engouffrent par tous ses orifices faciaux et ressortent en lames de scie, déchiquetant ses nerfs à vif.

Il râle. Ses yeux pleurent rouge. Il brame, un cri rauque qui ricoche au plafond et le jette à terre, épuisé. Il rampe jusqu’à son lit et se ravise, revient attraper son couteau et la bouteille.

 

— Saloperies ! Venez donc me prendre, je vous attends !

 

Le couteau fouette le vide et s’immobilise, en suspens. Un sourire sinistre passe sur son visage torturé. Il va les tuer ! Saigner ses peurs, les dépecer une à une. Une oreille gicle sur la table, puis l’autre. La lame plonge à la recherche des harpies, taille et taillade — énuclée un œil qui flotte le long de sa joue. Il ne voit plus les rideaux lacérés, le papier peint déchiré.

Les hurlements redoublent, rugissements infernaux. La sonnette tinte à la porte. Il se précipite, guidé par son regard de cyclope.

 

 

Le soleil fait irruption dans la pièce par l’ouverture de la porte. Le livreur du supermarché, livré à l’horreur, jette ses paquets et s’enfuit. Le camion, garé devant la porte-fenêtre, démarre comme un dingue, libérant la lumière crue. Les harpies frustrées se jettent à ses trousses, collées à l’ombre noire des yeux épouvantés. Les rideaux pelés laissent entrer une lumière moqueuse. Il beugle, désorienté.

 

— Arrivez ! Venez ! C’est l’heure du bal des fous, venez… nous allons danser !

 

 Eve Zibelyne le 12 octobre 2013